Lu dans "LE QUOTIDIEN DU MEDECIN, N° 6355 lundi 12 octobre 1998

 

Un bâtiment sain, c'est la santé

Bâtiment et santé. L'affaire de l'amiante a servi de révélateur à l'apparition d'un nouveau thème de recherche, qui connait déjà la faveur du public en quête d'un habitat certifié sain. Les initiatives de terrain se multiplient et le gouvernement s'apprête à officialiser les choses avec une communication en conseil des ministres de MM. Besson et Kouchner, sécrétaires d'état au logement et à la Santé, prévue pour le 21 octobre.

"Quand le bâtiment va, tout va." Cet adage a un corolaire. Quand les bâtiments sont en bonne santé, leurs occupants aussi. Dans la foulée de l'alimentation bio, voilà le bio-bâtiment.

Au dernier salon Bâtimat, des fabricants de peintures naturelles ou de matériaux comme le chanvre, jusqu'ici marginaux, ont eu pignon sur rue. Un médecin de Clermont-Ferrand, le Dr Pierre Plat, se fait depuis quelques années l'apôtre de la bio-construction dans les congrès. Promus spécialistes du thème environnement-santé depuis leur ouvrage "l'Ecologie c'est la santé", les Drs Suzanne et Pierre Déoux ont publié, à la fin de 1997, "Habitat qualité santé, clefs en mains". Les colloques se multiplient : journée de travail sur la qualité environnementale des bâtiments , le 16 octobre, à Paris, session spécialisée lors du salon Pollutec, à Lyon, le 6 novembre, etc.

Des dangers du sol au plafond

Il faut dire qu'on entend de belles : amiante au plafond, peintures et meubles en agglomérés qui émettent des composés organiques volatils, moquette allergisante, peinture au plomb, radon à la cave, légionnelles dans les chauffe-eau, appareils électroménagers émetteurs de rayonnements électromagnétiques, la maison serait-elle devenue celle de tous les dangers ? Le sujet préoccupe suffisamment la direction du Logement pour que soit montée, à la fin de 1996, à son initiative, l'association HQE, pour la haute qualité environnementale des bâtiments, présidée par Dominique Bidou, de l'agence régionale de l'environnement et des nouvelles énergies (ARENE) d'Ile-de France. Il s'agit, selon ce dernier, de maitriser les impacts du bâtiment sur l'environnement extérieur tout en créant un environnement intérieur confortable et sain. HDE regroupe plusieurs conseils généraux, les ministères chargés de l'environnement et du logement, des associations et des syndicats professionnels, des centre experts, comme le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). C'est l'HQE qui organise, le 16 octobre, une journée de travail au Sénat . Il y sera aussi question de santé. HQE mène une action spécifique, "Bâtiment et Santé" (A 11), sous la responsabilité d'Andrée Buchman, présidente Alsace Qualité Environnement. Le groupe de travail comprend plusieurs médecins : allergologue, comme le Dr de Blay (Strasbourg), toxicologue et épidémiologiste.

Intervenir dès la conception

Opposée à toute approche catastrophique, Andrée Buchman, ancien conseiller régionnal d'Alsace (Verts) oeuvre déjà sur le terrain pour répondre à la fois aux demandes d'information des municipalités et de la maitrise d'ouvrage. "En tant que professeur, j'ai fait passer des examens dans des amphis à 40° dont j'avais voté le budget comme conseiller régionnal, se souvient-elle, j'étais consternée." Visiblement, il aurait fallu intervenir avant, dès la conception. Aujourd'hui la région finance des études complémentaires sur le confort thermique, acoustique, etc., des bâtiments qu'elle fait construire. Destiné aux maîtres d'ouvrage et aux architectes, un manuel qui recense toutes les questions à se poser pour intégrer la haute qualité environnementale dans un projet a été édité. Un écoguide, "Je veux construire ma maison", est en préparation, ainsi qu'un guide du bricolage. Pour Andrée Buchman, la question est aussi sociale : comment appliquer la HQE aux logements sociaux et faire bénéficier les travailleurs du bâtiment de meilleures conditions de travail, en abandonnant, par exemple, les colles à moquette ou les peintures nocives.

Les premiers éco-lycées

Les collectivités locales se sentent de plus en plus de responsabilité en la matière.

