Rapport du Docteur SABBAH, chef de service du Laboratoire d'explorations fonctionnelles d'allergologie du Centre Hospitalier Universitaire d'Angers.

RAPPORT D'EXPERTISE MEDICALE

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Affaire MEAR / INTIMES

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RAPPORT D'EXPERTISE MEDICALE

Références

Cour d'Appel de Rennes - Chambre 4

AFFAIRE MEAR / INTIMES

N° RG: 9508607

Arrêt n° 330 du 29/05/1997

Je soussigné, Docteur A. SABBAH,
Expert Judiciaire et de Sécurité Sociale près la Cour d'Appel d'Angers

Membre de la Compagnie Nationale des Experts Judiciaires

Chef du Service d'Immuno-Allergologie - CHU - 49033 .ANGERS Cedex

Commis par l'arrêt de la Cour d'Appel de Rennes du 29 mai 1997 et ayant accepté la mission suivante :

 

1° Prendre connaissance des pièces du dossier et, spécialement, des rapports d'expertise judiciaire établis le 14 avril 1993 par le docteur jean François TINTHOIN, le 20 octobre 1993 par le Professeur Gérard LAPLUYE et le 27 juillet 1994 par Monsieur Jean-Pierre JEGOU;

2° Examiner Monsieur Georges MEAR et Madame Annie LEGRANG épouse MEAR, décrire les affections dont ils sont atteints, en rechercher l'origine ; dire en particulier si elles sont en rapport, et dans quelles mesures, avec l'action des produits que Monsieur GERAULT aura, le cas échéant, identifiés et dosés ;

3° Dire si les affections constatées ont entrainé des arrêts de travail et de quelle durée, si elles sont à l'origine d'une incapacité permanente partielle et si elles peuvent avoir une incidence d'ordre professionnelle.

 

Certifie avoir personnellement rempli la mission qui m'était confiée en :

- ayant pris connaissance de tous les documents fournis par les partis

- ayant dressé le rapport ci-après

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L'expertise clinique s'est déroulée le Mardi 7 juillet 1998 en présence de 4 médecins ayant été les seuls à avoir répondu à notre convocation par lettre recommandée ll s'agissait des Docteurs

- Jean Louis BOUCHER - 4 rue du Haras - 49000 ANGERS représentant GROUPAMA \ Y...

- Roger Philippe CHUPIN - 4 rue du Haras - 49000 ANGERS représentant ASSURANCES RHIN MOSELLE \ Z...

- Jacques QUILLIEN - 5 bis rue Dupleix - 29200 BREST représentant les MUTUELLES DU MANS ASSURANCES \ K...

- Jean Louis LE MOULEC - 27 boulevard Herault - 29200 BREST représenant la MUTUELLE DES ARCHITECTES \ X...

Après étude des différents documents en rapport avec les expertises chimiques et médicales et tout particulièrement celle que vient de réaliser Monsieur Alain GERAULT, Expert Chimiste, dont le rapport définitif a été remis le l er avril l 998 à la Cour d'Appel de Rennes, après expertise contradictoire au domicile de Mr et Mme MEAR, que l'on peut résumer ainsi

Le LINDANE est utilisé comme insecticide pour les bois de charpente. Il s'agit d'un produit cancérogène pour l'homme et d'un contaminant classique de l'air extérieur, en particulier en Bretagne en milieu agricole.

Le taux normal doit étre inférieur à 0,5 mg/m3 pour 8 heures d'exposition.

Le PENTACHLOROPHENOL (PCP) est utilisé pour la protection des bois de construction et en particulier les bois extérieurs. Les taux sont variables selon les dates et les laboratoires. Les variations sont basses inférieures à 0,5 mg/m3 soit 500 000 ,ug/m3 pour 8 heures d'exposition

 

Le TOLUENE. Il s'agit d'un solvant moins toxique. C'est un polluant atmosphérique (essence sans plomb) et domestique (pollution industrielle et domestique). Ce solvant peut entrainer des asthénies et céphalées, et des troubles neurologiques. Le taux normal varie entre 188 et 550 mg/m3. Il est utilisé pour le traitement des bois de bardage. Il y a disparition totale de ce solvant 3 ans après la construction.

