Lu dans "le Soir" 20 juillet 2001

La maison "naturelle" est dans l'air du temps

 

.La géobiologie dresse la bilan énergétique d'un site à construire

 

.L'endroit où nous vivons nous tient particulièrement à coeur. Apprendre que ce lieu où nous passons la majorité de notre existence est néfaste pour nous et pour nos proches peut paraître choquant à première vue. Pourtant, de plus en plus de propriétaires sont attentifs à cette réalité. Depuis les conférences de Rio et de Kyoto, depuis la révélation au grand public des méfaits de produits de construction aussi répandus que l'asbeste, les solvants ou les CFC (chloro-fluoro-carbones), le consommateur a pris conscience de son rôle dans la destruction ou la préservation de l'environnement.

 

Pour la construction comme pour l'alimentation, l'impact commercial de cette prise de conscience du particulier est contraignant. Des chaînes de supermarchés du bâtiment proposent désormais des éco-produits dans leurs rayons et exigent de leurs fournisseurs qu'ils offrent des produits naturels respectueux de l'environnement, à la maison et au jardin. Mieux: la Région wallonne se prépare à sortir de presse dans les prochains jours un ouvrage intitulé "La terre est notre maison". Son auteur, Françoise Jadoule, y fournit une mine d'explications fouillées et de renseignements pratiques sur le sujet. Au chapitre concernant la bioconstruction, on peut lire que certains matériaux peuvent altérer la qualité de l'air intérieur en émettant des radiations ou en diffusant des substances toxiques: solvants, biocides, poussières, gaz de combustion... Mieux vaut donc apprendre à les connaître .

 

L'influence néfaste d'un environnement malsain sur la santé est aujourd'hui unanimement reconnue. Un ensemble de phénomènes identifiables et chiffrables a d'abord été dénoncé par le corps médical. Suivirent les scientifiques et, plus timidement, le monde de la construction (architectes, constructeurs, promoteurs...). Y sont incluses des maladies telles que celles dues à l'amiante, au plomb, au radon, mais aussi des symptômes relativement plus bénins, comme les allergies, les céphalées et autres insomnies.

 

Suède et Suisse pionnières

 

.Si la bio-construction concerne aujourd'hui la totalité des postes et des métiers de la construction, son action débute avant même la pose de la première pierre. En effet, la géobiologie, fondement de l'éco-construction, est une approche du site bâti ou à bâtir qui cherche à déterminer l'influence des réseaux telluriques - veines d'eau, failles souterraines, champs magnétiques, etc. - sur tout ce qui vit, animaux, végétaux et, bien sûr, humains.

« Depuis 1945, la densité des champs électromagnétiques double tous les quatre ans. Notre environnement subit ainsi une pollution 4.000 fois supérieure à celle de l'immédiat après-guerre. Qui n'a pas vu un arbre qui pousse en oblique, qui se met en vrille ou encore des souches qui se divisent dès la sortie du sol ? », fait remarquer Michaël Bolle , architecte-écobiologue, pionnier en Belgique et chargé de formation pour les professionnels du bâtiment. « Ces divers éléments attiraient l'attention de nos ancêtres. Ils devraient attirer la nôtre au plus vite, car ils sont les témoins visibles de déficiences telluriques qui hypothèquent un développement harmonieux de ce qui vit en surface. Une étude géobiologique préalable peut diminuer l'influence de ces éléments sur l'habitation ».

 

Dans les pays pionniers, comme la Suède, toute nouvelle construction est soumise à des normes environnementales strictes qui intègrent déjà des plafonds de pollution électromagnétique à ne pas dépasser. En Suisse, certaines compagnies de sécurité sociale n'hésitent d'ailleurs plus à rembourser ces études géobiologiques. Il y a peu, les scientifiques s'entendaient pour fixer la limite de champ électromagnétique à ne pas dépasser à 16 volts par mètre. Et diverses études françaises et allemandes menées par des médecins arrivent à la même conclusion: certaines zones habitées sont à risque par rapport à d'autres. Ces études démontrent que 60 % des patients atteints d'affections graves habitent dans des zones biologiquement perturbées, notamment à l'aplomb de veines d'eau et de failles telluriques.

 

Pas plus tard que cette semaine, le ministre bruxellois de l'Environnement, Didier Gosuin, réagissant à son homologue wallon concernant l'impact des relais GSM sur la santé, se disait partisan d'une approche globale de toutes les sources de pollution électromagnétique. Il suggère de plafonner à 3V/mètre, une mesure très "nature". On le voit: ce type de pollution invisible, qui alarme certains scientifiques et en fait sourire d'autres, requiert un véritable débat de société et une législation européenne claire et fondée. Et, pour alimenter le débat, le monde scientifique a récemment fourni aux experts des appareils de mesures de plus en plus performants (mesure des rayons gamma, alpha, bêta, du magnétisme et du voltage présents dans l'air). Outre le choix de l'emplacement et de l'orientation des pièces de la construction d'après l'analyse énergétique du site, la géobiologie s'attelle également à d'autres pôles de la vie quotidienne, comme le choix de matériaux. Son fondement, selon Michaël Bolle: « Notre environnement bâti, tant dans le choix du lieu que dans celui des formes, des matériaux et des techniques de construction, est d'une importance vitale sur notre état de santé. Il est rarement la cause de la maladie, mais il influence toujours, positivement ou négativement, l'évolution de celle-ci ».

 

PHILIPPE COULÉE

Le Soir, 20 juillet

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