Lu dans "Que Choisir " N° 326 avril 1996

 

Enquête Un couple victime de matériaux toxiques

 

La maison empoisonnée

"La maison que nous avons fait construire en 1989 est inhabitable. Ma femme est tombée malade quelques mois après notre arrivée. Nous en sommes réduits à vivre dans une seule pièce, un peu moins polluée que les autres. tout est gaché, vie de famille et vie sociale. Comment voulez vous que nous recevions des amis? ", précise Georges Méar. Tout était pourtant prévu pour, mais le bonheur d'emménager dans la maison que lui et sa femme avaient dessinée avec leur architecte s'est vite transformé en cauchemar. " A peine installés, nous avons mal dormi. Nous avions du mal à respirer une fois couchés et, le matin, nous nous réveillions enrhumés."

Sol et plafond contaminés

Quelques mois plus tard, Annie, la quarantaine épanouie, connait de sérieux problèmes de santé. Migraines et rhinites, jusque-là inconnues, se multiplient, ses cheveux tombent. Commandant de bord et souvent absent, son mari est moins touché. Inquiet, il entreprend des démarches, soupçonne, à tort, la moquette neuve, s'en prend au sol en terre cuite et à la peinture intérieure, sans succès.

Jusqu'au jour ou il découvre que les coffres de volets roulants dégagent une odeur forte : ils enferment des tasseaux passé au Koatec, un produit de traitement du bois contenant du PCP (pentachlorophénol) et du lindane, deux substances très dangereuses que nous dénoncions dès 1986 en réclamant leur interdiction, comme c'était déjà le cas aux Etats-Unis. En effet, ces produits toxiques peuvent se dégager des bois traités pendant plusieurs années (Q.C. 217). Mais la France n'a interdit le PCP qu'en ... 1994. Georges découvre aussi que le système de ventilation (VMC) est mal conçu : au lieu de puiser l'air à l'extérieur, il aspire celui qui a transité par les coffres pollués. Le couple respire ainsi un air vicié chargé de substances toxiques. Une malfaçon d'autant plus grave que la maison fait la part belle au bois : revêtements en contreplaqué, aggloméré ou panneaux de particules. Or ces bois contiennent du formaldéhyde, un composant très irritant qui se dégage lentement et renforce la pollution (Q.C. 314). De plus, les faux plafonds des chambres, isolés à la laine de roche, ne sont pas étanches et des fibres d'isolant se dispersent en cas de courant d'air. La maison est un cas d'école, ce qui reste à faire admettre aux professionnels responsables.

Contacté dès 1990, l'architecte évoque des troubles psychiques du couple qui se lance, alors, dans une série d'expertises et de contre-expertises. Mais les professionnels du bâtiment traitent les époux de haut, et certains médecins de malades imaginaires. Heureusement, quelques allergologues et toxicologues réputés les prennent au sérieux.

Georges s'obstine : "Je suis devenu incollable sur la réglementation et les effets des produits de construction." Puis, il porte l'affaire devant les tribunaux, "dans l'espoir d'obtenir réparation, au moins financièrement, mais sans nous faire trop d'illusions sur notre santé. Nous sommes devenus hypersensibles et allergiques de façon chronique".

"Nous ne sommes pas des malades imaginaires".

Le jugement qui vient d'être rendu condamne les professionnels responsables des malfaçons. Mais, pour Georges Méar, ce n'est qu'une demi-victoire car les juges affirment que "rien ne permet d'établir une relation de cause à effet entre l'occupation de la maison et les troubles de santé". "Il nous reste à prouver que nous ne sommes pas des malades imaginaires", conclut le couple qui a décidé de faire appel. "

Elizabeth Chesnais

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