Compte tenu de la pathologie présentée par Monsieur et Madame ME AR, nous avons éliminé l'exploration des substances chimiques ci-dessus, ces produits étant essentiellement toxiques et ne pouvant en aucun cas expliquer les troubles présentés par Monsieur et Madame MEAR à ce jour. d'autant que les mesures effectuées par Monsieur A GERAULT expert Chimiste, se sont révélées négatives ou très au dessous des seuils tolérés

Notre expertise s'est essentiellement attachée à la recherche d'une éventuelle allergie au formol qui est la seule substance chimique pouvant expliquer la persistance des troubles encore à ce jour et ce malgré les difficultés de dosage et de recherche de la formaldéhyde dans l'atmosphère du domicile de Monsieur et Mme MEAR selon le rapport de Monsieur GERAULT

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EXPERTISE MEDICALE

Pour des questions d'emploi du temps, I'expertise médicale de Mr MEAR et Mme LEGRAI\ID épouse MEAR débute dès 8 heures précises du matin par des prélèvements sanguins pour réalisation de dosages effectués dans notre laboratoire d'lmmuno-Allergologie:

- Test d'activation des basophiles, nécessitant l'utilisation de la cytométrie en flux (scanner de cellules). Les basophiles sont les cellules sur lesquelles se fixent les anticorps allergiques appelés IgE. Ces cellules sont activées par le contact entre la substance allergisante ou Allergène et l'Anticorps IgE fixé sur le basophile. L'activation aboutit à la libération de substances appelées médiateurs, qui entrainent une inflammation tissulaire. Dans le cas précis de Monsieur et Mme MEAR, la substance allergénique suspecte est le formol.

- Dosage des Leucotriènes C4: médiateurs ou substances libérés par l'activation des basophiles lorsque les anticorps IgE sont en présence de l'allergène.

- lgE totales (anticorps témoins de l'allergie)

- IgE Spécifiques au formol

- Aéromatrix: test de laboratoire qui permet la recherche d'IgE spécifiques vis-à-vis de 16 pneumallergènes ou allergènes inhalés (par voie respiratoire), dont la positivité serait en faveur d'un terrain atopique, donc allergique.

Après ces prélèvements sanguins, Monsieur et Madame MEAR ont été explorés par des tests cutanés, sous forme de prick-tests, c'est-à-dire d'une scarification ponctiforme ne dépassant pas 1/4 mm. Ces prick-tests ont été effectués à 2 dérivés du formaldéhyde:

toluènesulphonamide formaldéhyde résin 10 %

formaldéhyde 2%o.

et à 2 dérivés du toluène:

4-Toluènediamine 1% avec 1% ethanol,

toluène di-isocyanate 1%

Enfin des tests réalistes ou tests de provocation. Il s'agit de remettre le malade en contact avec la solution allergénique supposée responsable et dans ce cas, à une solution de formol diluée au 1/lOOOOOe, 1/lOOOOe et 1/1000e Ils sont réalisés sous contrôle

* d'explorations fonctionnelles respiratoires avec étude de la spirométrie, c'est-à-dire essentiellement de 2 paramètres de la fonction respiratoire le VEMS (Volume Expiratoire Moyen Seconde) explorant les grosses bronches et le DEM 25-75 (Débits Expiratoires Moyens) explorant les petites bronches.

* d'un test d'inhalation de métacholine a été réalisé après les tests de provocation pour évaluer l'hyperréactivité bronchique, la métacholine étant un bronchoconstricteur .

* d'une rhinomanométrie. Il s'agit d'une technique qui permet de mesurer les résistances des voies nasales

* contrôle par nasofibroscopie sous vidéo et, photo également effectué au cours de ces tests. Il s'agit d'une technique qui permet de visualiser à l'aide d'un fibroscope nasal les réactions de la muqueuse au contact de 1'allergène, ici le formol. Ce test a éte réalisé uniquement chez Mme MEAR. Cet examen n'a pas pu être réalisé chez Mr MEAR pour des raisons techniques de stérilisation du fibroscope. 40 mn étaient nécessaires pour cette stérilisation, ce qui aurait retardé l'expertise clinique a laquelle assistaient les 4 confrères déja cités.

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I - EXAMEN CLINIOUE de Mme LEGRAND Annie épouse MEAR

 

Mme LEGRAND Annie, épouse MEAR, est vue en premier en présence des Docteurs BOUCHER, CHUPIN, QUILLIEN, LE MOULEC.

L'histoire clinique débute en 1990 alors qu'elle restait en permanence chez elle puisque sans travail et qu'elle venait de reprendre des études d'Anglais. Quelques semaines après avoir occupé sa maison, elle constate avec précision qu'au fond du séjour, elle présente des maux de tête (céphalées) et un gonflement (oedème) des 2 yeux.

