Lu dans "Fémina", N° 25, 20 juin 1999

MAISONS POISON?

 

La pollution, on l'imagine surtout extérieure.On incrimine l'industrie, les gaz d'échappement, les sprays troueurs d'ozone. Mais ce ne sont pas les seuls coupables. Les matériaux de construction, le mobilier, les produits d'entretien ou de bricolage distillent eux aussi leur poison à l'intérieur de nos maisons. Or 90% de notre vie se passe dans des bâtiments. A l'abri vraiment ?

 

Lorsqu'on suffoque dans les gaz d'échappement, on se bouche le nez. Quand on regarde la télévision dans un salon briqué-brillant, on est content, «ça sent le propre»! Mais à quel prix? Les quelque 100 000 substances chimiques vendues dans le commerce sous les formes les plus diverses font partie de notre vie. Elles sont dans ce que nous mangeons, buvons, dans l'air que nous respirons. Elles s'évaporent dans l'atmosphère ni vu ni connu, à petites doses sournoises, minant lentement et sûrement notre santé.

Leurs effets sont multiples&emdash; de la simple sensation de malaise aux allergies plus ou moins sévères, jusqu'aux atteintes beaucoup plus graves touchant les systémes respiratoire, nerveux, voire immunitaire. La prise de conscience est récente, les réglementations encore embryonnaires et les mises en garde plutôt mal vues des milieux économiques.

On connaît certes de mieux en mieux la toxicité des différentes substances chimiques qui colonisent notre quotidien. Et, pour chacune, des seuils de risques sont fixés&emdash;variables d'un pays à l'autre. Mais qu'en est-il des cumuls et des mélanges? Le bleu total. Sans compter que l'apparition des symptômes dépend certes de la concentration, du nombre des substances incriminées, des quantités inhalées, de la durée d'exposition, mais aussi des sensibilités, vulnérabilités et résistances individuelles.

Fixer des normes revient, dans le meilleur des cas, à se contenter du plus grand commun dénominateur. D'autant plus que les faits sont difficiles à prouver. Allez dire à votre médecin que vous vous levez fatiguée depuis que vous avez changé la moquette, ou que votre belle villa neuve vous donne la migraine et des douleurs articulaires! I1 y a dix ans, on vous aurait prise pour une cinglée; aujourd'hui, vous repartirez probablement avec une ordonnance: «... le stress, madame, prenez des vacances.»

 

Des ennemis dans la place

 

Or la pollution domestique &emdash;invisible, incolore, souvent inodore&emdash;nous enveloppe et nous menace. Vous ne le saviez pas? Comme la plupart d'entre nous. Ou peut-être le soupçonniez-vous, alerté par telle ou telle association plus ou moins connotée écolo-bioextrémo-alarmiste... Info ou intox?

Pour faire le point, la Société suisse pour la protection de l'environnement (SPE) et l'Association suisse d'écobiologie (ASdE) ont entrepris une campagne de sensibilisation et d' information. Qui , sans peindre le diable sur la muraille, a le mérite d'attirer l'attention sur un vrai problème et d'offrir quelques pistes pour limiter les dégâts. Ou mieux, pour les prévenir. A chacun de prendre ses responsabilités et de faire ses choix... pour autant que choix il y ait.

En collaboration avec l'Institut pour la construction écobiologique SIB (ICE), un groupe d'experts a identifié cinq thèmes, qui représentent les principaux facteurs de pollution domestique: les toxiques chimiques, les allergénes, le radon, les champs électromagnétiques. Et la ventilation. Laquelle se révèle tour à tour amie ou ennemie selon qu'elle joue efficacement son rôle ou que, mal conçue ou mal réglée, elle constitue un facteur aggravant. Chacun de ces thèmes a fait l'objet de séries de conférences présentées dans diverses villes de Suisse romande. Pour chacun, un dépliant informatif (données de base, risques, mises en garde, conseils de prudence et de bon sens) est disponible au prix de 5 francs auprés de la SPE.

Société suissepour la protection de l'environnement (Construire sainement, Vivre mieux, Campagne SPE, ASdE, ICE), rue Saint-Ours 6, 1205 Genève).

