Habitat, travail, air extérieur ...
Quel impact sur la santé ?

par Jean Huss

 

 

Les risques pathologiques associés à la pollution de l'environnement sont aujourd'hui un fait qui ne peut plus être nié par personne.

Et si nous constatons celà, il faut ajouter tout de suite que ces maladies ne touchent actuellement plus seulement certains groupes à risque, tels que par exemple les personnes allergiques ou asthmatiques ou encore des travailleurs exposés à des risques professionnels (voir l'exemple de l'amiante!).

Non, la pollution rampante, insidieuse de tout notre environnement est en train de porter atteinte à la qualité de vie - parce qu'il y va aussi de qualité de vie - et à la santé d'un nombre de plus en plus grand de concitoyens.

Bien sûr, il s'agit d'une pollution à peine perceptible, souvent invisible, d'une pollution dite à faibles doses.Mais ces faibles doses sont là tous les jours, respirées, avalées, résorbées par la peau. Et ces faibles doses finissent doucement par s'accumuler dans les tissus ou organes de notre corps.

Dans le langage de l'écologie clinique, c'est le fût qui se remplit de plus en plus, de jour en jour, pour arriver finalement jusqu'à son bord et où la moindre petite goutte supplémentaire - stress toxique, psychique ou émotionnel - peut suffire pour faire déborder le tout.

Cette accumulation rampante dans les tissus de l'organisme peut aujourd'hui être annalysée. Et cette accumulation de toxiques extrêmement nuisibles à la santé (comme le mercure, le cadmium, les PCB, dioxines, le DDT et autres pesticides, insecticides ou fongicides) qui se fait dans le foie, le rein, le cerveau, le sein ou le lait maternel n'est pas seulement détecté dans les villes ou régions hautement industrialisées, on retrouve ces accumulations toxiques même à la fin de la chaine alimentaire dans l'extrême nord du Canada chez les femmes Inuit allaitant leurs bébés.


La pollution est omniprésente et chaque jour s'y ajoutent de nouvelles doses de nouveau qualifiées de "faibles doses". Or, le terme même de faible dose est déjà quelque peu trompeur puisqu'il suggère que ces doses de tous les jours seraient trop faibles pour avoir des effets négatifs sur la santé humaine. La réalité est pourtant différente !

D'abord, parceque certaines substances ou molécules très toxiques comme les dioxines, les furanes, les PCB et d'autres ont déjà prouvé leur nocivité à des doses infiniment petites, mesurées en nanogrammes, en picogrammes ou fentogrammes.

Ensuite, parceque pour un nombre croissant de substances cancérigènes qui nous entourent, il est bien établi au niveau scientifique et médical qu'ils n'ont aucune valeur-seuil ou valeur limite tolérable puisque chaque molécule de ces substances peut induire ou co-promouvoir un cancer. Sans parler des effets de combinaison, des effets de synergies imprévisibles, mais certains, d'un grand nombre d'entre eux.

Le syndrome des bâtiments malsains

Avant d'en dire quelques mots, essayons de résumer brièvement les principales sources d'émissions polluantes. En résumé, parce que les sources essentielles sont aujourd'hui bien connues.

Il y a évidemment la pollution de tous les jours de l'air extérieur que nous respirons provenant de la circulation et du traffic sur nos routes et régionalement d'industries, de décharges mal gérées ou d'incinérateurs ou cimentenries polluantes.

Et les polluants de l'air extérieur sont tout aussi connus : dioxides d'azote, benzène, ozone, métaux lourds, composés organiques, particules diésel, pesticides et insecticides dans les régions agricoles ou viticoles.

Une pollution dont souffrent directement les personnes asthmatiques ou à problèmes cardio-vasculaires, ainsi que les bébés ou enfants contraints de respirer à hauteur des pots d'échappement, là où la concentration est évidemment la plus élevée.

Sans oublier les personnes de plus en plus allergiques aux pollens de plantes polluées de plus en plus aggressifs. A celà s'ajoutent les effets chroniques sur la santé comme les maladies respiratoires en général, ainsi qu'un nombre appéciable de cancers.

Encore ne faut-il pas oublier la pollution par ces polluants de nos sols et de nos plantes où interviennent en plus des angrais chimiques et les pesticides de toutes sortes. Résultats : nappes phréatiques contaminées, fleuves ou eaux de mers pollués.