Il n'existe pas alors de rhinite ou d'essoufflement (dyspnée). Elle a fait remarquer qu'elle avait présenté une sinusite en 1984 et une autre en 1987, de toute évidence d'origine infectieuse et probablement virale.

Dans l'ordre chronologique, après les céphalées et l'oedème des yeux, apparaissent des irritations des muqueuses nasales avec écoulement (rhinorrhée), accompagnées de filets de sang le matin au réveil. Une cautérisation des muqueuses nasales semble avoir été réalisée par un confrère ORL qui aurait entrainé une amélioration

Autre symptome décrit par la patiente, celui d'une fatigue importante (asthénie), en même temps qu'elle est "démoralisée".

Nous notons également un fait très important à savoir que lors d'un .séjour chez une amie pendant 48 heures elle constate une amélioration spontanée des signes cliniques existant à son domicile, à savoir disparition de l'oedème, diminution nette de la fatigue et absence de céphalées. L'ensemble de ces manifestations clinique récidive au retour chez elle et surtout toujours dans le séjour, dans un coin peu ventilé d'après les dires de son époux, Mr MEAR.

Elle incrimine également les faux plafonds, calfeutrés par laine de verre, dans lesquels sont intégrés des spots. Elle insiste sur le fait qu'il y a des étagères, beaucoup de panneaux de particules, de grosses plinthes donc beaucoup de bois dans le séjour, mais pas de charpente.

La méme symptomatologie est observée également dans sa chambre

Mme MEAR insiste sur les perturbations psychiques et morales et l'importance de l'asthénie que causent ces différents troubles.

L'interrogatoire clinique conduit objectivement permet encore de préciser que les séjours extérieurs à son domicile pour des vacances par exemple sont suivis d'amélioration dans certains cas et de persistance des signes cliniques sous forme d'irritation des muqueuse nasales et des céphalées dans d'autres cas.

Par ailleurs, Mme MEAR précise qu'il n'y a que 2 pièces dans cette maison où elle peut vivre : une chambre où il n'y a pas de spots car, en plus, elle incrimine la chaleur, affirmant que son état clinique serait moins bon, et la cuisine où il existe des spots mais également une ventilation par courant d'air permanent.

Elle se dit être mieux cliniquement dans ces 2 pièces et évite le séjour.

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Il n'y a pas d'allergie sur le plan familial et personnel antérieur chez Mme MEAR. Elle se présente comme une malade avec atteinte de l'état général, se manifestant surtout par un amaigrissement notable. Elle aurait perdu 6 kgs et pèse actuellement 40 kgs pour I m 56. Elle est très dépressive, d'autant qu'elle n'aurait plus de vie sociale et a abandonné toutes ses activités.

A l'examen clinique on note une muqueuse nasale oedématiée surtout à gauche et paradoxalement une obstruction de la narine droite. Cette constatation paradoxale entre les signes physiques d'oedème de la muqueuse gauche et meilleure perméabilité nasale à gauche par rapport à droite se rencontre très fréquemment chez les sujets ayant une rhinite sans signe clinique

La tension artérielle est l l de maxima, 8 de minima. L'auscultation cardio-pulmonaire est normale

Sur le plan immunologique:

1° Les IgE totales sont à 3,02 kU/l (normale inférieure à 150)

Les IgE.spécifiques au formol sont inférieures à 0,35 kUA/l, donc négatives.

2° Une recherche de terrain allergique par la technique de l'Aéromatrix s'est révélée totalement négative en IgE spécifiques aux 16 pneumallergènes de ce test in-vitro.

3° Les tests cutanés aux 2 dérivés du formol sont négatifs, alors que le témoin à l'histamine est normalement positif.

4° Le test d'activation des basophiles par cytométrie en flux, à l'aide de l'anticorps Anti-IgE et du marqueur membranaire CD 63 s'est révélé négatif en présence de 3 dilutions de formaldéhyde pour 3 allergènes d'origine différentes (Pharmacie du CHU, réactif des laboratoires Sigma et formaldéhyde en solution).

A noter qu'il n'existe aucune réponse des basophiles en présence de l'Anti-IgE, témoigne d'une très faible réactivité des basophiles.

Le dosage de leucotriènes LTC 4 s'est révélé également négatif au formaldéhyde pour dilutions des 3 mêmes origines utilisées pour le test d'activation des basophiles.