 

Malade de sa maison

On peut lire sur Internet (http://perso.wanadoo.fr/la.maison.empoisonnee/) le parcours du combattant de la famille Mear, qui se bat pour faire reconnaître que le calvaire qu'elle vit depuis bientôt neuf ans, date de son emménagement dans la villa de ses rêves à Brest, est dû à la toxicité des matériaux utilisés (bois collés, agglomérés, contreplaqués) et à des erreurs de construction, au niveau de la ventilation notamment. Il y a sans doute longtemps que Georges Mear aurait été traité de malade mental et envoyé en asile psychiatrique s'il n'était commandant de bord à Air France. Pas vraiment le genre parano. Mais sérieusement atteint dans sa santé physique, malgré plusieurs déménagements, puisque sa femme et lui souffrent aujourd'hui d'une MCS ou sensibilisation chimique multiple (voir encadré ci-dessous), qui handicape sérieusement leur vie de tous les jours.

Le dossier remplit une septantaine de pages (rapports médicaux, expertises et analyses scientifiques des différents toxiques, réglementations française, européenne, internationale, de l'OMS, etc.). Conclusion (provisoire): le rapport du dernier expert mandaté par la Cour d'appel demande «que soit reconnue l'origine allergique de la pathologie en rapport avec les défauts que présentent les matériaux de construction à l'origine des émanations de formol».

 

Vulnérabilité acquise

L'exposition aux polluants de l'air intérieur peut conduire à une Multiple Chemical Sensitivity (MCS) ou sensibilisation chimique multiple. Celle-ci peut s'acquérir à la suite d'une exposition unique et massive à une seule substance, mais résulte le plus souvent d'expositions répétées à de faibles concentrations de substances chimiques en mélange. Une fois la sensibilisation acquise, la personne atteinte réagit à des concentrations de plus en plus faibles d'un nombre de plus en plus élevé de substances chimiques. Qui n'ont souvent rien à voir avec le produit à l'origine de la sensibilisation, comme les parfums, les encres d'i mprimerie, les détergents et produits de nettoyage, y compris les vêtements revenant du nettoyage chimique! Bref, la vie de tous les jours devient singulièrement compliquée.

Quant aux conséquences d'une MCS, elles sont aussi nombreuses que diverses: des symptômes généraux (maux de tête,sensibilité aux odeurs, vertiges, fatigue chronique, épuisement, problèmes digestifs ou irritations oculaires jusqu'aux manifestations neurologiques (dépression, pertes de mémoire, confusion mentale, difficultés de concentration ou respiratoires (rhinites, irritations et saignements des muqueuses nasales, oppression thoracique, asthme, toux). A relever qu'une bonne partie du monde médical continue de considérer la MCS comme une maladie psychosomatique D'autant plus que si le diagnostic est difficile, le traitement, lui, est inexistant, puisqu'il consiste essentiellement à soustraire le malade à tout environnement «pollué». Autant dire à toute vie normale.

 

Au banc des accusés

Des quelque 100 000 substances chimiques présentes dans notre environnement quotidien, on peut dire que pratiquement toutes comportent, à des degrés divers et selon les individus, un danger potentiel pour la santé. Question de dosage, de circonstances et de vulnérabilité personnelle.

Accusé numéro un: les COV ou composés organiques volatils. Ils appartiennent à différentes familles chimiques (hydrocarbures aromatiques, cétones, alcools, alcanes, aldéhydes, etc.), dont les plus connus sont les hydrocarbures utilisés comme carburants, l'acétone et le formaldéhyde.

Or les COV sont présents partout. Dans les bombes aérosol (des insecticides aux cosmétiques), les cires, les colles, les produits de nettoyage (détergents, décapants, détachants, diluants, alcool à brûler, essence de térébenthine, etc.). Et surtout ils se retrouvent dans de nombreux produits et matériaux à l'intérieur de la maison: matériaux de construction, bois agglomérés, panneaux de particules et contreplaqués (dont les résines et colles contiennent des formaldéhydes), mousses isolantes, peintures, moquettes, linoléums, vernis, bois des charpentes et des planchers, et même mobilier.

