Lu dans Marie Claire

Pollution

Quand elle se cache dans la maison

De la cave au grenier, bois, peintures, moquettes, insecticides dégagent des substances chimiques dont la toxicité commence à inquiéter les scientifiques. A repérer d'urgence pour s'en débarrasser. Et enfin respirer.

Il y a eu l'amiante, il y a eu la vache folle, il y a peut être pire : l'air que nous respirons dans nos logements. derrière nos fenêtres bien étanches pour économiser l'énergie, il est souvent plus pollué qu'à l'extérieur. Mises en causes, ces substances chimiques volatiles, irritantes, toxiques, voire cancérigènes, qui se dégagent des peintures, des moquettes, des bois traités ou agglomérés, des matériaux isolants, mais aussi des produits ménagers dont nous usons et abusons en toute confiance.

Pour cause de future réglementation européenne, les sources de pollution de notre environnement domestique devraient être recensées et classées à partir de cette année; mais on en sait déjà suffisamment pour s'inquiéter des dangers de cette pollution. Faute de brassage de l'air, "même l'émission de petites quantités de polluants risque de provoquer des concentrations élevées", estimait dès 1987 la Direction générale de la santé. Or, "a forte dose, la majorité des composés organiques volatils (COV) sont irritants pour les yeux et les poumons".

Le développement des allergies et de l'asthme ne serait-il que la partie émergée de l'iceberg ? Certes, des substances particulièrement dangereuses sont interdites depuis longtemps, comme les peintures au plomb. Mais l'affaire de l'amiante, véritable bombe à retardement, nous donne de bonnes raisons de nous méfier : officiellement suspectée depuis 1955, ses fibres microscopiques sont reconnues cancérigènes pour les bronches et les poumons depuis 1964. Pourtant, le flocage, un mélange ciment/amiante projeté devenant dangereux des années après sa pose, n'a été proscrit qu'en 1978, et d'autres utilisations ont perduré; Dans les faits, l'amiante n'est interdite que depuis le 1er janvier 1997, et pour 1996, on l'estime responsable de deux mille décès.

Alors, que nous réserve ce qui n'a pas encore été interdit ? Le Centre scientifique et technique du bâtiment évoque aujourd'hui "le besoin urgent d'évaluer les sources d'émission" de ces substances qui émanent de nos murs, alors que les normes de mesure de ces émissions n'en sont encore qu'à l'étude.

En attendant, faute d'évaluation claire de leurs effets toxicologique sur l'homme, sans même parler des possibles interactions de différents types de polluants entre eux, mieux vaut repérer ces invisibles contaminants à domicile; d'autant que des solutions existent pour, dans le doute, préserver au mieux notre capital santé.


DU SOL AU PLAFOND, RISQUES ET SOLUTIONS

Certains isolants, bois traités, matériaux de décoration et même nos produits domestiques les plus familiers peuvent intoxiquer à leur insu les habitants qu'ils sont censés protéger. En voici un catalogue détaillé, afin que chacun puisse, chez soi, évaluer les risques de cette pollution invisible et inodore, mais pas inévitable : Il est souvent possible d'en neutraliser les effets et même aujourd'hui, de faire son marché écolo au rayon bricolage.

L'AMIANTE

Il n'y a pas que les plafonds de Jussieu : vieux radiateurs, sèche cheveux et revêtements de sol peuvent être dangereux.

Les dégâts provoqués par l'amiante sur le système respiratoire ne se limitent sans doute pas à une exposition en usine ou au bureau pour cause de flocage en mauvais état. De banals objets domestiques peuvent aussi contaminer l'atmosphère : gants de cuisine isolants, housse de planche à repasser, plaque à griller le pain sur le gaz et autres bourrelets d'étanchéité des fours d'avant 1985. Pire encore : les vieux radiateurs soufflants, convecteurs et sèche-cheveux des années 1970, qui diffusent ces redoutables particules en même temps que l'air chaud. Les toitures en fibrociment contiennent également de l'amiante ainsi que les plaques et revêtements de sol en vinyles "durs" (semi-flexibles) d'avant 1980.

Solutions C'est en viellissant, donc en s'érodant, que cette matière devient dangereuse en libérant ses fibres : remettez vos vieux accessoires à la collecte des produits dangereux. Mais ne poncez, ne détachez ni ne percez des éléments de toiture ou de sols suspectés d'en contenir, que ce soit en sous-couche ou en mélange : mieux vaut poser un nouveau revêtement au dessus. En cas de doute, vous pouvez aussi faire analyser un échantillon par un laboratoire spécialisé.