5° Les tests réalistes ou tests de provocation par instillation nasale de formol à 3 dilutions (1/100000, 1/10000, 1/1000) n'ont entrainé:

. aucune manifestation clinique

. ni modification des résistances des voies nasales au niveau de la rhinomanométrie,

. ni aucun retentissement sur la nasofibroscopie, comme en témoigne la photo jointe.

 

L'instillation d'allergène au niveau nasal peut entrainer des modifications des épreuves fonctionnelles respiratoires et en particulier au niveau de la spirométrie. Or celle-ci est restée normale avec un VEMS (Volume expiratoire minimum seconde) à 2,94 l pour une valeur théorique a 2,24 l et un DEM 25-75 (Débit expiratoire moyen) à 3,45 l/s pour une valeur théorique à 3,07

Par contre, le test à la méthacholine (inhalation d'un médiateur non spécifique et bronchoconstricteur met en évidence une amputation du DEM 25-75 variant entre 15 et 2 l % pour

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une inhalation de 40 à 60 mcg de métacholine en faveur d'une Hyperréactivité bronchique, donc d'un asthme infra-clinique.

 

Il - EXAMEN DE Monsieur Georges MEAR

 

Monsieur Georges MEAR est vu seul en consultation d'Expertise, après son épouse, toujours en présence des 4 confrères déjà présents pour la consultation de son épouse. L'histoire reflète les faits rapportés par Mme MEAR.

Monsieur MEAR aurait téléphoné à son épouse alors qu'il se trouvait à l'Ile de la Réunion pour déplacement professionnel, et qu'ils habitaient déjà cette maison neuve construite à Brest. Mme MEAR l'aurait entretenu du début de ses difficultés respiratoires.

La symptomatologie apparait chez lui plusieurs mois après par rapport à celle de son épouse mais il précise qu'il était fréquemment absent ( 15 à 20 jours par mois) et que, cliniquement, il était beaucoup mieux lorsqu'il voyageait.

Les signes cliniques comprennent une obstruction nasale avec picotements du nez, peu d'éternuements ainsi qu'une transpiration nocturne obligeant à ouvrir la salle de bain pour provoquer des courants d'air, des picotements de l'oeil gauche, des céphalées occipitales droites (maux de tête) et une oppression thoracique sans sifflement qu'il ne ressent plus actuellement. Il insiste par ailleurs sur les insomnies et l'asthénie (ou fatigues) très particulières lors des séjours à son domicile.

Enfin, autre signe clinique, qu'il rattache au stress, est l'apparition d'une hypertension artérielle évoluant par poussée puisque l'étude de la pression artérielle pendant 24 heures par Holter s'est révélée normale. Il note également des difficultés professionnelles du fait de l'asthénie et lorsqu'il se trouve actuellement en dehors de chez lui, la symptomatologie est variable en fonction du lieu.

Par exemple, il semble gêné par la peinture, comme cela a été le cas lors d'un séjour dans un Hotel à Pointe à Pitre ou par la présence de poutres traitées lorsqu'il est entré dans une librairie. Il est également gêné par le tabac, les insecticides, par le diesel, et enfin 30 mn après la lecture du journal.

Ces gênes apparaissent plus tardivement alors qu'auparavant il ne présentait aucune de ces gênes comme par exemple celle se produisant lors de contact avec des peintures fraiches.

On ne retrouve pas d'allergie sur le plan familial. Il s'agit d'un pilote d'Air France. Il est donc suivi très régulièrement sur le plan médical, tous les 6 mois depuis 1962 sans qu'aucune anomalie pathologique n'ait été signalée. Il semble ne plus pratiquer d'exercice physique.

A l'examen clinique, I'auscultation cardiopulmonaire est normale. La tension artérielle prise à l'aide d'un appareil Dynamap est à 17,8 de maxima et 8,9 de minima lors de la prise de sang. Reprise au moment de l'examen elle est alors à 21 de maxima et 10 de minima.

Sur le plan immunologique

1° Les IgE totales sont à 6,16 kU/l (normale inférieure à 150)

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Les IgE .spécifiques au formol sont inférieures à 0,3 5 kUA/I, donc négatives. Un dosage réalisé le 19 novembre 1992 par les Laboratoires CERBA montrait des IgE spécifiques positives à 1,50 KU/I au formaldéhyde (formol: k80) par méthode radio-immunologique (RIA) (seuil de positivité à 0,3 5 KU/I).

I1 y a eu un second dosage à la demande du Dr COHEN HADDAD, Allergologue à Paris, le 14 mars 1994 qui a révélé des IgE spécifiques négatives aux pollens (O,l I KU/I) et aux acariens D.Ptéronyssinus (0,28 KU/I).