En Ile-de France, l'ARENE a fait réaliser à Alfortville, avec l'aide du conseil régionnal et de l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maitrise de l'énergie), le lycée Maximilien-Perret, avec un surcoût budgétaire de 3 %. Objectifs pour ce premier éco-lycée : une bonne qualité de l'air assurée par une ventilation double flux, une diminution des nuisances de chantier, des économies d'eau, avec récupération des eaux pluviales, une surisolation thermique et des vitrages peu émissifs, un confort visuel assuré au maximum par la clarté naturelle. Trois autres éco-lycées sont en cours de réalisation ou en projet.

L'industrie du bâtiment est, bien évidemment, partie prenante. "Le thème bâtiment-santé était déjà inscrit dans notre plan environnement de 1994"., rappelle Roland Fauconnier, de la Fédération française du bâtiment, forte de 55000 adhérents. L'affaire de l'amiante a fait le reste, analyse-t-il, en déclenchant une crise de confiance chez nos concitoyens, qui ne considèrent plus les matériaux qu'avec soupçons : que deviendra ce matériau dans dix ans ? Aussi, les problèmes de climatisation, de fibres, de légionnellose, de radon, de syndrome des bâtiments malsains font-ils l'objet d'une veille d'informations. La fédération a monté un cycle de réunions régionales à l'intention de ses membres et prépare un guide "santé bâtiment", en collaboration avec le CSTB et le soutien de l'ADEME. "Ce sera un guide pédagogique à l'intention des entreprises, qui les conduira à réfléchir sur l'impact sur la santé que peuvent avoir certains matériaux ou dispositifs explique MM Fauconnier ; on les alertera, par exemple, sur les conditions qui peuvent créer une oxydation au monoxide de carbone ou la nécessité d'enlever les canalisations au plomb lors de travaux de plomberie".

Pour l'industrie du bâtiment, c'est aussi un nouveau marché qui apparait, lié à l'amélioration de la qualité de l'air, à l'utilisation de matériaux sains (liège, chanvre, bois) et de revêtements et de peintures qui ne relarguent pas, à la construction de maisons peu allergisantes, à la protection contre le radon dans les zones à risque, aux problèmes de sécurité domestique, à la lutte contre le bruit. "Un marché diffus, pour lequel il reste encore beaucoup d'expériences à faire." D'où la construction du laboratoire ARIA, dont la première pierre a été posée le 21 juillet dernier à Marne-La-Vallée. Premier du genre en Europe, cet équipement sera dédié aux recherches sur l'effet des bâtiments sur la santé. Il s'appuiera sur les laboratoires du CSTB déjà en service, Pollem (pour l'air intérieur et les émissions de composés organiques volatils à partir des matériaux), Biobat (pour les biocontaminants des surfaces), Efibat (pour les fibres), et Cesa (pour la ventilation).

Les nouveautés d'ARIA, ce seront un plateau tertiaire pour l'étude des bâtiments de bureaux et une maison expérimentale automatisée où l'on étudiera les transferts d'air et les nouveaux systèmes de ventilation. "La ventilation, c'est le problème central, insiste M. Cochet, le fait de rendre les bâtiments plus étanches a créé de nouveaux problèmes d'hygrométrie. Heureusement, l'homme respire, ce qui assure un minimum d'humidité. L'introduction de nouveaux appareils peut, en revanche, créer des situations nouvelles. L'apparition des sèche-linge, lorsque leur évacuation de vapeur se fait à l'intérieur de la pièce, est une source d'humidité importante. Il faut alors prévoir des condenseurs d'appartements." Trop d'humidité, et c'est le champ libre pour le développement des moisissures. Et de regretter que les médecins de ville fassent de moins en moins de visite à domicile. "Le médecin en visite avait un rôle irremplaçable por l'hygiène domestique."

Enquête à domicile

De fait, la lutte menée par les médecins hygiénistes contre l'habitat insalubre ressucite. Mais elle s'appelle désormais lutte contre la pollution intérieure des locaux.

