Lu dans les "QUATRE SAISONS du jardinage, N° 75, juillet/août 1992

 

ORGANO-CHLORES, FORMALDEHYDE, SOLVANTS

LEUR MAISON LES REND MALADES

Pourquoi, tout à coup, une famille sans histoire devient-elle "sinistrée écologique " ? pourquoi, victime d'insupportables problèmes de santé, est-elle obligée de déménager ? réponse : à cause des produits chimiques qui empoisonnent l'atmosphère de son sweet home. et ce n'est pas le scénario d'un film catastrophe...

Tout ce qui nous arrive, c'est à cause du formol." Madame Bonnefoy aurait bien des raisons de craquer, mais l'histoire qu'elle raconte n'a rien à voir avec de simples divagations. Hélas ! serait -on tenté de dire. Jugez -en : en juin 1988, elle et sa famille emménagent dans un pavillon neuf à Voisins -le-Bretonneux (Yveline). Peu de temps après, tous se mettent à souffrir de brûlures aux yeux, démangeaisons, maux de gorge, diarrhées...Le 1er juillet 1989, ils quittent cette maison devenue pour eux invivable. Responsable : le formol (ou formaldéhyde) dégagé par la colle du carrelage. C'est prouvé par les analyses, et le professeur Gervais, éminent toxicologue de l'hôpital Fernand-widal, atteste du lien entre le formol et les troubles ressentis par madame Bonnefoy.

Les voisins, c'est curieux, bien qu'habitant le même modèle de pavillon, ne semblent pas souffrir du "mal du formol". c'est que les Bonnefoy ont eu la malchance de réunir chez eux plusieurs éléments aggravants : une humidité importante provenant du sous sol, une isolation renforcée et une absence de ventilation causée par une malfaçon !

Le constructeur, conforté par l'absence de réglementation, joue la montre et compte sur la lassitude de ses clients et victimes. Résumé de la situation : la maison des Bonnefoy est inhabitable et invendable. Pendant ce temps là, crédit et loyer du nouveau logement courent...Pire, sensibilisé à l'extrême, le fils Bonnefoy ne supporte pas l'atmosphère de la nouvelle habitation. Probablement un effet de la vitrification du parquet. Aller ailleurs ? pas facile en région parisienne... Aux dernières nouvelles, les Bonnefoy n'avaient trouvé qu'un pavillon situé... sous une ligne haute tension !

Galère

Même galère pour Annie et Georges Méar, de Brest. Lui, pilote de ligne, est souvent absent. Mais il ressent, en moins aigu, les mêmes troubles que sa femme, qui reste à la maison : rhinite, polypose nasale, maux de tête, fatigue générale, troubles de la mémoire et du sommeil, nausées, amaigrissement, chute de cheveux, état dépressif... c'est bien simple, il y a deux ans et demi, lorsqu'ils ont emménagé dans leur maison neuve, leur vie s'est arrêtée. Impossible de supporter l'atmosphère de leur nouveau logement. Cantonnés dans les pièces les moins polluées, Georges et Annie Méar vivent comme des parias. Pas moyen, par exemple, de faire cette chose aussi simple que de se reposer sur le canapé de leur salon. Cette fois, le responsable ne semble pas être le formol mais le cocktail de pentachlorophénol (PCP), lindane et solvants qui a servi à traiter les supports du bardage extérieur en red cedar.

Mais là encore le facteur aggravant est une ventilation mal étudiée qui refoule les vapeurs nocives à l'intérieur. Là encore, le professeur Gervais confirme le lien entre la contamination de la maison et les troubles ressentis par les époux Méar. Pour ceux-ci, la vie est devenue un enfer car toute pollution chimique même minime les fait réagir. Même le fait de passer devant une maison traitée en construction ! Leur prochaine habitation devra être totalement atoxique.

En attendant, Georges Méar se bat contre l'architecte responsable de la malfaçon...

Sinistrés écologiques

Devant ce qu'il convient d'appeler de tels "sinistrés écologiques", on pourrait être tenté de dire : "C'est dans leur tête que ça se passe. Après tout, ce sont peut-être des intoxiqués imaginaires...". Au delà de la bonne foi évidente des victimes, il faut garder à l'esprit que celles ci ont en mains de nombreux rapports d'expertise : certificats médicaux, résultats d'analyses effectuées par différents laboratoires reconnus (Laboratoire central de la Préfecture de Police, Laboratoire d'Hygiène de la Ville de Paris, Laboratoire Municipal de la Ville de Brest, Bremer Umweltinstitut..).

D'autre part, la toxicité du formol, des solvants et des pesticides organo-chlorés n'est pas une vue de l'esprit : la très sérieuse Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a publié des ouvrages sur chacune de ces substances comportant les résultats des études épidémiologiques existantes et des mises en garde quant à l'utilisation des produits.

Enfin, les fabricants eux mêmes, conscients de la nocivité potentielle de ce qu'ils mettent sur le marché, et sentant le vent tourner, font évoluer les formules. PCP, lindane, solvants lourds, etc. disparaissent peu à peu des étiquettes de bidons au profit de petits nouveaux. Ceux-ci, (pyréthrines de synthèse, dichlofluanide, etc. ) sont présumés moins toxiques que les matières actives de la génération précédente, mais les informations à ce sujet sont encore très insuffisantes. La prochaine étape de cette évolution somme toute positive devrait être la signature par le ministre de l'Environnement d'un décret interdisant le PCP et quelques autres produits utilisés dans le traitement des boiseries.