2° L'Aéromatrix s'est révélé entièrement négatif aux 16 pneumallergènes de ce test in-vitro.

 

3° Les tests cutanés aux 2 dérivés du formol sont négatifs, alors que le témoin à 1'histamine est normalement positif.

4° Le test d'activation des basophiles par cytométrie en flux, à l'aide de l'anticorps Anti-IgE et du marqueur membranaire CD 63 s'est révélé négatif en présence de 3 dilutions de formaldéhyde pour 3 allergènes d'origine différentes, comme pour son épouse.

Par contre, contrairement à son épouse, il existe une excellente réponse des basophiles en présence de l'Anti-IgE.

Le dosage des leucotriènes LTC4 s'est révélé également négatif au formaldéhyde pour les 3 dilutions de chaque provenance utilisée pour le test d'activation des basophiles. Il existe une réponse normale à l'anti-IgE également au niveau de ce dosage puisqu'il y a libération de 1 445 pg/ml.

5° L'instillation nasale de formol pour réaliser le test réaliste ou test de provocation n'entraine aux 3 dilutions: 1/lOOOOOe, 1/10000 et 1/1000, aucune réaction clinique ni perturbation des résistances au niveau de la rhinomanométrie. On ne note pas de perturbations fonctionnelles respiratoires du VEMS ni du DEM 25-75.

Par contre, le test à la métacholine révèle une hyperréactivité bronchique modérée puisque l'on constate une diminution du VEMS de 13 à 16 %.

Selon un courrier de Mr MEAR du I 9 juillet 1998, celui-ci signale que son épouse a présenté dans les jours qui ont suivi les examens du 7 juillet une réaction de type retardé au niveau de la muqueuse nasale et en particulier à gauche.

Quant à lui, il n'a pas enregistré de réaction tardive.

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IV - COMMENTAIRES

Le FORMALDEHYDE représente le principal agent chinique responsable des manifestations cliniques que présentent Monsieur et Madame MEAR.

2 travaux (dont photocopie ci-jointe) sur

- "Le Formol: un Pneumallergène domestique" réalisé dans notre service et paru dans Allergie et Immunologie

- "Rhinite et Asthme Professionnels au Formaldéhyde" par N. Rosenberg et P Gervais. publié dans le DMT, nous permettent de retenir les principaux éléments suivants:

1° Le Formol est une molécule simple qui possède les caractéristiques suivantes:

- c'est un haptène, c'est-à-dire une molécule chimique simple et qui ne devient allergénique que si elle se lie à des protéines de l'organisme

- il est très réactogène, se fixant sur les groupes amines des protéines et également sur

I'ADN, en particulier à la surface de l'arbre respiratoire

- il s'agit d'une molécule très volatile

Toutes ces caractéristiques en font donc un bon pnéumallergène.

2° En pathologie, le formol est connu pour:

- ses propriétés toxiques à l'état gazeux (il s'agit d'un suffocant) lorsque les taux sont supérieurs à 2 ppm,

- ou à l'état liquide (il s'agit d'un irritant, d'un caustique et d'un nécrotique). 10 à 20 ml par ingestion constituent une dose mortelle

3° Son rôle est débattu dans le domaine de la carcinogénèse. 2 auteurs Swenber et Halperin se sont penchés sur l'étude de la carcinogénécité du formol.

4° Le formol est déjà connu pour ses propriétés allergéniques dans le domaine purement professionnel. Il entraine à la fois:

- des dermatoses professionnelles

- certaines manifestations respiratoires professionnelles: rhinite, trachéite et asthme,

indemnisables (tableau 43 du régime général et tableau 28 du régime agricole)

Notre étude, publiée en 1985, se penchait surtout sur le rôle possible du formol comme allergène domestique.

Sources et expositions non professionnelles au formol

- fumée de tabac,

- combustion du charbon et du bois,

- gaz d'échappement et en particulier des moteurs diesel,

- colles et vernis,

- apprêt de certains papiers (par exemple mouchoirs en papier),

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- bombes insecticides,

- les nouveaux textiles,

- I'ISOLATION THERMIQUE.

- On trouve du formol dans la mousse urée-Formol, mais également dans la laine de verre. Le formol se dégage à l'état gazeux lorsqu'il y a MAUVAISE REALISATION de la pose des matériaux et cela peut être dû à l'âge des constituants, leur proportion respective et la façon du mélange urée formol par exemple, ainsi que de l'habileté de l'installateur

- nombreux cosmétiques, dentifrices et shampoings

Notre étude avait porté sur l'exposition de sujets à la fumée de tabac et aux isolations thermiques par moussé Urée-Formol.