Même constat pour une part croissante de nos aliments où s'ajoutent de plus en plus souvent des additifs, conservateurs ou colorants et parfois des antibiotiques quand ce n'est pas des hormones de croissance.

L'exposition peut aussi avoir lieu dans l'usine, l'atelier ou le bureau, expositions chimiques ou physiques-bruit par exemple- qui restent fréquentes.

Ou à la maison, dans l'air intérieur des habitations où l'on parle le plus souvent de pollution de l'habitat ("indoor-pollution") ou du syndrome des bâtiments malsains ("sick building syndrom").

Enfin, il ne faut pas sous-estimer par exemple les métaux lourds relayés par les plombages dentaires et autres constructions métalliques en bouche, ainsi que les risques plus récemment magnétiques qui peuvent avoir des effets perturbateurs ou jouer le rôle de co-facteur dans la naissance ou le renforcement de certaines pathologies.

Voilà pour les principales sources de pollution quotidiennes !

 

Des mélanges chimiques neurotoxiques

 

Parallèlement à cette pollution chronique, rampante et de plus en plus globalisée, l'on constate (et celà malgré les progrès réalisés en médecine) que la santé publique n'est pas sur le point de progresser.

Au contraire, les statistiques et chiffres cités lors de congrès récents par les médecins, épidémiologistes et scientifiques montrent qu'à côté des maladies dites de civilisation (comme les maladies cardio-vasculaires, les cancers ou certaines maladies dégénératives où peuvent intervenir le viellissement des populations et le mode de vie individuel - exemple négatif : les cigarettes) qu'à côté de tout celà, nous assistons aujourd'hui aussi et surtout à une augmentation de maladies chroniques et souvent diffuses et inexplicables : allergies, neurodermites ou autres maladies de la peau, atteintes du système immunitaire, problèmes psychiques liés au système endocrinien ou nerveux, problèmes hormonaux ou de fertilité... Toutes ces pathologies ont augmenté au courant des dernières années !

Il semble évident, et la psycho-neuro-immunologie nous le démontre, qu'un nombre appréciable de maladies psychiques - voir la consommation allarmante de psychotropes - peut être liée à des conditions de vie ou de travail désagréables ou stressantes. Cela n'est pas surprenant.

Mais l'on reconnait aussi aujourd'hui de plus en plus souvent que des facteurs chimiques environnementaux, tels que l'exposition chronique à certaines substances et surtout à des mélanges de substances neurotoxiques (solvants par exemple), peuvent y jouer aussi un rôle déterminant.

Ce qui nous amène à dire qu'avant le diagnostic facile de maladie "psychique" ou psychosomatique", l'on devrait d'abord exclure (par des analyses sérieuses) une exposition possible à des mélanges chimiques neurotoxiques.

Certains médecins préfèrent nier l'évidence.

Si nous affirmons donc que l'environnement pollué peut rendre malade, et que de plus en plus de pathologies chroniques de notre époque semblent d'évidence liées à cette pollution généralisée "à faible dose", nous pouvons recourir, pour soutenir cette évidence, à la recherche épidémiologique et à l'expérience en laboratoire.

Un exemple récent que je vais résumer brièvement est celui de l'augmentation progressive de l'incidence des pollinoses, c'est à dire des allergies aux pollens, de certains arbres comme le bouleau par exemple.

Dans plusieurs pays comme le Japon ou l'Allemagne, des enquêtes épidémiologiques régionalisées avaient permis de faire le constat étonnant que que ces allergies étaient plutôt rares dans les régions rurales et qu'elles étaient, de loin, les plus nombreuses en moyenne, dans les régions ou secteurs de villes où le nombre de ces arbres et donc de pollens était peu élevé, c'est à dire le long des axes routiers très chargés.

Sous les microscopes de l' "institut d'hygiène" de Düsseldorf, par exemple, l'on a pourtant réussi à résoudre l'énigme de ces pollens des villes. Ils étaient parsemés et donc contaminés par de nombreux petits points noirs, par les substances chimiques qu'on rencontre dans l'air pollué des villes : dioxides d'azote, métaux lourds, particules diesel ...

Il serait facile d'énumérer d'autres exemples de liens établis entre pollutions et maladies environnementales. Les études épidémiologiques sont assez nombreuses et pour la plupart du temps concordantes.

La dernière en date est très actuelle puisqu'elle est en discussion en France en ce début d'année 1998. Elle concerne les effets néfastes de la pollution en Ile-de-France (1991-1995) sur les maladies respiratoires et plus spécialement sur l'asthme des enfants entre 0 et 14 ans et sur les décès prématurés par maladies cardio-vasculaires.

