Lu dans FRANCE SOIR, 21 Février 2000

Poisons domestiques

 

Le pavillon des allergies

Georges Méar, pilote de ligne, et sa femme ont vu leur santé se dégrader depuis qu'ils ont emménagé dans une maison neuve à Brest, le 1er novembre 1989. « Nous avons fait construire une maison des plus modernes, avec des matériaux tout à fait classiques, faisant la part belle aux bois collés, agglomérés et contreplaqués", résume M. Méar. "La joie immense, d'emménager dans notre nouvelle maison, s'est transformée en cauchemar ", ajoute-t-il avec amertume.

Ventilation

Très vite, les premiers symptômes causés par les émanations de composés organiques nocifs sont apparus: les époux Méar ont le nez congestionné, les yeux et muqueuses nasales irritées. Etant femme au foyer, Mme Méar est présente dans 5 maison presque toute la journée. C'est elle qui subit le plus de désagré ments: rhinites et rhume matinaux se multiplient. Puis viennent les problèmes psychologiques: une fatigue chronique, des maux de tête à répétition et des difficultés de concentration.

" Comme nous respi rions très mal dans cette maison, je me suis tout d'abord intéressé à la ventilation ", explique Georges Méar. Depuis huit ans, il est en procès contre son architecte, le menuisier et l'entreprise qui a mis en place la ventilation de leur domicile. Les experts mandatés par le tribunal de grande instance de Brest ont confirmé que la ventilation était mal conçue. Exigeant des analyses de l'air de son habitation, M. Méar a pu constater la présence « d'un cocktail chimique des plus inquiétants », précise-t-il, et qui était composé de teneurs très élevées de lindane (insecticide), toluène (solvant), formaldéhyde (dérivé de formol) et même d'un fongicide interdit depuis 1994, le pentachlorophénol. Aujourd'hui, Mme Méar a subi une intervention chrirugicale, car elle saignait du nez tous les matins. A 55 ans, Georges Méar continue à exercer son métier mais il souffre de rhinites chroniques.

Tribunal

Bien entendu, ils ont quitté leur maison mais ils en sont à leur sixième location ! En effet, ayant contracté cette " hypersensibilité chimique", ils ne supportent plus la moindre petite dose de ces polluants d'intérieur. Une vie infernale dont ils espèrent que la justice admettra les causes. Un premier jugement du tribunal a reconnu la gravité des problèmes de santé des époux Méar.

Cécile Soulé

 

Attention maisons toxiques

 

Des normes très sévères pour les entreprises mais rien du tout sur les matériaux qu'on utilise dans les maisons individuelles, et pourtant beaucoup sont dangereux

La maison, ce havre de paix, ce refuge de bien-être peut se transformer en piège empoisonné. Il existe en effet des polluants spécifiques à l'habitat, dont on n'imagine ni l'existence ni la nocivité. La plupart d'entre eux portent des noms barbares et appartiennent à la famille des COV (composés organiques volatiles). On les retrouve dans les matériaux de construction.

Liste noire

Le plus nocif de tous est le formaldéhyde, un composé chimique dérivé du formol. Considéré comme cancérigène probable pour l'homme, il provoque des irritations du nez, de la gorge, rhinites, maux de tête, etc. La toxicologue Lionelle Nugon, également chargée de recherche au CNRS, précise dans un livre paru en août 1999 (Maisons toxiques) que le formaldéhyde peut « provoquer des désordres du sommeil, de l'anxiété et des troubles de la mémoire, et, en association avec d'autres substances polluantes, une diminution des défenses immunitaires ». On le retrouve dans les colles des panneaux de bois agglomérés, dans les mousses isolantes urée-formol, dans certaines peintures et aussi dans les tissus d'ameublement comme les tentures et les canapés. Les émanations de formaldéhyde sont favorisées par l'humidité et la chaleur. Plus le temps passe, plus sa nocivité s'estompe, mais il peut polluer une maison pendant des années. Pourtant, les émissions de formaldéhyde ne sont pas limitées dans l'habitat domestique, à l'exception des mousses isolantes urée - for mol. Seuls les lieux de travail possèdent une réglementation sur la pollution de l'air intérieur. Mais d'autres pays, dont l'Allemagne, la Suède et l'Etat de Californie, ont imposé des normes sur les émissions de formaldéhyde dans les maisons.

