Lu dans "Que Choisir" 314, mars 1995

 

Qualité de l'air

La Pollution est dans nos murs

On se préoccupe beaucoup de la pollution automobile et industrielle, rarement de la qualité de l'air intérieur. Pourtant, c'est dans nos habitations que les polluants sont les plus nombreux. Parmi eux : les substances chimiques.

Pollution industrielle, pollution automobile, vous savez tout de l'air que vous respirez. De leur côté, les hôpitaux commencent à chiffrer les dégâts, des hospitalisation en urgence aux décès. Sans grands effets pour le moment, les autorités laissent polluer sans sourciller. Pourtant, pour spectaculaire et nocive qu'elle soit, cette pollution extérieure n'est que la partie émergée de l'iceberg.

Les spécialistes sont unanimes : le pire se trouve à l'intérieur. C'est là dans nos habitations douillettes, que notre santé court les plus grands risques. Et pour cause, entre l'habitation, l'école ou l'entreprise, nous passons près de 90% de notre temps enfermés à respirer un air confiné. Chaque jour, il nous faut 12 mètres cubes d'air . On comprend l'importance qu'il y a à respirer un air sain!

L'intérieur, pire que l'extérieur

Contrairement à toutes les idées reçues, la qualité de l'air est nettement moins bonne dedans que dehors. Toutes les sources de polluants possibles, externes comme internes, s'y accumulent. On y retrouve les responsables de la pollution atmosphérique, bien sûr : émissions de gaz carbonique, d'ozone, de dioxide de souffre et d'oxydes d'azote dus à la combustion automobile, au chauffage et à l'activité industrielle. Mais viennent s'y ajouter les polluants spécifiques à l'habitat ; matériaux de construction, peintures, colles, meubles, revêtements de sol, produits d'entretien, de bricolage. A tel point que la concentration en polluants est toujours plus élevée à l'intérieur qu'à l'extérieur, entre deux à dix fois plus selon les substances.

La situation n'est pas nouvelle, elle s'est sérieusement dégradée depuis les années 70. "La pollution intérieure, explique Denis Cluzel, directeur du département bâtiment au CEBTP, (centre expérimental du bâtiment et des travaux publics), a augmenté en grande partie à cause des économies d'énergie. Elles ont entrainé une réduction de la ventilation. A chaque fois qu'on a calfeutré les fenêtres et les portes, on a favorisé la condensation et les moisissures. En empêchant l'ait extérieur de pénétrer, on a concentré les polluants au lieu de les diluer".

Les résultats ne se sont pas fait attendre : les rhinites ont doublé en dix ans, le nombre de décès dus à l'asthme a augmenté de 44 %. Une personne sur dix a fait une crise d'asthme, une sur trois une rhinite allergique. Un constat de l'INSERM d'autant plus inquiétant que les traitements médicaux ont gagné en efficacité. Sans compter que, hors maladie, la pollution intérieure entraine de nombreux désagréments au quotidien : odeurs nauséabondes, irritation des yeux, du nez, de la gorge, maux de tête, fatigue.

Le tabac et la présence d'animaux (chat, poissons rouges par le biais de leur nourriture, les daphnies) comptent parmi les principales causes d'allergie respiratoires et d'asthme. Autre fléau, l'humidité. Les études médicales sont formelles, c'est une vraie plaie pour la santé. On compte 10 % d'allergiques dans les logements secs, 25 % à 30 % dans les logements humides. Une atmosphère moite favorise la prolifération des acariens. Or, ces bêtes microscopiques qui vivent dans la poussière sont un allergène très puissant. Elles infestent les endroits chauds et humides, avec une prédilection pour le lit et la laine.

Un cocktail de substances chimiques

Autre facteur essentiel, les polluants chimiques. "Entre 50 et 300 substances sont présentes en permanence dans l'air intérieur, explique Christian Cochet, expert au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Ces corps chimiques que nous appelons les composés organiques volatils (COV) se dégagent de matériaux de construction, des isolants, des revêtements de sols plastiques et des moquettes, des meubles en panneaux de particules, des peintures et des colles. Il s'agit notamment du formaldéhyde, du benzène, du toluène, des cétones, du trichloréthylènes..." Les effets de certains d'entre eux sont connus, comme les hydrocarbures dérivés du pétrole, cancérigènes : le benzène et ses dérivés, le toluène, le xylène, ou le formaldéhyde, très irritant et très probablement cancérigène. Mais on est incapable d'évaluer les effets du mélange entre toutes ces substances".

Pionnier en matière de qualité de l'air, le Danemark vient de créer un "label du climat intérieur" qui récompense les matériaux sains. premiers concernés, les revêtements de sols et les faux plafonds. Aux Etats-Unis, les moquettes sont classées en fonction des émissions de COV. Rien de tel en France pour l'instant.

Les polluants permanents

Les matériaux de construction, les isolants, les meubles en bois agglomérés, les panneaux de particules ou de contreplaqué, les moquettes dégagent des composants organiques volatils de façon continue. L'émission dure des mois, souvent des années. c'est le cas des isolations en mousse urée-formol des années 70 et 80, dont l'émission de formaldéhyde se prolonge et peut même empirer avec la dégradation du matériau. Le PCP (pentachlorophénol, fongicide très toxique fortement suspecté d'être cancérigène, a longtemps été présent dans les produits de traitement du bois, interdit en Allemagne, au Danemark, aux Pays Bas, il l'est depuis, peu en France. Mais le problème est loin d'être résolu puisqu'il continue à s'échapper du bois pendant des années.

De leur côté, en se dégradant, les isolants à base de fibres dégagent des poussières toxiques ou cancérigènes. Limité dans l'habitat, le risque est très important dans les locaux publics pour l'amiante (voir Que choisir n° 310) ; il est fréquent chez les particuliers, en ce qui concerne les laines minérales de verre et de roche.

Les polluants occasionnels

Utilisés de manière occasionnelle, les produits de décoration et de bricolage émettent de redoutables polluants. Les peintures, les vernis, les diluants, les colles dégagent de grandes émissions de composés chimiques au moment de leur emploi et pendant les heures qui suivent. Le toluène est présent dans les colles à base organique, le formaldéhyde dans les colles pour revêtements muraux.

De même, la vitrification d'un parquet provoque des émissions toxiques. La soudure des métaux est à l'origine de fumées chargées de particules métalliques. Le décapage des peintures entraine des émissions de métaux (plomb, cadmium, chrome, selon les revêtements posés).

Le seul stockage de produits de bricolage peuvent même entrainer des émanations nocives pour la santé. Une fois ouverts, les emballages perdent leur étanchéité. "Nos analyses montrent que la pollution intérieure est plus élevée dans les pavillons qui comportent un garage intégré qu'en appartement. Les gaz d'échappement, les composés organiques qui 'échappent des produits de bricolage entreposés, contaminent l'habitation " constate Yvon Le Moullec, ingénieur au laboratoire d'hygiène de la ville de Paris.

Comment lutter contre la pollution ? En utilisant des produits et des techniques plus saines (voir ci contre), en réduisant le nombre de polluants en cause. Mais ne rêvons pas, il est impossible de les éliminer tous. Ayez donc les bons réflexes : laissez circuler l'air pour diluer les substances chimiques, ne fermez pas la porte des chambres la nuit, et surtout aérez."

Elizabeth Chesnay

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