Lu dans "Que Choisir" N° 367 - janvier 2000

 TEST Que Choisir Toxicité du bois aggloméré

Du formaldéhyde

à pleins gaz

Ce nom ne vous dit peut-étre rien, mais c'est un gaz omniprésent dans nos intérieurs modernes, responsable avéré de nombreuses allergies.

IL est partout. Dans les shampooings et les produits cosmétiques comme conservateur, dans les tissus d'ameublement pour leur donner de la tenue, dans les vêtements comme apprêt infroissable, dans les vernis, les colles à carrelage, les moquettes ou les revêtements muraux, dans les résines des panneaux de particules comme liant et... dans la fumée de cigarette. Signe particulier du formaldéhyde, il se dégage du matériau pendant des années.

Durables, les émissions varient en fonction du taux d'humidité et de la température de la pièœ. Une ambiance chaude et humide comme celle des salles de bains et, à moindre degré, des cuisines est particulièrement propice aux émanations de formaldéhyde.

Classé cancérogène probable

Tout cela ne serait pas bien grave s'il s'agissait d'une substance anodine. Mais le formaldéhyde est classé cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer. Ses effets sont prouvés sur le rat chez qui il provoque un cancer des fosses nasales. Chez l'homme, des études épidémiologiques effectuées en milieu professionnel démontrent un lien entre une exposition à des concentrations relativement élevées et une augmentation des cancers, mais rien n'est démontré sur d'éventuels effets cancérogènes à faible concentration.

En revanche, le pouvoir allergisant et irritant du formaldéhyde ne fait plus l'ombre d'un doute depuis longtemps. Irritation des yeux, du nez et de la gorge, larmoiement, éternuement, toux, rhinite, asthme, sans compter les irritations de la peau, dermite, eczéma et urticaire, il se taille une place de choix parmi les allergènes. Ces constats ont conduit l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à édicter des recommandations sévères. La population ne devrait pas être exposée à une concentration de formaldéhvde supérieure à 100 µg/m3 (microgramme par mètre cube d'air). C'est en effet au-delà de ce seuil que les irritations augmentent de façon significative chez les personnes en bonne santé. Plus de trois ans aprés avoir emménagé, une famille brestoise a fait analyser les concentrations en formaldéhyde dans sa maison. Les meubles en bois aggloméré étaient encore responsables de 199 ug/m3. Un taux phénoménal si longtemps aprés la pose.

Selon l'OMS, la concentration ne devrait pas dépasser 100 µg/m3

 

Des résultats préoccupants

La concentration à ne pas dépasser tombe même à lO µg/m3 quand une population sensible (asthmatique...) est exposée.

Or, les étagères en bois aggloméré que nous avons fait analyser en laboratoire (voir tableau p. 27) dépassent largement, pour certaines ce seuil de 10 µg/m3. Nous avons estimé, à partir des mesures effectuées, des concentrations atteignant jusqu'à 67 ug/m3. Ce résultat apparaît d'autant plus préoccupant que les conditions d'environnement retenues dans nos calculs sont moins sévères que dans la réalité.

Notre résultat est représentatif d'une pièce de 9 m2 meublée de deux étagères seulement. En général, dans une maison, leur nombre est plus important. Par ailleurs, les conditions de ventilation retenues correspondent à un volume d'air qui se renouvelle de moitié chaque heure. Or le souci d'économiser l'énergie et celui d'isoler son logement, que ce soit contre le froid ou le bruit, conduisent souvent à limiter la circulation d'air, parfois même à la supprimer en obstruant les bouches d'aération, en réglant la ventilation mécanique au minimum ou en l'arrêtant. Conséquence, I'apport d'air neuf est trop souvent limité.

Enfin, nous avons retenu une atmosphère assez séche. Le taux d'humidité serait supérieur dans une cuisine ou, a fortiori, dans une salle de bains. Bref, les concentrations que nous avons calculées seraient sans doute trés supérieures si nous avions simulé un habitat bien isolé et peu ventilé. De plus, les panneaux de particules sont loin d'être la seule source d'émission de forrnaldéhyde. Un rapport européen sur la qualité de l'air intérieur montre qu'un revêtement de sol sur deux en contient. Sans compter la fumée de cigarette, la colle des matériaux, le vernis du parquet qui en dégagent également.

LES VÊTEMENTS AUSSI !

Le formaldéhyde présent dans les vêtements peut déclencher des réactions allergiques, eczema et dermites de contact principalement. D'après une étude américaine, c'est dans les vêtements 100 % coton, et les mélanges polyester/coton que l'on trouve les plus fortes concentrations de formaldéhyde. Il y joue le rôle d'apprêt, améliore le tombant des tissus. Il est surtout présent dans les cotons faciles à repasser, les tissus infroissables ou ceux vendus avec la mention sans repassage. Certains pays limitent sévèrement les teneurs. Au Japon, un article en contact avec la peau ne peut pas être commercialisé au-delà de 75 ppm (partie par million), et de 20 ppm s'il s'agit de layette.

En France, il n'existe aucune réglernentation. En 1996, un projet de décret limitait les teneurs à 75 ppm pour les vêtements en contact avec la peau, à 20 ppm pour tous les articles de layette. Nous sommes en 2000, ce projet n'a toujours pas vu le jour! L'industrie textile préfère travailler sur un projet de norme volontaire.

BON A SAVOIR

Les Lavages permettent d'éliminer une partie du formaldéhyde. L'écolabel européen limite les teneurs en formaldéhyde à 30 ppm sur la layette, 75 ppm sur tous les autres textiles. Mais les articles labellisés sont peu nombreux en France

Malheureusement, il n'existe pas en France de réglementation grand public sur le formaldéhyde. Les recommandations de l'OMS sont restées lettre morte. En revanche, d'autres pays ont agi. Des valeurs à ne pas dépasser existent en Allemagne, au Danemark, aux Pays-Bas, en Suède. Le Japon et la Suède interdisent même son utilisation dans les cosmétiques et les teneurs dans les vêtements (voir encadré ci-contre) sont limitées au Japon. Certaines des étagères que nous avons testées seraient d'ailleurs interdites à la vente Outre-Rhin.

La France à la traîne

En France, seules les émissions de formaldéhyde provenant des mousses isolantes urée-forrnol font l'ob- jet d'une limitation. L'arrêté du 6 mai 1988 impose que les concentrations de la pièce en formaldéhyde restent inférieures à 248 ug/m3. Une mesure prise à la suite des multiples plaintes qui ont défrayé la chronique dans les années 70 et 80 mais qui ne régle pas le problème de la pollution de l'air intérieur par les autres sources de formaldéhyde. Une lacune qu'il conviendrait d'autant plus de combler que ce gaz est loin d'être la seule substance chimique indésirable dans nos intérieurs.

Elizabeth Chesnai

Dossier technique Christophe Sandouly

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