Lu dans "les quatre saisons du jardinage" mai- juin 1996

 

Pollution

Tout va très bien, madame la marquise

 

La pollution, sous toutes ses formes, a-t-elle des répercussions sur notre santé ? Très en pointe dans les pays anglo-saxons et germaniques, la médecine de l'environnement fait ses premiers pas, bien timides, en France.

S'il ne sagissait pas de la santé de millions de personnes, il faudrait en rire. Début février, les médias nous informent des conclusions de l'inquiétant rapport du professeur Mattei : la pollution à Paris provoquerait plusieurs centaines de décès par an. Affolement. Quelques jours plus tard, rectification. Nous avions mal compris. Les centaines de victimes en question sont en réalité des personnes qui, de toute manière, étaient à l'article de la mort. La pollution a simplement avancé leur décès de quelques jours, tout au plus de quelques semaines. Quant aux bronches des bébés que l'air pollué pourrait endommager, elles en verront d'autres et rien, mais absolument rien, ne prouve que la pollution puisse avoir des effets autres qu'une toux passagère. Paroles d'experts.

D'autres experts, tout aussi éminents, affirmaient, il n'y a pas si longtemps, que les cancers dus à l'amiante ne représentaient pas en France plus de 200 cas par an. d'autres encore - ou les mêmes - parlent aujourd'hui de plusieurs milliers, voire dans les années à venir, de plusieurs dizaines de milliers de morts chaque année.

Trêve d'alarmisme, rétorquent les démographes. L'espérance de vie des français ne cesse d'augmenter et est une des plus élevées du monde : 74 ans pour les hommes, 82 ans pour les femmes. Et elle continuera à augmenter, au point que, au milieu du XXI e siècle, les centenaires se compteront par centaines de milliers. Commençons, avant d'aller plus loin, par tordre le cou, une fois pour toutes, à cette escroquerie qu'est la prétendue espérance de vie. Car, bien entendu, chacun comprend que nous pouvons espérer vivre jusqu'à 74 ou 82 ans selon le sexe.

L'espérance de vie, une escroquerie

Balivernes que tout celà. Ces chiffres mirobolants ne sont que froides statistiques et n'ont rien à voir avec une quelconque "espérance". Ils mesurent simplement la longévité - aujourd'hui - des Français. Quant à savoir jusqu'à quel âge vivront nos enfants, bien malin qui pourrait le dire car nul ne sait à quel point leur capital santé aura été entamé par la pollution et les mauvaises habitudes alimentaires modernes. Une remarque peut - quand même - faire réfléchir : les très nombreux octogénaires et nonagénaires qui nous entourent ont évidemment bénéficié des progrès de la médecine. Mais en même temps, ils ont grandi, pour la plupart, dans un monde où l'air, l'eau et les aliments étaient encore à peu près purs. Et si leur exceptionnelle longévité s'expliquait par la conjonction de ces deux faits ? Mais revenons à la pollution. L'amiante et quelques accidents tristement célèbres (Seveso, Bhopal, Tchernobyl) mis à part, elle ne tue qu'exceptionnellement dans les pays riches. Mais elle rend malade beaucoup plus souvent qu'on ne le croit.

Au point qu'une nouvelle branche de la médecine dite médecine de l'environnement a vu le jour et doit faire face à un nombre croissant de pathologies, parfois graves. Du moins, en Allemagne, aux Etats-Unis et dans quelques autres pays. Car en France, comme par hasard, cette médecine en est encore aux balbutiements. Parce qu'il n'y a pas de problème ? Avec notre consommation de pesticides (la France est le deuxième consommateur mondial) et d'amiante (nous sommes un des rares pays européens à ne pas l'avoir encore interdit), notre eau polluée par les nitrates et les désherbants, ce serait surprenant.

Vous avez dit psychosomatique !

Mais en France, quand vous souffrez de malaises inexpliqués, les médecins ont la réponse : c'est psychosomatique. Et si par malheur vous évoquez devant eux l'éventualité d'une pollution, ils vous enverront illico chez le psychiatre. La seule pathologie liée à l'environnement - les maladies professionnelles mise à part - que connaissent la plupart des médecins étant en effet le "syndrome obsessionnel de l'écolomaniaque".

Et pourtant. depuis vingt ans, des milliers d'études scientifiques, effectuées pour la plupart aux Etats-Unis, et de cas cliniques ont mis en évidence les effets dévastateurs de nombreuses pollutions sur notre santé. En voici quelques exemples, beaucoup moins connus que celui de l'amiante mais quand même très préoccupants. Nous avons évoqué à plusieurs reprises le problème des produits de traitement du bois : PCP, lindane et, plus récemment pyréthrinoïdes. Près de 30000 cas d'intoxication par ces divers produits dont certains très graves ont été recensés en Allemagne par l'Association des victimes des produits de traitement du bois, crée en ce pays en 1983. Le formaldéhyde est un autre polluant de l'air à l'intérieur des bâtiments. On le trouve dans les panneaux de particules, les vitrificateurs pour parquets, les mousses isolantes, les peintures, etc. Il provoque des maux de tête, des vertiges, des irritations de la peau et des muqueuses. Il est fréquemment à l'origine d'allergies. A fortes doses, il provoque des cancers du nez chez le rat. Il peut, comme le PCP, continuer à diffuser à partir des panneaux de particules (qui en sont la source la plus importante) pendant au moins une quinzaine d'années.