Que dire alors de certains médecins, toxicologues, médecins du travail et psychiatres qui, de manière dogmatique, continuent à nier l'évidence de l'impact possible des faibles doses, surtout neuro-ou-immuno-toxiques ?

Ils n'acceptent de voir que les effets négatifs d'un mode de vie individuel malsain - alcoolisme, tabagisme, drogues ...

Ils détectent toujours et partout de mystérieuses causes "psychiques" ou "psychosomatiques".

Ils crient à l'alarme devant un prétendu "alarmisme écologique" ou de prétendus "semeurs de panique".

«Valeur-seuil» un concept dépassé

Que dire de ces gens-là ? Qu'ils sont souvent complaisants et parfois complices vis-à-vis de certaines branches industrielles, chimiques surtout, parce qu'ils en dépendent directement - ça existe- ou indirectement ce qui semble être le cas le plus souvent.

Dans l'affaire de l'amiante, en France comme dans d'autres pays, tel semble avoir été le cas pendant de longues années.

En Allemagne par exemple, encore tout récemment, plusieurs experts professeurs d'université et médecins du travail se sont révélés être les experts payés de l'industrie mise en accusation par des associations de malades et de citoyens (voir grand procès de Francfort contre la firme Bayer-Desowag à cause des produits Xylamon et Xyladécor contenant la pentachlorophénol (PCP) et la lindane.

Mais ne disons pas trop de mal de ces experts. Parlons plutôt de la conception toxicologique actuellement en vigueur et qui est basée essentiellement sur le principe monocausal de «valeur-seuil» ou de «dose journalière acceptable» (DJA) pour chaque substance chimique ou polluant pris isolément.

Ce concept dit : «Pas d'effet sur la santé en dessous de la valeur-seuil fixée!». Il n'y a plus de doute actuellement que c'est pour le moins partiel et parfois partial.

Pour le prouver, il suffit de relever quelques insuffisances ou contradictions sous forme de questions :

- 1. Toutes ces «valeurs-seuils» ou «doses journalières acceptables» ont-elles vraiment été établies de façon rigoureuse et scientifique ?

Des intérêts industriels n'y ont-ils pas joué, ne jouent-ils pas actuellement dans l'établissement de normes internationales ? (voir l'exemple actuel des normes pour l'évaluation des effets de champs électromagnétiques sur l'organisme humain, c.à.d. toute la campagne orchestrée pour ne reconnaitre que les effets «thermiques» et non les effets «biologiques»).

- 2. Combien de substances, pourtant toxiques, de pesticides par exemple autorisés et en usage dans l'Union européenne, n'ont même pas de dossier toxicologique ? Plus d'un tiers apparemment pour les pesticides !

- 3. La cancérogénicité a-t-elle vraiment été sérieusement étudiée pour la plupart des substances chimiques pourtant en vente sur nos marchés ?

- 4. Qu'en est-il du concept de «dose journalière admissible» chez l'homme établie à partir de doses léthales 50 (D.L.50) chez l'animal de laboratoire ? Cette dose établie chez l'animal est-elle à même de mesurer ou d'estimer les effets des faibles doses, les petites lésions qui s'accumulent au cours du temps, donc le risque chronique à long terme ?

- 5. L'expérience sur l'animal de laboratoire peut elle vraiment nous renseigner sur les effets ou troubles chroniques qu'on retrouve de plus en plus souvent chez l'homme ?

Que ce soient les allergies, les hyper-sensitivités à un nombre croissant de subtances chimiques naturelles ou synthétiques, les troubles des défenses immunitaires, les troubles psychiques ou endocriniens.

La souris blanche, le rat de laboratoire, peuvent-ils nous renseigner sur des symptômes pathologiques tels la migraine, les maux de tête, les problèmes de concentration et bien d'autres ?

En médecine environnementale pourtant, l'on réussit aujourd'hui par des méthodes modernes d'imagerie («SPECT = Single Photon Emission Computed Tomography») à analyser et à démontrer de tels effets neurologiques en montrant des troubles de perfusion au niveau de certaines parties du cerveau, troubles liés à l'exposition chronique de substances ou de mélanges neurotoxiques comme les solvants, la formaldéhyde, des métaux lourds ...