Qui peut parfois prendre des aspects inquiétants. "Nous avons reçu un jour un appel de médecins de Trousseau et de Fernand-Widal concernant une famille, deux enfants et leurs parents, qui présentaient des problèmes respiratoires gravissimes ayant nécessité une assistance respiratoire, raconte le Dr Fabien Squinazi, directeur du laboratoire d'hygiène de la ville de Paris ; les troubles ont repris dès qu'ils sont rentrés chez eux. Une enquête toxicologique de la préfecture de police n'avait rien montré. La chambre et la salle de bains étaient très humides. Nous avons finalement trouvé une moisissure assez bien cachée sous les papiers peints, Stachybotris Atra. C'était la première fois qu'on la repérait dans un domicile. Elle n'est pas tellement allergisante, mais toxinogène. Ses spores toxiques sont inhalés. L'aération du logement était insuffisante et la moisissure, ayant envahie les parois, difficile à éradiquer. Un relogement a été proposé à la famille." Si le Dr Squinazi raconte cettte histoire, c'est pour souligner l'importance des enquêtes sur le terrain. C'est un peu la démarche qui a animé le Dr frédéric de Blay pneumoallergologue dans le service du Pr Pauli, à Strasbourg, en obtenant l'embauche d'une conseillère en environnement qui se déplace au domicile des patients allergiques. La création d'un tel poste, nouveau dans un hôpital, n'a pas été une mince affaire.

"La France est en retard dans ce domaine, regrette le Dr Squinazi, nous devons prendre exemple sur les pays nordiques et leurs systèmes d'ambulances vertes. Quant un problème est signalé dans un bâtiment par un médecin traitant, toute une équipe débarque pour une enquête technique. Le Luxembourg s'en est déjà inspiré. La Belgique est en train d'adopter la démarche avec son projet SANDRINE. Il existe déjà dans ce pays un standard téléphonique pour répondre aux questions du public. A Paris, nous ne pouvons envoyer des enquêteurs que de façon épisodique. Il faudrait généraliser ce dispositif dans toute la France?"

Marie-France de Pange

 

Petit guide de l'habitat sain

La ventilation

La ventilation et la climatisation des locaux sont au coeur du problème.

Dans les vieilles maisons peu étanches, la totalité de l'air est renouvelée en une demi-heure ; en revanche, dans une maison bien isolée et sans ventilation, il faudra dix heures. Une ventilation insuffisante entraine mauvaise qualité de l'air intérieur et excès d'humidité.

Les solutions :

La ventilation mécanique contrôlée (avec ventilateur) peut remplacer la ventilation par l'ouverture des fenêtres ou la ventilation naturelle (entrée d'air en partie basse, sortie en partie haute) qui entrainent des pertes de chaleur, mais à condition de bénificier d'une filtration de l'air, d'être modulée et pas trop bruyante; La ventilation dite double flux semble actuellement présenter le plus d'avantages. Dans tous les cas, nettoyage régulier des entrées d'air et des bouches d'extraction, entrée d'air autoréglable pour éviter les courants d'air.

Dans les bureaux, la climatisation fait, en général, également office de ventilation. Mais les plaintes enregistrées par ceux qui travaillent dans ces locaux climatisés sont suffisamment nombreuses pour susciter des interrogations. Le sick Building syndrome existe vraiment.

Les matériaux

La recherche de matériaux de construction "sains" a conduit à redécouvrir le bâti traditionnel : la terre crue, les briques en terre cuite, le bois et même la paille (enserrée entre deux épaisseurs de béton, de chanvre "banché" ou enduite de chaux).

Sur les murs, les peintures dites naturelles évitent les solvants les plus agressifs (aromatiques) et utilisent des colorants organiques et des pigments minéraux ainsi que des liants naturels (huile de ricin, de lin, de carthame..).

L'isolation

En plus des vitrages plus épais, plusieurs matières premières végétales sont utilisables, comme le chanvre, le lin et le liège. ces matériaux sont intéressants (la culture du lin et du chanvre est facile, mais d'un coût élevé en raison d'une utilisation marginale. Le chanvre peut être utilisé en granulats pour remplir des vides de construction et servir à la fabrication de bétons légers isolants.

Quant aux fibres de remplacement de l'amiante (laines minérales, fibres de cellulose) elles font l'objet d'études poussées.

l'isolation acoustique commence à la conception des bâtiments (renforcement de la masse des façades) et à l'organisation des pièces (espace tampon). Le choix des revêtements de sol contribue à limiter les bruits d'impact.

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