Tous les COV ont la propriété commune de s'évaporer facilement à température ambiante et de se répandre dans l'air sous forme de gaz, pendant des mois, voire plusieurs années. Contrairement à d'autres substances, les COV se détectent à leur forte odeur, souvent piquante. Absorbés brièvement à forte concentrations, ils provoquent des irritations des voies respiratoires, en particulier chez les jeunes enfants, mais aussi des voies digestives et des yeux. Ils peuvent aussi générer des irritations cutanées et des réactions allergiques, voire des atteintes neurologiques se traduisant par des maux de tête, une fatigue chronique, un symptôme d'ivresse, des vertiges ou des nausées, des pertes de mémoire, troubles de la concentration, déprime, etc.

 

Petit catalogue des horreurs

 

Le formaldébyde est sans doute l'un des COV les plus communs et les plus polluants de l'air de nos habitations. Il est largement utilisé par l'industrie pour la fabrication de matériaux de construction et d'équipement intérieur, puisqu'il permet notamment de lier, de coller, de durcir, de conserver et de désinfecter. On le trouve aussi dans les produits d'entretien et de combustion ainsi que dans la fumée de tabac. C'est une substance organique simple, composée de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, qui se décompose, dans l'air, en dioxyde de carbone et en eau sans produire de déchets toxiques; en revanche, lorsque la transformation s'opère dans le corps humain (absorption par les voies respiratoires et par la peau), elle provoque des effets secondaires tels qu'irritations, allergies, eczémas, jusqu'aux troubles chroniques évoqués plus haut. Considéré comme cancérigène aux Etats-Unis, le formaldéhyde est émis principalement par les résines (urée formaldéhyde, urée-formol, phénol-formol), ainsi que par les liants et les colles servant à fabriquer les bois agglomérés, les panneaux de particules et les contreplaqués. Le MDF, chouchou des designers est loin d'être innocent, sa teneur en formaldéhyde dépendant de la nature de la résine utilisée comme liant. Certains fabricants, suisses notamment, proposent, en qualité standard ou sur demande, des panneaux classe A à faible taux de formaldéhyde (inférieur à 9 mg/100 g).

I1 convient cependant de se méfier des produits importés de pays aux législations plus laxistes et aux contrôles moins fiables. I1 faudra également tenir compte de l'effet des systèmes de finition: les laques à catalyseur acide ou les feuilles de papier, par exemple, peuvent contribuer aux émissions de formaldéhydes, alors que d'autres, comme les feuilles de plastique ou de PVC, les laques polyuréthanne et les papiers mélaminés, au contraire, les réduisent. Pas facile de s'y reconnaître.

L'OMS a établi (en 1995) des recommandations ou valeurs guides pour les concentrations de formaldéhyde dans les pièces habitées, correspondant à 0,1 mg/m3 (ou 0,1 ppm) pour les personnes nor-males (et dix fois moins pour les personnes sensibles)... tout en estimant que la concentration en dessous de laquelle il n'y a plus aucun risque serait de 0,05 ppm! Allez vous y retrouver! En Suisse, la norme fixée par l'Office fédéral de l'environnement est de 0,1 ppm. A préciser encore que le formaldéhyde existe à l'état naturel dans l'air extérieur. Il peut aussi provenir des gaz d'échappement des véhicules à moteur, mais ses concentrations sont généralement inférieures à 0,01 mg/m3 (10 ug/m3).

Au pilori également, les mousses isolantes urée-formol, aujourd'hui interdites dans plusieurs pays dont la Suisse. Les laines de verre et de roche (par le biais des liants). Les peintures (y compis à l'eau, auxquelles on ajoute systématiquement des fongicides), les vitrificateurs et certains traitements de surface.

Les tissus d'ameublement (auxquels le formaldéhyde confère de la tenue). Les supports synthétiques de certaines moquettes. Différentes colles (de menuiserie, pour papiers peints, moquettes).

On continue? Alors voici les produits de traitement des bois (insecticides, fongicides et autres biocides).Et les solvants, tel le toluène, un hydrocarbure aromatique d'usage fréquent dans les peintures, vernis, vitrificateurs, colles, décapants, produits d'entretien, encres, essence de voiture (il est recommandé de bien isoler le garage du reste de la maison).

Bref. A défaut de porter un masque à gaz en permanence, y compris pour dormir, mieux vaut essayer de limiter le plus possible les dégâts.

 

Comment savoir...

