Lu dans Ouest-France du 05/11/2003

La vie gâchée par une maison « empoisonnée»

 

BREST. - Toussaint 1989, quartier du Stangalar à Brest. Georges et Annie Méar emménagent dans ne belle maison contemporaine dont la construction fait largement appel aux bois collés, agglomérés et contreplaqués. Malheureusement, le bonheur est de courte durée. Difficultés à respirer, impression d'étouffer, maux de tête, rhinites, saignements de nez... « Nous éprouvions un état de méforme permanente, résume Georges Méar. J'ai mis deux ans à cerner le problème.» Un fait intrigue ce pilote de Boeing 747: quand il part en voyage, ses ennuis de santé s'estompent !

Il découvre d'abord un défaut de conception de ventilation: les fenêtres des pièces principales ne possèdent pas d'entrées d'air. En fait, l'air que respire le couple circule largement dans les faux plafonds. Or, en se documentant, Georges Méar découvre que certaines substances chimiques émises par les bois traités ou collés peuvent avoir des conséquences sur la santé.

En effet, des analyses révèlent la présence dans l'atmosphère de la maison de pesticides (le pentachlorophénol, le lindane). « Il y a dix ans, les charpentes étaient traitées de cette façon en Bretagne. » Aujourd'hui, ces produits sont interdits ou soumis à de sévères restrictions. On détecte aussi du formaldéhyde, issu des colles utilisées pour les panneaux en bois agglomérés, dans des proportions bien supérieures aux normes admises par l'Organisation mondiale de la santé.

 

« En appartement on n'allait pas mieux ! »

 

Seule solution: déménager. « Nous avons loué un appartement. Et ce fut le coup de massue. On n'allait pas mieux! » Pour Georges Méar, aucun doute: le contact avec des produits toxiques a « sensibilisé » leurs organismes. Les Américains appellent cela le Multiple chemical sensitivity. Les personnes atteintes réagissent à des concentrations très faibles de substances qu'elles toléraient auparavant. « Mon épouse ne peut plus monter, par exemple, dans une voiture neuve, l'odeur des plastiques la rend malade. »

Les Méar ont dû faire face au scepticisme du corps médical pour qui ces ennuis de santé,,sont d'origine psychosomatique. Après dix ans de procédure, ils ont perdu en appel le procès intenté à leur architecte. Mais Georges est tenace. Il vient de publier un guide pratique sur les « ennemis invisibles » de nos logements. Aujourd'hui, la campagne nationale de prélèvements d'air le satisfait: « L'histoire est en train de nous donner raison... Mais bette maison « empoisonnée » nous a gâché la vie. »

 

Olivier MÉLENNEC.

 

Nos maisons nous empoisonnent, guide pratique de l'air pur chez soi,

de Georges Méar, éditions Terre vi-

vante. 192 pages, 16 ¤

Retour Témoignage