Parmi les COV les plus nocifs, on trouve encore le toluène et le xylène. Ils entrent dans la composition des peintures et des diluants. Selon plusieurs études, le toluène peut provoquer des troubles neurologiques dont les premiers signes sont la fatigue, la perte de mémoire ou encore les maux de tête. Le xylène, quant à lui, « pourrait être responsable de malformations congénitales », explique encore Lionelle Nugon.

La liste noire ne s'arrête pas là: le lindane, un insecticide employé dans les produits de traitement du bois, inhibe le système immunitaire, selon l'OMS. Le trichloréthylène, utilisé comme un détachant ménager, peut être toxique s'il est utilisé dans des endroits clos. Malgré leur nocivité avérée, ces substances peuvent être incorporées à volonté dans les matériaux de construction utilisés dans l'habitat domestique puisqu'il n'existe aucune réglementation. Résultat: on retrouve parfois de très fortes densités de polluants dans l'air des maisons. Ce fut le cas pour une famille brestoise (voir témoignage) où une concentration de formaldéhyde de 199 µg/m3 a été relevée alors que la valeur recommandée par l'OMS est de 100 µg/m3.Autre exemple dans cette même maison: les doses de toluène s'élevaient à 690 ug/m3, concentrations qui dépassent largement les valeurs de 230 ug/m3 recommandées parl'OMS.

Législation

Que fait l'Etat face à ce problème ? Le ministère du Logement a mis en place en septembre dernier un programme appelé "bâtiment et santé " qui a pour objectif d'aboutir à un marquage spécifique des matériaux et des produits. Un observatoire de la qualité de l'air intérieur a été crcé à cette occasion pour permettre de « mieux connaître l'état actuel de la pollution », explique Christian Cochet, responsable de la division santé et bâtiment au Centre scientifique et technique du bâtiment, chargé de coordonner ces analyses. A partir des résultats de l'observatoire, « les autorités feront des recommandations ou feront évoluer la législation », suggère Christian Cochet. Mais cet observatoire ne commencera à fonctionner qu'en... 2001. En attendant, un conseil, un seul, ouvrez vos fenêtres régulièrement pour ventiler votre maison...

Cécile Soulé


3 questions à ...

Lionelle Nugon, chargée de recherches au CNRS

1 Les problèmes de santé liés aux polluants domestiques sont-ils reconnus ?

Oui, on les désignent sous le nom d'hypersensibilité chimique multiple. Mais cette pathologie n'est reconnue que depuis peu. Avant, personne n'y croyait. On trouvait ces symptômes domestiques ridicules parce que la maison est connotée positivement. Pourtant, les pathologies liées à la pollution intérieure sont connues depuis longtemps dans d'autres pays, comme le Japon. Elles ont mis longtemps à être acceptées chez nous. Mais des études ont permis de prouver la réalité de ces pathologies.

2 Doit-on vraiment craindre pour notre santé ?

Quand on analyse ces polluants en laboratoire, on se rend compte qu'ils provoquent des cancers chez les animaux. La question est de savoir si l'homme est mieux armé pour y résister et à quelle dose d'exposition ces polluants deviennent vraiment dangereux. Il faut aussi prendre en compte le fait que l'homme vit aujourd'hui plus longtemps qu'avant. Plus il vieillit, plus il s'expose à des toxicités chroniques et donc à des risques de cancer.

3 Y a-t-il des populations à risque ?

On constate que les femmes et les enfants sont les premiers touchés. Mais il n'y a pas vraiment de règle. Par ailleurs, à l'inverse des allergies classiques, l'hypersensibilité chimique multiple ne se détecte pas dans le sang. Les personnes les plus fragiles sont celles qui ont un seuil de sensibilité très bas. Quand on a contracté cette hypersensibilité, on devient même gêné par des émanations infimes de ces substances.

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