Pour la question du Formol comme allergène de la fumée de tabac nous constatons que nos sujets témoins avaient un test cutané négatif dans 100 % des cas, mais que dans la population allergique gênée par la fumée de tabac, 71 % des sujets avaient un test cutané positif, alors que dans le 3e groupe d'allergiques non gênés par le tabac, les tests cutanés se sont révélés négatifs à 79 %.

Cette étude démontre clairement que le formol est un allergène de la fumée de tabac

Rappelons à propos des manifestations cliniques présentées par Mr MEAR, qu'après les signes apparus lorsqu'il se triuvait à son domicile s'est révélé chez lui dans un 2e temps une gêne provoquée par la fumée de tabac et autres sources contenant du formol : diesel, peinture fraiche, encre de journeaux (qui peut en toute logique se comprendre étant donné l'environnement professionnel dans lequel il évolue).

Madame MEAR n'a pas signalé la gêne secondaire à la fumée de tabac et autres sources de formol. Nous pouvons supposer qu'elle était moins exposée que lui.

 

La 2e partie de notre étude a comporté la recherche du formol comme allergène de l'atmosphère isolée par mousse Urée Formol.

C'est ainsi que nous avons été amenés à rencontrer une famille dont 4 personnes sur 5 avaient présenté, immédiatement après isolation thermique de leur domicile par la mousse Urée Formol, des picotements oculaires, des signes ORL, respiratoires (rhino-trachéite, sinusite, conjonctivite) avec régression de ces signes clinigues lorsque les 4 personnes quittaient le domicile et réapparition immédiate des signes cliniques au retour au domicile.

4 ans après leur installation dans cette maison, le prélèvement de formol effectué montrait un taux anormal, supérieur à 0,5 ppm.

L'étude effectuée chez cette famille montre une excellente corrélation entre les tests cutanés au tormol et le Test de Transformation Lymphoblastique (cultures des Iymphocytes en présence de formol). Un test de provocation a eté réalisé chez les 5 membres de la famille et nous avons constaté, 6 a 8 heures après le test, chez les 3 enfants rhinite et trachéite, chez la mère rhinite, le père n'ayant présente que des céphalées

Dans les mois et années qui suivent, les émanations de tormol avaient considérablement diminué, pour des taux inférieurs à 0,5 ppm. Néanmoins, comme dans tous les phénomènes

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immunologiques, les 4 personnes allergiques sont restées sensibilisées au formol, y compris a des taux inférieurs a ce taux maximum toléré par la législation

Il est clair que cette famille a souffert d'inhalation importante de formol, liée à une mauvaise technique d'isolation de leur maison par la mousse Urée Formol.

 

Le cas de Mr et Mme MEAR est tout-à-fait comparable à l'histoire clinique de cette famille, à savoir :

 

1° qu'il y a eu sensibilisation et manifestations cliniques très rapidement pour Mme MEAR et plus tardivement pour Mr MEAR, lors d'exposition aux matériaux d'où provenaient les émanations de formol (faux plafond couvert par laine de verre, qui contient 5 % de formol, panneaux de particules, plinthes en bois dans le séjour). Rappelons que le formol est une substance très volatile libérée essentiellement par la chaleur des spots.

retour observations Arrêt

 

 

Les différentes expertises pratiquées ne semblent pas s'être orientées vers la recherche d'une telle sensibilisation, en dehors de l'existence d'IgE spécifiques au formol chez Monsieur MEAR lors d'une précédente expertise médicale.

2° Tout-à-fait comparable à la famille décrite dans notre étude la persistance des troubles, sans qu'il y ait détection de formol dans l'atmosphère de la maison de Mr et Mme MEAR (expertise de Mr A. Gérault).

La sensibilisation immunologique persiste chez eux avec pérennisation des signes cliniques qui peuvent très bien être entretenus par d'autres substances contenant du formol, tels que les shampoings, les dentifrices, voire des substances médicamenteuses, mais aussi par les insecticides, le tabac. etc .