- 6. Finalement, n'est-ce pas une faiblesse générale du concept de «valeur-seuil tolérable» ou de «dose journalière admissible», que ces valeurs aient été établies dans une situation absolument artificielle, irréelle où l'individu n'est exposé qu'à un seul toxique et pour une seule forme d'exposition ?

Analyser la pollution intérieure des habitats

La réalité concrète de tous les jours est tout à fait différente de cette situation artificielle de laboratoire.

La pollution de la ville, par exemple, est un mélange de combien de toxiques ? Le tabagisme passif dans le bistro du coin est un mélange de combien de toxiques ?

Des analyses sont effectuées en Allemagne ou au Luxembourg, par des services d'analyses spécialisés qu'on appelle des «ambulances de l'environnement».

Ils analysent l'air, la poussière ou des matériaux présents dans les bureaux ou maisons rénovés et repeints. Ces analyses parviennent souvent à des résultats similaires. La présence dans un grand nombre de bureaux ou d'habitations de mélanges, de véritables «cocktails chimiques» contenant parfois des mélanges de solvants, très souvent du formaldéhyde, des fongicides ou des insecticides comme la pentachlorophénol (PCP), la lindane, des pyréthrinoides neurotoxiques, de la DDT (eh oui!) ou des agents chimiques protecteurs du feu comme par exemple l'antimoine ou des pthalates.

Tous, chacun pour soi bien sûr, à faible dose, mais à grand potentiel toxique dans le mélange.

Ainsi, l'air intérieur est parfois plus pollué que l'air extérieur.

S'y ajoutent parfois des champs électromagnétiques de basse fréquence et plus récemment les rayonnements non-ionisants de radio fréquences (micro-ondes de stations de téléphone) ou les moisissures dans les maisons humides.

La faute aux plombages dentaires

Peuvent s'y ajouter plus d'une fois des troubles nerveux, hormonaux ou immunitaires induits par les plombages dentaires au mercure ou d'autres constructions métalliques (couronnes, bridges ...) en bouche que l'on a commencé à analyser depuis quelques années.

Un relargage et une accumulation parfois très importante de mercure et d'autres métaux lourds liés à la dentisterie peuvent être constatés et parfois en des doses qu'on ne peut même plus qualifier de faibles doses.

En pratique, le relargage de mercure et de cuivre est mesuré tous les jours au Laboratoire national de la santé au Luxembourg. On y pratique aussi des tests de chélation afin de déterminer l'ordre de grandeur du mercure, incorporé chez les porteurs d'amalgames dentaires.

En résumé, une citation du Dr E. Pluygers, médecin cancérologue et chercheur belge, me semble bien à même pour caractériser les lacunes ou faiblesses du concept officiel de la toxicologie classique basée sur la notion de «valeur-seuil» ou de «dose journalière admissible» (DJA) qui ignore les dangers des mélanges et des combinaisons additives ou même synergiques.

«Quelle est la signification d'une dose journalière admissible établie par une seule substance, alors que les effets toxiques et cancérigènes de mélanges de deux substances ne sont déjà plus connus, que nous sommes tous exposés à des douzaines de substances agissant par des voies d'entrée multiples, que nombres de substances agissent à dose mono-moléculaire et que des synergies redoutables ont été mises en évidence, amplifiant jusqu'à mille fois les effets des substances peu actives isolément ?»

Le danger des cocktails chimiques

On est donc obligé de penser que la notion de DJA ne repose que sur des bases scientifiques et est faite pour rassurer.

Bien sûr, les «valeurs-seuils» fournissent au moins quelques (faibles) repères. Bien sûr que dans tout cela, il reste et il restera beaucoup d'incertitudes et que l'analyse toxicologique et médicale n'arrivera pas , n'a aucune chance d'arriver à définir avec certitude le risque provenant de tous ces mélanges de substances chimiques et de leurs produits de métabolisation dans l'organisme humain.

L'écologie clinique, la médecine de l'environnement nous renseignent d'ailleurs d'une difficulté supplémentaire provenant de la diversité parfois très grande de la biochimie, du métabolisme et des possibilités individuelles de détoxification qui semblent parfois jouer un rôle déterminant pour expliquer les différences de réaction d'un individu à l'autre par rapport à certains contaminants comme le formaldéhyde, métaux lourds ou d'autres substances toxiques.

Dernier point à relever dans le contexte des effets de faibles doses de substances dans un mélange. Mais un point très actuel. En effet, depuis l'année passée, depuis les expériences réalisées par Irène Witte, scientifique Allemande de l'université d'Oldenbourg dans le nord de l'Allemagne, nous en savons plus.