 

... si votre maison est empoisonnée? Si vous pensez souffrir de l'un ou l'autre des symptômes évoqués plus haut&emdash;par exemple à la suite de rénovations, de l' acquisition d'une nouvelle pièce de mobilier, de la pose d'une moquette ou de la vitrification d'un parquet&emdash;il est possible de faire analyser la teneur en formaldéhyde de votre logement. Etant donné la sévérité des procédures d'homologation et des contrôles en Suisse, les cas de dépassement des normes légales sont extrêmement rares (aucun pour le canton de Vaud ces dernières années, ce que confirme le Service de toxicologie industrielle et pollution intérieure du canton de Genève). Au point que le service de toxicologie spécialisé dans ce type de problèmes, créé il y a quelques années à l'Université de Zurich, a même fermé ses portes.

I1 arrive cependant que des personnes particulièrement sensibles réagissent déjà à des concentrations inférieures à la norme légale de 0,1 ppm. Dans ce cas, seule une expertise scientifique permettra de déterminer avec précision le taux de formaldéhyde dans l'air - par des mesures effectuées à proximité immédiate de l'objet incriminé et en différents points de la pièce. Et d'agir en conséquence.

On trouve dans le commerce des appareils permettant d'effectuer soi-même certaines de ces mesures, mais leur interprétation n'est pas toujours aisée. Il est donc préférable, en cas de doute, de se renseigner au préalable auprès des laboratoires cantonnaux, qui vous aiguilleront sur la meilleure marche à suivre.

 

Prévenir vaut mieux...

I1 n'empêche que les substances chimiques font partie de notre environnement quotidien et qu'en l'état actuel des connaissances on n'est pas vraiment capable de prévoir leur nocivité à long terme. Face à cette incertitude, la seule parade consiste à réduire autant que faire se peut leur utilisation. Comment ? En donnant la préférence aux bois massifs indigènes, aux panneaux de particules liés aux plâtres, à l'isolation à la laine de bois, aux papiers peints et vernis sans biocides, entre autres exemples. En recherchant aussi systématiquement la mention «exempt de` solvant» sur les emballages. Et, si elle n'y figure pas, en vérifiant soigneusement la composition du produit. Encore faudrait-il connaître les noms des différents COV et que ceux-ci soient nommément répertoriés! C'est rarement le cas. A défaut, savoir que les mentions «ne pas utiliser dans un local fermé», «ne pas vaporiser contre une flamme», «ne pas fumer pendant l'utilisation» ou encore «ne pas inhaler» indiquent à coup sûr la présence de COV dans le produit. L'odeur peut aussi être une indication. Et si l' on ne peut s'en passer, il conviendra au moins de respecter scrupuleusement les conditions d'utilisation (gants, masque, élimination dans les points de collecte adéquats). Et, bien sûr, d'aérer généreusement les lieux après utilisation. A signaler par ailleurs que si on s'en donne la peine, on trouve dans le commerce un grand nombre de produits exempts de solvants. Et tout aussi efficaces.

Un ma1 connu

Le Sick Building Syndrome

(SBS) ou syndrome des bâtiments malsains, a été récemment défini par l'OMS comme une réaction de la majorité des occupants d'un immeuble à leur environnement intérieur.Le SBS se caractérise par une sensation d'inconfort et des réactions physiologiques ou sensorielles aiguës (irritations des muqueuses nasales et oculaires, toux, oppression thoracique, fatigue, maux de tête, etc.).Ces symptômes disparaissenten général lorsque les personnes quittent I'immeuble incriminé.

 

Des normes et des labels

 

Si la France et l'Italie se signalent par un laxisme certain, les Etats-Unis, le Canada et les pays de l'Europe du Nord, I'Allemagne notamment, se préoccupent depuis plusieurs années de ce problème et disposent de législations assez restrictives. Quant à la Suisse, elle fait partie des bons élèves.

Toutes les substances chimiques utilisées dans la fabrication de produits de nettoyage, d'entretien, de bricolage, ainsi que dans celle des produits dérivés du bois, sont soumis à la législation fédérale sur les toxiques.Ces produits sont classés selon leur composition et leur dangérosité, en cinq classes de toxicité : la classe 1 correspond au plus grand risque et la classe 5 au plus faible, l'absence de mention (hors classe) correspondant en principe à l'absence de substances actives. En principe! En ce qui concerne les produits de préservation du bois, ils sont soumis à l'Ordonnance sur les substances et ne peuvent être commercialisés en Suisse que si leur fabricant ou leur importateur est titulaire d'une licence délivrée par l'Office fédéral de l'environnement (OFEFP).