LE BOIS AGGLOMÉRÉ

Panneaux de particules, colles pour revêtements textiles et cires pour sol libèrent du formol.

Les mousses urée-formol injectées comme isolant dans les murs ont été interdites en 1988 : elles dégageaient des quantités non négligeables de formaldéhydes, parfois pendant de très longues périodes. Irritant reconnu, néfaste pour les voies respiratoires, les muqueuses et la peau, source de maux de tête, nausées et eczéma en cas d'exposition régulière, cette substance volatile est classée cancérigène aux Etats-Unis. On la trouve principalement dans les bois agglomérés (panneaux de particules) et contreplaqués : les colles pour revêtements textiles mureaux et produits lustrants pour sols en diffusant aussi, au moins pendant les premiers mois de vie de ces produits.

La dose tolérée par l'Organisation mondiale de la santé correspond à la présence de 15 m2 sous 2,5 m de plafond. Donc, un plancher en agglo + des placards, étagères et meubles en agglo + un revêtement textile collé au mur = une pièce peu fréquentable.

Solutions Il faut attendre quelques semaines et bien ventiler avant d'habiter une pièce refaite avec ces matériaux, même si "les panneaux de particules actuels contiennent dix fois moins de formaldéhydes qu'il y a dix ans, sauf raté de fabrication", précise le syndicat des fabricants de ces matériaux; Il est indispensable également de bien aérer quand vous entretenez vos sols avec un produit lustrant : la bonne odeur de propre n'est pas forcément un critère sanitaire. Et, bien entendu, ne pas brûler de morceaux de bois agglomérés dans une cheminée, même avec un bon tirage.

LA LAINE DE VERRE

Ses fibres protègent du froid, mais au prix d'autres désagréments pour la santé.

Ces particules de verre et de silice fondue liées au formol (comme les panneaux de particules) peuvent occasionner des allergies - à la pose mais pas uniquement- et des névralgies.

Solutions A efficacité et prix équivalents, préférez la laine de roche, aux fibres plus grosses donc atteignant moins facilement les poumons. Il existe également des matériaux isolants à base d'agglomérant bio (sans formol), à base de produits naturels comme le chanvre, ou de pierre volcanique comme la vermiculite à étaler au sol; Quant au liège, fixé en plaques avec du phényle (dérivé du benzène,cancérigène), il est parfois moins écolo qu'il en a l'air.

LES COMBLES EMPOISONNES

Insecticides et fongicides traitent le bois et... notre système nerveux.

Très toxiques, les produits chimiques de la famille des organochlorés ont disparu des formules grand public de traitement du bois depuis la fin des années 1980 : poisons du système nerveux - d'où leur efficacité insecticide - ils s'absorbent par les poumons, la bouche et la peau et inhiberaient la formation d'anticorps. Mais l'un d'eux, le paradichlorobenzène, imbibe toujours certains blocs désodorisants pour WC et salles de bains. Un autre, le lindane insecticide, n'est plus utilisé par les professionnels agréés par le CTBA pour le traitement des charpentes, mais n'est pas pour autant interdit. Pas plus que le pentachlorophénol (PCP), un fongicide pouvant occasionner fatigues, maux de tête, vertiges et douleurs articulaires ; depuis 1994, un décret interdit seulement de l'employer sur le bois des pièces habitées (poutres apparentes, lambris en pin...). Les combles qui ont été traités ne sont donc guère aménageables.

Solutions Remettez à la collecte de produits dangereux les vieux bidons contenant du lindane ou du pentachlorophénol : insecticides et fongicides sont inutiles dans une pièce chauffée et correctement ventilée, et les bois prévus pour un usage extérieur sont déjà traités à coeur (à l'arsenic !), pour au moins trente ans. Si vous devez imprégner un meuble ancien parasité, faites le dehors au pinceau, laissez le une semaine dans les courants d'air et n'y stocker ni aliments, ni vaisselle, ni linge. Exigez la fiche technique du produit utilisé pour traiter votre charpente contre les insectes xylophages. Ne brûlez pas dans une cheminée - encore moins dans un barbecue - du bois susceptible d'avoir été traité. Le diagnostic d'intoxication à ces organochlorés peut se faire par une simple analyse de sang, voire d'urine pour le pentachlorophénol.

LES TUE-MOUCHES TOXIQUES

Les plaquettes insecticides et la naphtaline sont moins fréquentables que les insectes qu'elles combattent.