Rappelons également que le formol est un haptène, c'est-à-dire une molécule chimique simple et qui ne devient allergénique que si elle se lie à des protéines de l'organisme. Cela explique les difficultés à mettre en évidence des tests immunologiques sanguins ou des tests cutanés qui se positivent à cet haptène

Par exemple, les médicaments sont des haptènes et l'allergie médicamenteuse est fort difficile à démontrer sur le plan biologique, en dehors des signes cliniques qui eux peuvent être évidents.

Cela explique IA négativité des explorations biologiques et tests cutanés effectués dans le service pour Mr et Mme MEAR et cela n'exclue nullement la persistance d'une sensibilisation immunologique chez eux. Celle-ci se révèle uniquement par des signes cliniques, sans qu'aucune preuve biologique n'ait pu être apportée et ce d'autant plus que toutes les explorations effectuées dans notre laboratoire sont réalisées tardivement, 9 ans après le début des troubles

Signalons que la réaction tardive chez Mme Annie NiEAR est en faveur d'une origine allergique des manifestations liées au formol. On l'enregistre uniquement chez elle car elle a eu une instillation de formol au niveau nasal avec contrôle rhinomanométrique et naso-fibroscopique.

On ne l'a pas constaté chez Mr Georges MEAR puisque celui-ci a eu un test de provocation mais sans surveillance naso-fibroscopique pour les problèmes techniques déjà exposés, à savoir la nécessité d'une stérilisation du fibroscope.

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Par ailleurs, nous savons qu'en Aliergologie, il existe de véritables sensibilisations immunologiques étayées uniquement sur la clinique, sans que l'on puisse apporter de preuves bioloiques. La seule éviction de l'allergène, associée ou non a des traitements médicamenteux entraine parfois l'amélioration voire la disparition des signes cliniques.

C'est le cas de Mr et Mme MEAR, dont la sensibilisation au formol est basée sur:

- des signes cliniques typiques (céphalées, irritation oculaire, nasale, oedème oculaire) avec réaction clinique tardive qui intervient plusieurs heures après l'instillation de la solution de formol chez Mme MEAR,

- cette sensibilisation immunologique a été logiquement plus tardive chez Mr MEAR, étant donné la moindre exposition qu'il avait par rapport à son épouse.

- les signes cliniques étaient plus importants dans les endroits de la maison moins bien ventilés.

- la chaleur (par les spots) augmentait l'émanation de formol et aggravait les signes cliniques, sauf à la cuisine où la ventilation par courant d'air a été possible.

- autre élément clinique très important, celui de la disparition (tout au moins au début) des signes cliniques lorsque Mr et Mme MEAR quittaient leur domicile et la récidive dès leur retour.

L'amélioration des signes cliniques lors de l'absence d'exposition au formol et la récidive lors de l'exposition disparait avec le temps puisque Mr et Mme MEAR continuent à se plaindre des mêmes manifestations de façon chronique.

Tout ceci confirme bien la persistance de la sensibilisation immunologique.

Par ailleurs, il nous parait tout-à-fait clair que la durée et la répétition des expertises à la fois chimique et médicale depuis 9 ans finissent en toute logique par engendrer chez Mr et Mme MEAR des perturbations psychologiques graves, entrainant comme nous l'avons déjà dit, des troubles de l'état général avec syndrome dépressif et amaigrissement de 6 kgs chez Mme MEAR et syndrome dépressif "camouflé" chez Mr MEAR.

Nous devons également insister sur la mise en évidence, chez Mr et Mme MEAR, d'un asthme infraclinique, qui pourrait évoluer vers l'apparition d'un asthme clinique si l'exposition au formol persistait.

Enfin, Monsieur ME AR m'a communiqué une lettre qui lui a été adressée par Mr le Professeur MOLINA, alors Président du Comité National contre les maladies Respiratoires et la Tuberculose, datée du 20 décembre 1993.

Le Professeur MOLINA, de renom international sur le plan de la Pneumologie, indique que dans l'atmosphère il y a des quantités anormales de formaldéhyde, selon les normes fixées par l'OMS.

Par ailleurs, il décrit les effets aigüs de l'exposition au formaldehyde qui sont l'irritation des muqueuses nasales, oculaires et bucco-pharyngées à des taux élevés ou des éternuements, larmoiements, toux, nausées et dyspnée chez les sujets sensibilisés.

Ce courrier du Professeur MOLINA précise également la source du formaldehyde (formol) que l'on trouve dans les panneaux de particules, les résines urée formol, mais également dans les maisons où se trouvent des fumeurs, ce qui n'est pas le cas de Mr et Mme MEAR. Il précise par

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ailleursque la libération deformol est liée a une élevation de la température et que la diminution de la ventilation des locaux peut entretenir un accroissement de cette concentration.