Pour sa part, I'Union suisse en faveur du bois Lignum a établi une procèdure d'homologation pour les produits de préservation du bois s'appuyant notamment sur des examens effectués par le Laboratoire fédéral d'essai des matériaux et institut de recherches EMPA, procédure concrétisée par un label de qualité. Et par la publication, annuellement mise à jour en fonction des exigences nouvelles,d'un Répertoire des produits de préservation du bois et des produits sans substances actives pour le traitement des surfaces, avec référence des fabricants et fournisseurs. Par ailleurs, un label LIGNUM CH 6.5 (nouvelle norme de février 1999) pour l'homologation des panneaux de particules à faible potentiel d'émission de formaldéhyde est attribué sur la base d'examens et de contrôles réguliers. Ce label concerne la qualité, l'efficacité et la teneur en formaldéhyde du produit au moment de la fabrication, mais pas le taux d'évaporation à moyen ou long terme.

Lignum, Union suisse en faveur du bois, En Budron H6, 1052 Le Mont-sur-Lausanne, te1. (021) 652 62 22/23, fax (021) 652 93 41, Internet: www.lignum.ch.

 

Vous avez dit pollution biologique?

 

Il faut savoir que les substances chimiques ne sont pas les seules à affecter la qualité de l'air intérieur de nos maisons. Tous les êtres vivants (humains, animaux et végétaux) abritent et dispersent des biocontaminants ou polluants d'origine biologique&emdash;microbes, bactéries, virus, organismes unicellulaires, moisissures et autres miasmes. Avec lesquels, dans des conditions normales, la cohabitation se passe sans trop de problèmes... sauf lorsqu'ils deviennent trop nombreux. Ainsi par exemple des acariens, ces organismes microscopiques qui se complaisent dans les poussières de textiles, les moquettes et la literie notamment, en se nourrissant de squames de peau (la nôtre et celle des animaux domestiques). Ils ont la fâcheuse particularité de proliférer à toute allure dans les atmosphères humides, et leurs excréments peuvent être fortement allergènes. Ou encore des microbes et bactéries qui, lorsque les conditions d'humidité leur sont favorables, colonisent allégrement systèmes de chauffage, d'air conditionné, humidificateurs et réfrigérateurs. Idéalement, il faudrait maintenir l'humidité de l'air intérieur à moins de 50% durant les périodes de chauffage (les acariens s'y dessèchent et les moisissures ne peuvent s'y développer).

Or, outre les vapeurs occasionnées par les cuisines et les salles de bain, tout organisme vivant charge l'air en humidité par sa respiration et sa transpiration. Y compris les plantes vertes. Savez-vous, par exemple, qu'un être humain évapore entre 1,5 et 4 litres d'eau par vingt-quatre heures, et une plante verte entre 1,5 et 5 litres?

La parade? Une seule solution: a-é-rer. Souvent, régulièrement, généreusement. Plus une pièce est petite, plus le taux de renouvellement de l'air doit être élevé. Ouvrir tout grand les fenêtres, en hiver, au moins trois à cinq fois par jour, pendant trois à cinq minutes, suffit normalement, et sans provoquer de perte de chaleur excessive, à dégager l'air de son excédent d'humidité.Et à réduire de façon significative la concentration en polluants de tous ordres&emdash;au premier rang desquels les fumées de tabac (chaque cigarette fumée émet 50 mg de monoxyde de carbone).

Construire sainement

Née au milieu de ce siècle de la prise de conscience des pollutions causés par nombre de matériaux de construction l'écobiologie est une discipline qui associe l'approche technique du bâti à une vision globale et écologique des rapports entre l'homme, son habitat et l'ensemble des écosystèmes. Partie d'Allemagne, de Suisse et des pays nordiques, I'écobiologie a gagné le reste de l'Europe, I'Amérique du Nord et l'Australie. Ella s'applique à tous les stades et domaines de la construction (matériaux, techniques du bâtiment, implantation, concept et enveloppe architecturale, etc.). Renseignements: Institut pour la construction écobiologique SIB/ICE, Militärstrasse 84, 8004 Zurich, tél. (01 ) 299 90 40, fax (01) 299 90 41. Ou Association suisse d'écobiologie, Groupe romand, case postale 2162,1227 Carouge, tél. (022) 343 36 00.