Courant d'air salvateur

On pourrait d'une autre manière tenter d'évacuer le problème posé par les Bonnefoy et les Méar et toutes les autres victimes de l'habitat : n'est-ce pas tout simplement la rançon du progrès ? Les maisons d'autrefois n'étaient-elles pas bien plus insalubres que celles de maintenant ? Certes, mais le véritable progrès en la matière consiste justement à vaincre l'insalubrité propre à l'époque. Et celle de cette fin de XX e siècle dans nos pays occidentaux est en grande partie une insalubrité chimique. Les cas Bonnefoy et Méar, liés à des malfaçons dans la construction, ne sont que la partie émergée d'un iceberg chimique. Ils montrent ce qui peut se passer si, tout à coup, il n'y a plus de ventilation dans une maison moderne. La différence entre chez eux et chez des millions d'autres gens, c'est un simple courant d'air ! Un courant d'air salvateur qui entraine vers l'extérieur ces nouveaux miasmes que sont les vapeurs de formol et autres produits chimiques. Ou du moins qui en entraine une partie. Car ce qui reste n'est pas anodin. Par exemple, ce n'est pas parce qu'on ne sent (au sens olfactif du terme) pas le formol qu'il n'a pas d'effets neurophysiologiques. Les petites "victimes de l'habitat, celles qui souffrent sans savoir d'où ça vient et qui posent un casse-tête aux médecins, sont certainement beaucoup plus nombreuses qu'on ne le pense.

Substances en synergie

Nous voilà ramenés à un gros problème d'information. Qui, en dehors des lecteurs des Quatre saisons, de Que choisir , et de rares autres publications, imagine que des problèmes neurologiques, allergiques, respiratoires ou cutanés peuvent avoir leur origine dans l'atmosphère même de la maison ? pas grande monde assurément.

Il faut dire que la question est complexe et qu'elle met en jeu de gros intérêts économiques.

Les polluants pouvant contaminer une maison sont très nombreux. Pour ne citer que les plus connus : monoxyde de carbone, radon (un gaz radioactif), acariens, poussières diverses, fibres d'amiante, solvants, fumée de tabac, formol (ou formaldéhyde), lindane, pentachlorophénol... Tous ces corps et substances peuvent agir seuls ou en synergie, ou n'intervenir que comme "sensibilisants".

D'autre part, les symptômes d'intoxication ou de sensibilisation sont très nombreux et relativement peu spécifiques, ce qui signifie qu'on peut les attribuer à des causes très diverses. Pour compliquer les choses, les réactions peuvent varier d'un individu à l'autre.

En fin, les aspects techniques ne sont guère encourageants. L'information de base sur un produit, à savoir sa composition, semble parfois relever du "secret défense" tant il est difficile de l'obtenir du fabricant; le recours aux analyses est coûteux, et puis il faut savoir déjà quoi chercher. ce qu'on demande à un laboratoire, c'est le dosage de telle ou telle substance, pas la recherche systématique de tous les polluants possibles.

Le formaldéhyde est partout

La liste complète des sources de contamination par le formaldéhyde (ou formol) est impossible à faire tant elles sont nombreuses et variées. Rarement un produit nocif aura été plus largement répendu dans notre environnement domestique ! Il faut dire qu'il s'agit d'une substance simple et peu coûteuse dont les propriétés sont particulièrement appréciées par les industriels. Le formaldéhyde entre dans le processus de synthèse de nombreuses molécules organiques; il agit comme conservateur, désinfectant, durcisseur, anticorrosif...

Parmi les principales sources de contamination : fumée de tabac (10 cigarettes amènent à 0,5 ppm le taux de formaldéhyde dans l'atmosphère d'une pièce), panneaux de particules (bois agglomérés), mousse isolante urée-formol (n'est plus utilisée ; à ne pas confondre avec la mousse de polyuréthane, qui ne dégage pas de formol), laine de roche, vitrificateurs, désinfectants ordinaires, enduits et reboucheurs, colles (moquettes, carrelage, revêtements de sol, placages, lambris, papiers peints), lasures, peintures, vernis, moquettes, etc. sans oublier les innombrables expositions professionnelles.

La demie-vie du formaldéhyde dans les matériaux peut dépasser quatre ans, ce qui signifie qu'il faut parfois plus de quatre ans pour que les émanations correspondant à une source donnée diminuent de moitié.

Le formaldéhyde est une des principales causes du "sick building syndrome" (syndrôme du mal de l'habitat) des Anglos-Saxons. Il est classé parmi les substances cancérogènes, mutagènes ou tératogènes.

C'est un des allergogènes professionnels les plus fréquents. Il se montre irritant au niveau des muqueuses. Même à faible concentration, il agit négativement sur le système immunitaire. Enfin, le formaldéhyde est considéré comme un neurotoxique produisant des symptômes variés (maux de tête, fatigue chronique, vertiges, troubles de la parole et de la concentration..).

La thérapeutique la plus efficace contre une intoxication chronique au formaldéhyde consiste... à cesser de s'exposer à ce produit. En effet, les autres méthodes (désensibilisation, homéopathie, diététique, changement d'air, psychothérapie) n'ont pas donné de résultats escomptés. J.P.T "

 

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