Irène Witte a su démontrer scientifiquement avec des cultures de cellules de fibroplastes humains des effets hautement synergiques d'un mélange de trois substances chimiques.

Plus précisément, elle a pu démontrer que dans de tels mélanges, la toxicité de substances chimiques à très faible dose peut augmenter dramatiquement si à coté de substances hydrophiles (solubles dans l'eau) l'on ajoute une ou des substances lipophiles (solubles dans la graisse), ces substances lipophiles perturbant la membrane cellulaire au point de permettre aussi aux substances hydrophiles d'entrer au coeur de la cellule. Et l'expérience réalisée à l'université d'Oldenbourg montre aussi que l'effet synergique, qu'une augmentation brutale de la toxicité peut se faire à des niveaux de concentration extrêmement faibles, par exemple à 1/3 ou même moins de leur seuil de toxicité individuel («NOEC = No observed effects concentration»).

Les malades du «XXe siècle»

Devant l'évidence de tous ces faits, je pense que la toxicologie classique et la médecine officielle devraient donc évoluer et s'adapter pour prendre enfin en compte les effets des faibles doses, et surtout les effets des mélanges auxquels nous sommes exposés tous les jours.

Alors comment procède-t-on en pratique de médecine environnementale pour identifier les personnes que l'on appelle les «malades de l'environnement» ou parfois même les malades «du XXe siècle» («MCS = multiple chemical sensitivity»).

Quelques mots sur la situation du Luxembourg qui, malgré quelques avancées positives au niveau du ministère de la santé, reste pourtant peu satisfaisante.

Il y a à peu près six ans que s'est créée au Luxembourg une association de citoyens, de personnes malades sous le nom de «AKUT».

C'est un groupe d'action et de consultation dans le contexte de la toxicologie environnementale dont je fais partie et qui, depuis sa création, a rassemblé toutes les informations disponibles en relation avec des maladies chroniques de l'environnement.

«AKUT» qui s'occupe de cette problématique en général, mais plus spécialement des problèmes de santé liés à la pollution de l'habitat, à l'électromagnétisme et aux métaux de dentisterie, a très vite pris un certain poids d'information préventive dans les médias et auprès de personnes de malades chroniques.

Le groupe a réussi à attirer beaucoup de gens intéressés à des conférences publiques sur tous ces sujets. A côté de cela, les bureaux du groupe sont ouverts tous les jours à toute personne recherchant informations ou conseils pratiques à tous ces niveaux.

L'activité du groupe «AKUT», combinée à des informations similaires provenant d'autres pays, a contribué au Luxembourg, comme au niveau européen, à une prise de conscience accélérée de la problématique «Santé-Environnement».

Cela a d'ailleurs amené, dès la fin des années 80, les ministres et responsables de la Santé publique à en discuter, à intervalles réguliers, au niveau des conférences européennes. Et même si les avancées ou réalisations communes dans ce domaine restent aujourd'hui loin en deçà des attentes, le lien entre l'environnement pollué et l'émergence de pathologies relatives est clairement établi.

Des boiseries, des moquettes, des meubles

Au Luxembourg, les premiers éléments d'une pratique de médecine environnementale ont été introduits au début 1994 avec la décision du ministre de l'Environnement et de la Santé de créer un «Service de la médecine de l'environnement» au sein du ministère de la Santé.

Ce service médical («ambulance de l'environnement» est dirigé par un médecin dont la mission principale consiste à détecter les nuisances dans les habitations concernées.

Ce service voit donc uniquement des personnes malades qui présentent une symptomatologie dont l'étiologie ne peut être expliquée par les moyens classiques.

Sont mesurés et analysés, en collaboration étroite avec le «Laboratoire national de la santé», les solvants, le formaldéhyde, les produits de protection des boiseries ou du cuir comme la PCP, la lindane, les pyréthrinoides, le benzène et parfois d'autres polluants comme les moisissures.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le taux d'analyses positives, c.à.d. excessivement élevées de ces substances, est très important dans les habitations de ces malades.

Deux chiffres seulement qui jettent la lumière sur le bilan global des analyses effectuées au courant de l'année 1995 :

- 1. Le pourcentage global positif, c.à.d. trop élevé, de toutes les analyses effectuées par «l'ambulance de l'environnement» était de 78,33% sur quelque 360 habitations.

