Lettre du Docteur SABBAH à mon avocat

pièce 52

 

LABORATOIRE D'EXPLORATIONS FONCTIONNELLES

D'ALLERGOLOGIE

 

CENTRE HOSPITALIER

UNIVERSITAIRE D'ANGERS

Angers, le 8 avril 1999

 

Maitre Jacques GOURLAOUEN
161 avenue Victor Hugo
75116 PARIS

Dr. A. SABBAH

Chef de service

Dr. M. DROUET

Praticien Hospitalier

Dr. J.C. BONNEAU

Dr. J. LE SELLIN

Attachés en Premier

Dr. P. KALFON

Dr. J. M. LECLERE

Dr. G. GAY

Attachés

Dr. S. HASSOUN

Attaché Associé

Nos Réf: Affaire MEAR / INTIME

Vos Réf: 930170-JG/FL

 

Cher Maitre,

Après conversation avec Mme AUBAULT, Greffière à la Cour d'Appel de Rennes, il m'est autorisé de répondre à titre personnel à votre courrier du 2 avril, qui m'est parvenu par lettre recommandée, concernant l'Affaire MEAR/INTIME.

Les réponses du Dr BOUCHER, Expert d'Assurances et donc non spécialiste, ne m'ont nullement surpris. De toute évidence, le Dr BOUCHER méconnait totalement la spécialité d'Allergologie.

I) Au cours des formations continues prodiguées à des médecins Généralistes et Spécialistes, non experts, il leur est bien précisé qu'en Allergologie:

1° la clinique est primordiale

2° tous les examens biologiques, comme par exemple le dosage des IgE totales et spécifiques, peuvent être normaux chez d'authentiques allergiques. Cela est lié à un problème génétique, qui démontre que, dans 20 % des cas, ces sujets sont de vrais allergiques à biologie normale. Ces constatations sont caractéristiques et se retrouvent dans certaines pathologies, comme par exemple l'allergie au formol qu'elle soit professionnelle ou domestique.

Dans ce type de pathologie, nous avons effectué des milliers de dosages d'IgE spécifiques au formol et nous n'avons eu qu'une à 2 réponses positives. Tout ceci n'infirme pas le diagnostic, surtout basé sur l'histoire clinique, ce qui est certainement le cas de Mr et Mme MEAR.

II) Le Docteur BOUCHER ignore également totalement les types de réactions observées chez les malades lors de tests réalistes, pratiqués dans le service. Dans un nombre de cas non négligeable, il arrive que les malades fassent des réactions retardées et non immédiates pendant l'exploration.

III) Par ailleurs, sur le plan de l'expertise judiciaire, je pense avoir

accompli normalement mon travail d'Expert Judiciaire, à savoir que tous les médecins concernés par cette affaire ont été convoqués. Il a été convenu avec tous les médecins présents qu'aucune intervention de leur part n'aurait lieu pendant l'expertise, mais qu'un débat pourrait s'instaurer (et s'est d'ailleurs instauré) à la fin de celle-ci. Je ne comprends donc pas que cette procédure, acceptée par tous, soit aujourd'hui contestée par un seul, le Dr BOUCHER.

Mme MEAR, au cours de l'expertise, a présenté un malaise et, en tant que médecin, il était de mon devoir de prêter une attention particulière à une malade qui souffrait, mais avant d'intervenir, j'avais demandé l'autorisation à tous les médecins présents, ce qui fut accepté de façon unanime, y compris par le Dr BOUCHER. Etre expert n'interdit pas du tout d'être médecin et de porter secours à un malade qui en exprime le besoin.

Je me suis donc "isolé" avec la malade, dans un bureau attenant celui où était réalisée l'expertise, avec l'autorisation de tous les médecins présents. Il leur était tout-à-fait possible d'entendre la discussion que j'ai eue avec elle et qui n'a porté que sur un plan purement psychologique et nullement sur l'Expertise.

Je constate par ailleurs que le Docteur BOUCHER a été le seul expert d'Assurances présent à vouloir contester la rigueur:

1° du déroulement de l'expertise

2° du diagnostic.

 

Il est important pour moi de vous signaler que seul le Dr BOUCHER, à la fin du débat et en quittant le bureau où se déroulait l'expertise, dont l'importance explique le temps qu'il a fallu y consacrer (il pourrait difficilement être reproché à un expert d'y passer le temps voulu) a ouvertement déclaré, devant ses collègues, que Monsieur et Madame MEAR n'auraient jamais gain de cause et quand je lui ai demandé une explication sur cette opinion qu'il émettait, sa réponse fut "Jamais les assurances n'accepteront de jurisprudence".

Quant à moi, je persiste sur le délabrement psychologique qu'une telle affaire a engendré chez Mr et Mme MEAR et encore une fois, un Expert n'en est pas moins un médecin et ce type de "lésions" doit être retenu au niveau d'éventuels dédommagements

Je me permets de vous adresser un document, extrait d'un ouvrage paru très récemment (en 1999) sur "L'asthme professionnel" et portant plus particulièrement sur "l'Asthme au Formaldéhyde".

Veuillez croire, Cher Maître, en l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

 

Docteur A. SABBAH

 

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