Lu dans "Le point" numéro 1154, 29 octobre 1994

 

Matériaux de construction, DANGER, ÇA SENT LE NEUF

 

"Sentir le neuf" : avec la massive introduction dans la construction des matériaux nouveaux, en remplacement des traditionnels bois et plâtre, l'expression populaire a pris une connotation péjorative. Désormais fabriqués à base de molécules de synthèse tirées du pétrole, mousses isolantes, moquettes, revêtements de sol et de murs, peintures, cires émettent des COV (composés organiques volatils). Outre leur odeur souvent désagréable, ces COV - des hydrocarbures et des composés oxygénés - peuvent occasionner des troubles aux habitants des logements modernes ainsi pollués de l'intérieur.

Le problème est suffisamment préoccupant pour que l'Europe ait jugé bon de lancer trois programmes de recherche sur la caractérisation des matériaux de construction en termes de toxicité. En France, le Centre Scientifique et Technique du bâtiment et le Centre technique du bois participent à ces recherches qui devraient déboucher sur une "labellisation" des produits selon des critères intégrant la qualité de l'air.

Au laboratoire Pollem du CSTB, on s'attache à détecter et à caractériser ces polluants domestiques. "De 50 à 300 corps chimiques sont ainsi mesurés à des concentrations faibles, mais jusqu'à dix fois supérieures à celles de l'air extérieur", précise Séverine Kirchner, responsable du laboratoire où une trentaine de moquettes, sols plastiques, peintures, papiers peints et isolants ont déjà été testés. Tous libèrent des composés volatils dont la structure chimique, les quantités et la durée d'émission varient.

Globalement, les peintures émettent les plus fortes concentrations de COV (120 milligrammes par mètre carré et par heure), suivies par les colles (87 mg), les revêtements muraux (10 mg), le bois (1 mg) et enfin les moquettes (0,5 mg). Mais, tandis que les matériaux solides, comme les moquettes, les isolants et les papiers peints, émettent constamment pendant plusieurs mois des molécules polluantes, les peintures, les vernis et les cires ne libèrent pratiquement plus de COV trois à quatre heures après leur application.

Une découverte : certains matériaux à la base des papiers peints, des dalles d'isolation phonique ou les moquettes, telles des éponges à polluants, absorbent puis relachent par la suite les COV émis par les activités de bricolage ou durant l'application de peintures.

Maux de tête et fatigue

Une température élevée, une humidité excessive ainsi qu'un faible renouvellement de l'air - conditions renforcées depuis la crise pétrolière de 1973, qui a poussé à l'isolation croissante des habitats en vue d'économiser l'énergie - favorisent la concentration des COV dans les logements récents ou modernisés. Résultat, les personnes sensibles se plaignent de gênes olfactives, d'irritation des yeux et de la gorge. Selon Lars Molhave, de l'institut de médecine environnementale de l'université d'Aarhus, au Danemark, qui étudie les réactions de personnes exposées à ces COV, "aucun effet n'est enregistré pour des concentrations inférieures à 0,2 mg par mètre cube. Les maux de tête et de faibles réactions inflammatoires apparaissent entre 3 et 25 mg".

Cependant, des études présentées à la Conférence internationale sur la qualité de l'air intérieur à Budapest, en août, révèlent une corrélation entre de forts taux d'émission de composés organiques volatils dans les maisons et le "syndrome des bâtiments malades". caractérisés par des manifestations respiratoires, nerveuses (maux de tête, fatigue) et allergiques. Il s'agit maintenant de déterminer avec précision les dangers à long terme des COV sur la santé publique."

 

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