Lu dans "Ouest France" dimanche 26 mars 2000

Le procès de la maison empoisonnée

Depuis dix ans, un couple de Brestois vit un calvaire à la suite de la pollution de sa maison

Entre deux séries de vols vers Singapour, Tokyo ou Los Angeles, Georges Méar; commandant de bord sur Boeing 747, revient se poser et se reposer chez lui, à Brest. Durant de longues années, lui et son épouse Annie ont habité le quartier tranquille du vallon du Stangalard, juste au-dessus du jardin botanique. C'est là, dans ce coin de campagne aux portes de la ville, qu'ils décident, à la fin des années 80, de se faire construire la maison de leurs rêves et. . . de leurs moyens. Une splendide résidence contemporaine en béton et bois dessinée par un architecte de renom.

Les Méar emménagent à la Toussaint 89. Le cauchemar commence. Très vite, le couple se sent incommodé par des odeurs trés prégnantes: « Ça sentait trés fort le neuf. Normal. Nous nous sommes dit qu'il fallait attendre un peu. » Pourtant, au fil des jours puis des semaines, les choses ne s'arrangent pas. Le simple inconfort se transforme en petites difficultés respiratoires, « cornme un sentiment d'étouffement ». L'épouse, qui vit dans cette maison à plein temps en souffre plus que son mari qui part régulièrement «prendre l'air» à l'autre bout de la planète. Georges Méar se souvient cependant que dans cette maison toute neuve, ses périodesriodes de congés n'avaient plus la même qualité: «Je dormais mal. Après une simple sieste dans le salon, je me réveillais comme groggy. A tel point que je reprenais mon serviœ plus fatigué qu'en le terminant ! »

Viennent ensuite les bobos, irritation des muqueuses et des yeux, rhinites, avant les vrais ennuis de santé, saignements de nez, problèmes dermatologiques et surtout chute des globules blancs dans le sang.

Assez rapidement, Georges Méar acquiert la conviction que tous ces maux viennent bien de la maison. Il remue ciel et terre pour obtenir auprès des constructeurs les références des produits detraitement des bois utilisés sur son chantier. Le cocktail est riche, essentiellement composé de fongicide pentachlorophénol et d'insecticide lindane. Deux substances interdites d'emploi en intérieur mais admises en charpente et bois extérieurs. Et c'est bien là le problème, car les expertises techniques réclamées par les propriétaires mettront en évidence un grave défaut de conception du système de ventilation mécanique de la maison. Ce dispositif, sensé aspirer l'air vicié pour le rejeter à l'extérieur «pompait» en fait un air chimiquement pollué par l'habillage extérieur de la maison pour ensuite le disperser dans les pièces d'habitation, le séjour notamment ! « Durant des mois, nous avons ainsi été piégés dans une soupe infâme de produits bxiques „ racontent Georges et Annie Méar dont le calvaire se prolonge aujourd'hui encore. L'un et l'autre ont en effet développé, à la faveur d'une forte exposition aux toxiques, une hypersensibilité au formaldéhyde (un dérivé du formol). Cette substance est largement utilisée dans le bâtiment et l'ameublement, notamment pour la fabrication de panneaux de bois agglomérés.Les sujets ordinaires ne réagissent pas ou peu aux concentrations habituelles deformaldéhyde dans l'air ambiant. Chez les Méar, dont les immunoglobulines de sensibilité au formol se sont développées, un simple contact déclenche une crise de type allergique.

Depuis bientôt dix ans, Georges Méar et son épouse se battent pour faire reconnaître leur malheur et ses conséquences sur une vie quotidienne véritablement empoisonnée. En 1995, un premier jugement du tribunal de Brest leur a partiellement donné raison. Il a reconnu les malfaçons à l'origine de «l'empoisonnement » de la maison du Stangalard. Les juges brestois ne sont cependant pas allés jusqu'à établir un lien formel entre ces désordres et les ennuis de santé dont souffrent aujourd'hui les époux Méar. Ceux-ci, forts d'une nouvelle batterie d'expertises techniques et de tests médicaux attendent le jugement que prononcera la cour d'appel de Rennes le 13 avril prochain. Si les juges Rennais font droit à la demande des Méar, ce serait la première fois qu'un tribunal imputerait à des professionnels du bâtiment une faute mettant en cause la santé de leurs clients.

Jean Laurent BRAS.

Devenu par la force des choses un spécialiste des questions de pollution de l'air intérieur et santé, Georges Méar a ouvert un site Internet qui lui a récemment valu un «Net d'or »: http://perso.wanadoo.fr/la.maison.empoisonnee/

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