Les insecticides de la famille des organophosphorés dégagent des gaz inervants (paralysie des réactions nerveuses) qui occasionnent des troubles respiratoires, oculaires ou des maux de tête. Leur emploi peut provoquer des intoxications chroniques. Ils sont suspectés d'être cancérigènes? Les boules de naphtaline et toutes les plaquettes insecticides en contiennent (dichlorvos), ainsi que certaines compositions en bombe. Quant aux serpentins fumigènes et autres diffuseurs électriques, ils ne contiennent pas d'organophosphorés mais des pyréthrines ou des dérivés apparentés, suspectés de déclencher des réactions allergiques (asthme, eczéma... ) en cas d'exposition permanente.

Solutions Préférez les produits détaillant leur composition, si possible d'origine végétale comme le pyrèthre pour exterminer les fourmis et autres rampants (gamme KB par exemple), le bois de cèdre contre les mites, les huiles essentielles de citronnelle contre les moustiques, ou les pièges à cloche pour guêpes et mouches. Surtout dans les chambres !

LA CUISINE AUX GAZ VARIES

Chauffe-eau, cuisinière et ... cigarettes cumulent des polluants qui n'ont rien à envier à l'industrie.

L'oxyde de carbone reste la premières cause de mortalité directe par toxique en France. Dégagé par la combustion de produits organiques (gaz, pétrole, bois...), le monoxide de carbone peut, avec un chauffe-eau ou un poêle défectueux, s'accumuler. Mais des études réalisées par EDF soi-même révèlent que le nettoyage du four à pyrolyse en dégage aussi. Les cuisinières à gaz ne sont pas en reste, avec en plus des formaldéhydes (comme dans l'agglo) et des oxydes d'azote en bien plus grande quantité qu'avec l'électricité. Ajoutez quelques cigarettes, et l'atmosphère n'aura rien à envier avec celle d'une belle zone industrielle : les mille cinq cents composants, gaz et particules répandus par la fumée de tabac en font la principale cause de pollution dans la maison, du monoxide de carbone au chlore, solvants et autres hydrocarbures cancérigènes...

Solutions Un contrôle régulier du système d'évacuation des appareils à gaz : une grille d'aération et une VMC (ventilation mécanique) efficaces dans la cuisine, l'une pour apporter de l'air frais, l'autre pour extraire celui qui ne l'est plus ; une hotte aspirante qui aspire. Il existe des détecteurs- avertiseurs de monoxide de carbone (First Alert, moins de 500 F). Quant à la cigarette... le bons sens impose au moins de l'épargner aux autres dans les espaces confinés, dont la voiture, déjà bien saturée par les pots d'échappement environnants, tout comme les logements en rez-de-chaussée sur rue.

DECORATION AUX HYDROCARBURES

Peintures, white spirit et sols synthétiques répandent de subtils cocktails chimiques.

La controverse est rude au sujet des acariens dans la moquette. Mais on évoque peu les cinquante composés chimiques identifiables dans les moquettes synthétiques. Tout comme les linos et les vinyles, elles dégagent différents polluants aux hydrocarbures "dont les effets possibles sur la santé demandent à être étudiés", notent les scientifiques. Les colles organiques pour bois et liège ne sont pas en reste, avec des émissions prolongées de toluène, très toxique, entrant dans la composition de solvants, dissolvants et de l'expolsif TNT. Quant au white spirit, solvants des peintures, décapants et produits lustrants pour sols, il peut provoquer des atteintes du système digestif. Il s'évapore le temps du séchage de la peinture, et d'autant plus rapidement, donc à dose concentrée, qu'il fait chaud. Les émissions de composés organiques volatils (COV) des peintures régressent rapidement, sauf sur une source de chaleur : attention aux radiateurs repeints ! Et bien sûr ne pas brûler de bois peint dans une cheminée.

Solutions La moquette de laine clouée, les revêtements en fibre végétales (jonc de mer par exemple) ou, simplement posée, une "moquette testée sur la présence de substances nocives" garantissent l'exposition à des substances volatiles peu recommandables. Le label "NF Environnement" pour les colles de revêtement de sol, les peintures et les vernis, dont la norme ne tolère qu'une teneur très limitée en COV, est aussi une garantie.

A savoir : la plus neutre des peintures, label ou pas, est blanche, mate et à base d'eau. Quitte à y ajouter un colorant pour obtenir la teinte désirée. Quant aux rouleaux et pinceaux, ils seront plus faciles à nettoyer.

Marie-France Vigor

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