Enfin, le Professeur MOLINA retient que s'il n'a pas examiné Monsieur et Madame MEAR. il existe pour lui un élément significatif à savoir la présence d'anticorps de type IgE en novembre 1997 au taux de 1,50 KU/I, ce taux s'étant négativé le 2 février 1993 11 y a une sensibilisation acquise au formaldéhyde dans sa maison. Le rapport n°7 "Indoor Air Pollution by Formaldehyde in European Countries", mentionne que la concentration de O,0 1 ppm peut entrainer des troubles. Le Professeur MOLINA convient que l'atmosphére intérieure de la maison de Monsieur et Madame ME AR est malsaine et doit étre soumise à vérification et modification.

 

Réponses aux questions posées par la Cour

 

3° Dire si les affections constatées ont entrainé des arrêt de travail et de quelle durée, si elles sont à l'origine d'une incapacité permanente partielle et si elles peuvent avoir une incidence d'ordre professionnelle.

 

Au total, les signes cliniques présentés par Mr et Mme ME AR sont en rapport avec une allergie à la Formaldéhyde, dûe aux nombreux matériaux contenant du formol avec très certainement une mauvaise technique utilisée durant la construction, tant au niveau de l'isolation que de la ventilation.

En effet, nombre de ces matériaux sont utilisés très couramment dans les constructions de maisons et pourtant, tous les habitants de ces maisons ne se plaignent pas de problèmes allergiques. ce qui nous semble en faveur de ces défauts de construction à l'origine des troubles présentés par certaines familles et dans ce cas particulier, par Mr et Mme MEAR.

S'il n'y a pas d'incidence professionnelle chez Mme MEAR puisque sans profession, il y a incidence professionnelle chez Mr MEAR, puisque que celui-ci note bien les difficultés qu'il rencontre aujourd'hui au cours de ses voyages professionnels chaque fois qu'il se trouve dans un endroit où il y a émanation de formol (peinture fraiche, tabac, insecticide, encre de journaux diesel des voitures ou des camions).

Différents arrêts de travail en rapport avec l'allergie au formaldéhyde liée aux matériaux de construction de son domicile, concernant Mr MEAR ont été notés :

- du 9 au 27 septembre 1992, prescrit apres consultation par le Dr BELLEIN

- prolongation du ler Octobre au ler novembre 1992,

- du 12 au 24 février 1993,

- du ler au 21 septembre 1994

- du 6 mars au 11 mars 1995

- du 29 mai au 25 juin 1995

 

Au cours des arrêts de travail du 9 septembre 1992 au ler novembre 1992. il a été constaté une hypertension artérielle par le service Médical d'Air France (Dr Marie Claude LEBUISSON) alors qu'à l'examen du dossier médical des médecins du travail, de 1971 à 1991, les chiffres tensionnels étaient normaux.

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Nous souhaitons attirer l'attention sur le pronostic de la pathologie allergique présentée par Mr et Mme MEAR dont l'incidence psychologique et le retentissement sur l'état général iront en s'aggravant pouvant faire craindre le pire pour Mme MEAR

C'est pourquoi il nous parait souhaitable que soit mis fin à leur "calvaire" et que soit enfin reconnu l'origine allergique de leur pathologie, en rapport avec les défauts que présentent les matériaux de construction, à l'origine des émanations de formol.

Si une décision doit être prise pour qu'enfin, après 9 ans de "souffrance" morale et physique, Monsieur et Madame MEAR puissent entrer réellement dans leur maison et envisager les travaux nécessaires pour que soit interrompu ce processus dont nous insistons sur la gravité du pronostic.

 

CONCLUSION

 

Monsieur Georges MEAR et Madame LEGRAND Annie, épouse MEAR, présentent une pathologique allergique cliniquement évidente, liée aux matériaux de construction d'où proviennent des émanations de formaldéhyde.

retour observations Arrêt

Il s'en suit une incapacité partielle permanente de 8 % pour Mme Annie MEAR et de 6 % pour Mr Georges MEAR.

De même qu'il nous parait important qu'ils soient indemnisés des vices de construction et des matériaux d'où proviennent les émanations de formol.

Tout ceci permettra d'éviter l'aggravation du pronostic de leur pathologie et redonnera à Mr et Mme MEAR la possibilité d'un retour à une vie sociale et familiale normale, donc meilleure.

 

Fait à Angers, le 20 juillet 1998

Docteur A. SABBAH

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