- 2. Pour le dosage et l'analyse du seul formaldéhyde, sur 1.735 dosages faits au courant des visites au domicile de personnes malades, 93,5% étaient positifs c.à.d. supérieurs à la valeur-guide recommandée par l'administration de la Santé en Allemagne depuis plus de 15 ans, c.à.d. supérieurs à 0,1 ppm/m3 .

Une valeur qui à mes yeux, et d'après beaucoup de toxicologues et de médecins de l'environnement, est même trop élevée pour l'exposition chronique des enfants ou des personnes asthmatiques ou sensibles.

En pratique, l'assainissement de telles maisons ou habitations malsaines, c.à.d. l'élimination de boiseries contaminées, de moquettes, de bois plaqués ou de certains meubles (armoires, fauteuils en cuir), permet d'observer la régression ou la disparition progressive de certaines pathologies chroniques comme les irritations des muqueuses, les fatigues chroniques, les migraines et maux de tête répétés, des états nerveux ou dépressifs, des allergies et autres symptômes diffus.

Ces faits n'ont pas seulement été observés dans la pratique «d'ambulance de l'environnement» en Allemagne ou au Luxembourg, mais aussi par toutes les associations de citoyens concernés, telle l'association «AKUT» ou des associations similaires en Allemagne, aux Etats-Unis, au Canada ou dans les pays nordiques.

Et cette remarque vaut d'ailleurs aussi en ce qui concerne l'assainissement des plombages dentaires au mercure, assainissement pourtant très délicat puisqu'il exige des mesures de précaution, de préparation et de protection très poussées. L'association «AKUT» renseigne amplement sur les mesures de précaution à prendre avant la consultation dans le cabinet dentaire.

Il faut des médecins formés

Mais revenons à des conclusions quelque peu plus générales.

En médecine, comme en politique, il est admis par tous que prévenir vaut mieux que guérir ! Le rôle de la précaution, ainsi que de la prévention, est absolument essentiel !

Ce qui semble évident n'est pourtant pas facile à réaliser par le ...«commun des mortels» généralement très peu informé des risques potentiels pour la santé, liés à des produits courants de consommation ou d'installation.

En effet, comment savoir si les boiseries ont été imprégnées par la PCP, la lindane ou par d'autres saloperies (fongicides, solvants, insecticides) ?

Comment savoir si la moquette ou le tapis d'Orient ne dégage pas d'émissions toxiques telles que la DDT ou des pyréthrinoides neurotoxiques ?

La liste de questions similaires pourrait être allongée facilement!

Si la politique, si une politique préventive en matière de mise sur le marché de substances ou de produits n'impose pas à l'industrie chimique, aux acteurs économiques en général, des conditions, des tests et analyses plus stricts avant toute mise sur le marché, nous continueront tous à rester confinés dans le rôle de cobayes.

Les maladies chroniques du système immunitaire, les allergies, les atteintes nerveuses ou endocriniennes, les cancers ou les problèmes de reproduction risquent alors bien de persévérer ou même de progresser encore.

Dernier point. Que faire si l'on souffre déjà de maladies environnementales et que l'assainissement de l'habitation malsaine ou du bureau ou lieu de travail (ou du cabinet dentaire) ne suffit plus pour guérir ?

C'est alors une question de thérapie en médecine de l'environnement.

Si les effets chez le malade ne sont pas déjà à un stade irréversible, des thérapies peuvent être mises en place incluant évidemment un diagnostic différentiel solide, des analyses très poussées, des mesures de renforcement des défenses immunitaires de l'équilibre nerveux et des capacités de détoxification, ainsi que des programmes de chélation ou d'assainissements selon qu'il s'agit d'intoxications aux métaux lourds, aux solvants ou autres accompagnés parfois de programmes de psychothérapie.

Une grande partie des malades de l'environnement peuvent de cette manière être guéris et remis sur pieds.

Encore faut-il pour celà que des médecins biens formés et informés en médecine environnementale ce qui n'est malheureusement pas encore le cas au Luxembourg, à la différence de l'Allemagne par exemple où une formation continue en médecine environnementale a été mise sur pieds.

Depuis, des cours de formation continue en médecine environnementale sont offerts régulièrement au niveau des länders allemands.

Une telle formation continue serait à mon avis souhaitable et nécessaire au niveau européen.

Parallèlement, un renforcement des mécanismes préventifs permettant une meilleure protection de la santé des consommateurs européens, me semble évidemment d'une toute première urgence !

Jean Huss est député du groupe des verts

 

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