Lu dans "le Soir" 9 mars 2001

 

 

Région : Un projet pilote tente de lutter contre les pollutions domestiques

 

.L'"ambulance verte" traque les acariens

 A la demande du médecin, la Cellule régionale d'intervention en pollution intérieure se rend au domicile des patients pour identifier les causes d'allergies ou d'autres problèmes de santé.

 La camionnette de l'IBGE (Institut bruxellois pour la gestion de l'environnement) se gare devant un immeuble de la chaussée de Bruxelles. Trois spécialistes, chargés de plusieurs mallettes contenant divers appareils de mesure et d'analyse, débarquent, ce jeudi matin, au domicile d'une famille forestoise. Ils font partie de la Cellule régionale d'intervention en pollution intérieure, en abrégé la Cripi, un projet pilote lancé il y a quelques semaines par le ministre de l'Environnement Didier Gosuin, également en charge de la santé, et baptisé aussi "ambulance verte". Cinq millions ont été débloqués par la Région pour couvrir une année de fonctionnement.

 « Nous intervenons à la demande du médecin », explique Laurent Wery, qui réalise les prélèvements et les analyses mycologiques. Les deux fillettes de la famille (des jumelles d'un peu plus de sept mois) souffrent en permanence de rhumes et d'affections des voies respiratoires. L'équipe va tenter de cerner les causes du problème: prélèvements dans l'air, sur les murs et autres surfaces, aspiration des poussières des matelas et des fauteuils, mesures du degré d'humidité... « Dans trois ou quatre semaines, nous connaîtrons le résultat des analyses chimiques, mycologiques et acarologiques. Mais une fois le constat posé, nous allons aussi proposer une remédiation », poursuit le scientifique.

 Pendant que ses collègues se concentrent sur les prélèvements, l'infirmière sociale questionne la maman: « Vos filles sont-elles mieux en dehors de la maison? Etes-vous déjà partie en vacances avec elles et avez-vous constaté une amélioration de leur état de santé? Quels produits d'entretien utilisez-vous ? » Grâce à un questionnaire fouillé, elle va tenter d'affiner le diagnostic.

 "Pour l'heure, nous ne pouvons pas répondre aux demandes de particuliers"

 .Depuis le démarrage de l'expérience, la Cripi a traité une trentaine de cas. Elle espère arriver à une centaine d'ici la fin de l'année. « Cela nous permettrait d'établir une sorte de nomenclature des problèmes rencontrés et des quartiers les plus touchés », explique Jean-Michel Mary, chef de cabinet du ministre Gosuin. « Depuis plusieurs années déjà, nous sommes confrontés à la pollution domestique. Les médecins se retrouvent face à des pathologies chroniques sans explication apparente. Nous passons une bonne partie de notre temps à la maison, dans un milieu qui n'est pas toujours à l'abri de diverses pollutions. L'isolation plus grande des maisons a paradoxalement engendré des problèmes dus au manque de ventilation: humidité, moisissures, acariens. D'autres problèmes sont liés à la présence d'éléments chimiques: les solvants et colles des meubles en aggloméré, par exemple ».

 D'où l'idée de constituer cette équipe pluridisciplinaire, capable non seulement d'appréhender les facteurs scientifiques mais aussi sociaux. « La Cripi propose des solutions et un suivi de chaque cas », insiste Jean-Michel Mary. « Nous offrons également un accompagnement juridique dans le cas où naîtrait un conflit entre locataire et propriétaire ».

 Actuellement toujours dans sa phase expérimentale, le projet s'appuie sur un réseau (via les maisons médicales) d'une dizaine de médecins qui font régulièrement appel à la Cellule d'intervention. « Pour l'heure, nous ne pouvons pas répondre aux demandes de particuliers mais un bilan du projet sera tiré d'ici la fin de l'année, en vue de son éventuelle extension », ajoute le chef de cabinet. Restera aussi à régler le problème de son financement: la Région compte sur le fédéral...

 Mode d'emploi

 .Cripi. Cellule régionale d'intervention en pollution intérieure.

 Objet. Projet pilote lancé par la Région bruxelloise afin de lutter contre les pollutions domestiques. L'idée s'inspire de l'expérience luxembourgeoise d'"ambulance verte". Partenaires. L'"ambulance verte" est composée d'une équipe pluridisciplinaire de spécialistes: l'Institut bruxellois pour la gestion de l'environnement (pour les analyses chimiques), l'Institut Pasteur (pour les analyses mycologiques), Acari Consult Control (pour les analyses acarologiques) et Fares (pour l'infirmière sociale).

 Financement. La Région bruxelloise a octroyé un budget de 5 millions pour lancer le projet. Pour l'étendre à grande échelle, elle devra se tourner vers une source de financement structurelle. Elle compte interpeller le Fédéral sur la question d'un remboursement via la sécurité sociale: les mutuelles pourraient inclure ce service via l'assurance complémentaire.

 Fonctionnement. Actuellement, l'"ambulance verte" fonctionne uniquement sur base d'un réseau d'une dizaine de médecins (via notamment une série de maisons médicales). C'est le praticien qui, constatant un problème de santé chez un patient, fait appel à la Cripi. Le service n'est donc pas accessible directement aux particuliers.

 MARTINE DUPREZ

Le Soir, 9 mars 2001

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