COV et radon

De nombreux autres composés organiques volatils (les COV) sont présents dans les peintures, les vernis, les colles, etc. Le très officiel CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) étudie la question. On peut y ajouter les antimites des moquettes ou tapis de laine, le dichlorobenzène des déodorants pour WC, divers produits de bricolage, etc. Le tout forme un assez joli cocktail de produits chimiques aux effets aussi imprévisibles que difficiles à relier de manière précise à un polluant ou à un autre. On constate par ailleurs qu'un nombre croissant d'individus présentent une hypersensibilité à toute une gamme de produits chimiques. Les Américains lui ont donné le nom de multiple chemical sensitivity (sensibilité chimique multiple). Les symptômes en sont nombreux et assez atypiques. Ils peuvent aller de réactions de type allergique (irritations, inflammations, enflures, etc.) à des problèmes nerveux (perte de mémoire, dépression, difficulté à se concentrer, manque de coordination), en passant par divers troubles organiques (arythmie cardiaque, variation de la pression sanguine, douleurs musculaires ou articulaires, troubles digestifs, etc.).

Si on quitte le domaine de la chimie pour celui de la radioactivité, on rencontre le problème du radon. Ce gaz rare radioactif serait, après le tabac, la seconde cause de mortalité par cancer du poumon. D'après certaines estimations, il causerait 15000 décès par an aux Etats-Unis (1), et 2000 à 6000 en Allemagne (2). En France ? Mystère. Le radon est une substance naturelle, que l'on touve un peu partout, en provenance de l'écorce terrestre. Les émanations sont particulièrement importantes à partir des roches granitiques. A l'extérieur, la teneur de l'air en radon est infime. Par contre, on peut trouver des concentrations beaucoup plus importantes à l'intérieur des habitations en provenance du sous-sol ou des matériaux de construction, parfois même de l'eau. Les matériaux de construction les plus radioactifs sont le granit, le tuff et, dans certains cas, le béton. Est-ce à dire, comme certains l'affirment, que les bonnes vielles maisons bretonnes en granit sont cancérigènes ? C'est là qu'intervient un facteur dont les effets secondaires sont en général ignorés : l'isolation. Les maisons anciennes étaient des palais de courants d'air ; même portes et fenêtres fermées, l'air s'y renouvelait rapidement. Le chauffage au bois créant constamment un appel d'air, y contribuait. Aujourd'hui on calfeutre soigneusement toutes les ouvertures, dans le but louable d'économiser l'énergie, et le chauffage à bois a largement disparu. Résultat : le renouvellement de l'air ne se fait plus spontanément. Il faut penser à aérer régulièrement ou installer une ventilation mécanique (VMC), ce qui n'est guère écologique. Moralité : vivent le poêle à bois et les fenêtres qui ferment mal ! Plus sérieusement, si l'on veut consilier aération et économie d'énergie, construisons des maisons bioclimatiques, avec une ventilation naturelle bien conçue. Dans les maisons anciennes, ne calfeutrons pas trop, et habituons nous à vivre à 18 °C plutôt qu'à 22 °C. Bien entendu ce problème d'aération ne concerne pas seulement le radon. Quels que soient les polluants présents dans la maison - à l'exception de ceux qui proviennent de l'extérieur - leur concentration est d'autant plus faible que l'air est renouvelé plus souvent.

Pour une médecine de l'environnement

Ces quelques exemples concernent surtout les pollutions à l'intérieur de la maison. On pourrait aussi parler de l'eau et du nombre impressionnant de pesticides - principalement des désherbants - qu'on y trouve dans certaines régions, problème dont on s'était assez peu préoccupé jusqu'à présent. Bref, il serait grand temps que la médecine de l'environnement ait enfin pignon sur rue en France comme dans la plupart des autres grands pays industrialisés. Et que, pour toute pathologie, même banale, chaque médecin ait le réflexe de poser à ses patients un certain nombre de questions sur son environnement. Ce qui suppose un sérieux reciclage et, pour les étudiants, une véritable formation dans ce domaine. Le minisre de la Santé et le ministre de l'Environnement ont-ils jamais évoqué cette éventualité ensemble ? S'ils l'on fait, le secret est bien gardé car, à nore connaissance, les médias n'en ont jamais parlé. Sans doute la pollution n'a-t-elle pas encore fait assez de morts dans notre pays...

Claude Aubert

1; Chiffre cité par le National Institute of environmental health sciences.

2. Estimation de l'Offfice fédéral pour la protection contre les rayonnements

 

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