La ventilation

A défaut de pouvoir éliminer tous les polluants à la source, une bonne ventilation, naturelle ou mécanique, est in-dispen-sa-ble. Elle permet d'une part d'évacuer le odeurs et autres contaminants biologiques générés par les occupants, mais aussi, dans une large mesure, les polluants chimiques émis par les matériaux et les combustions. Et d'apporter un air neuf, en principe non pollué...

Autrefois, la ventilation des maisons se faisait naturellement par des infiltrations d'air non contrôlées, dues notamment au manque d'étanchéité des portes, fenêtres et châssis. Mais de nos jours, confort moderne et économies d'énergie obligent, les constructions sont devenues étanches. Ce qui signifie que le renouvellement de l'air doit se faire essentiellement par des systèmes de ventilation mécanique (à simple ou double flux, ou, pour les grands immeubles et bureaux, par des systèmes avec traitement et conditionnement de l'air, climatisation, etc.). efficaces lorsqu'ils sont bien conçus et bien adaptés. Et à condition d'être régulièrement contrôlés (tous les ans), nettoyés et révisés (tous les deux à cinq ans). catastrophique dans le cas contraire. Souvenez-vous de la «maladie du legionnaire» provoquée par un virus dispersé par l'air conditionné et cause de nombreuses morts.

Il va sans dire que les consignes de contrôle et d'entretien s'appliquent également aux appareils à combustion tels que poêles à charbon, à gaz ou à bois, chaudières, chauffe-eau, cuisinières, cheminées ouvertes et à tous les conduits d'évacuation.

 

Pas de paranoïa...

... mais une attitude responsable. La présence de substances chimiques dans notre environnement intérieur est un fait. Leur toxicité plus que probable, et les effets à long terme imprévisibles. On se trouve donc là face à un vrai problème, qui relève, il faut bien le dire, plus d'intérêts économiques et politiques que de la science. De là à filer aux abris, il y a mieux à faire. Notamment appliquer, chacun, à titre personnel, et dans toute la mesure possible, le principe de précaution. En s'informant, en choisissant, bref, en ne consommant ni aveugle ni idiot.

On rappellera seulement que la fumée du tabac, qui est un mélange de gaz de combustion (monoxyde de carbone, oxydes d'azote et d'innombrables autres composés chimiques, dont le formaldéhyde), demeure le plus grand pollueur de l'air intérieur. Ainsi l'intoxication au monoxyde de carbone (qui est fixé par l'hémoglobine du sang) se manifeste elle aussi par des maux de tête. une vision floue, des malaises, des palpitations, jusqu'aux nausées, vomissements, voire évanouissements lorsque le taux de carboxyhémoglobine dépasse 15%. Or ce taux, qui chez un adulte en bonne santé ne devrait pas dépasser 1%, peut grimper à 15% du fait du seul tabagisme!

D'autres phénomènes «naturels» sur lesquels nous reviendrons prochainement, tels les infiltrations de radon, les anomalies du champ magnétique terrestre également ou les pollutions électromagnétiques (dont le smog électrique, qui connaît actuellement une nouvelle poussée en raison de la multiplication des antennes de tout genre), ont également des effets sur l'organisme humain, dont nous commençons seulement à prendre conscience. Entre connaisssances scientifiques en constante évolution et déclarations alarmo-polémistes, la politique de la raison vaudra toujours mieux que celle de l'autruche.

Paule Potterat

Laboratoires cantonnaux

Genève:

Ecotox, Section de toxicologie industrielle et pollution intérieure, avenue de Sainte-Clotilde 23, 1211 Genève 8.

Vaud:

Service de l'environnement et de l'énergie (Seven), Inspection des toxiques, Les Croisettes, 1066 Epalinges.

Neuchâtel:

Service de l'inspection de la santé au travail, rue de l'Ecluse 65, 2000 Neuchâtel.

Fribourg:

Laboratoire cantonal, Inspectorat des toxiques, chemin du Musée I5, 1700 Fribourg

Valais:

Département de la santé, des affaires sociales et de l'énergie, Inspection des toxiques, rue Pré-dAmédée 2, 1950 Sion.

Jura:

Service de la santé, Hygiéniste du travail, faubourg des Capucins 20, 2800 Delémont.

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