Courrier du 18 avril 2002 à Madame Marie-Noëlle LIENEMANN Secrétaire d'Etat auprès du ministre de L'équipement, des Transports et du Logement 3, place de Fontenoy 75007 Paris

Madame la Ministre,

Je viens de prendre connaissance du rapport d'étape sur la mise en place de l'Observatoire de la qualité de l'air et l'avancement de ses travaux, rapport qui vous a été remis le 22 mars 2002 par Madame Andrée BUCHMAN, présidente de cet observatoire.

Les résultats de l'étude pilote effectuée par l' Observatoire vous ont conduite à prendre quelques mesures (ou plutôt à ne pas en prendre), notamment en ce qui concerne les produits de construction.

Je trouve particulièrement choquant que vous puissiez affirmer : "aucun résultat présenté ne pousse à prendre des mesures d'urgence sur les produits, ...", affirmation largement relayée par les médias ces derniers jours.

A mon sens, vous allez un peu vite en besogne : en effet, le rapport présente ces premiers résultats comme incomplets, non généralisables et « destinés à tester l'ensemble des méthodes et outils d'investigation », et aucun élément ne vous permettait d'en tirer les conclusions qui sont les vôtres. On ne peut être qu'inquiet quant à l'objectivité de l'interprétation des résultats à venir.

Victime, avec mon épouse, de la pollution de l'air dans notre maison neuve (et hélas de notre système judiciaire[1]), je n'ai cessé de tirer la sonnette d'alarme depuis maintenant dix ans. Mais peine perdue semble-t-il. Ma lettre du 1er juillet 2000 à Madame Dominique Gillot, alors Secrétaire d'Etat à la Santé, n'ayant pas eu de suite, je considère que les pouvoirs publics et notamment la DDASS du Finistère n'ont pas encore pris la mesure de la gravité de la situation.

Je ne peux cependant que vous féliciter d'avoir mis sur les rails cet Observatoire de la Qualité de l'Air qui, je l'espère, sera à la hauteur de nos attentes.

Des investigations vont être entreprises dans toute la France et ce, à des coûts relativement élevés si je me réfère aux données chiffrées des premiers travaux entrepris. De telles coûteuses investigations sont-elles indispensables avant que vous ne puissiez prendre la moindre décision? En effet, le problème de la pollution de l'air intérieur est mondialement connu, tout au moins dans les pays occidentaux pour ne citer que les Etats-Unis, le Canada et plus près de nous, l'Allemagne. Voilà plus de 10 ans que les autorités de ces pays ont pris des mesures en ce qui concerne les matériaux de construction, plus particulièrement en établissant des normes pour les émissions de formaldéhyde par les panneaux de bois agglomérés, substance présente dans la plupart des logements. Rien de tel en France, à ma connaissance.

Il y a de cela quelque temps, j'avais suggéré au CSTB, de prendre notre maison comme «maison test» et d'y faire les analyses nécessaires, car je considère qu'elle est un parfait modèle de toutes les erreurs à ne plus commettre lors de la construction d'une maison. Tout y est : matériaux polluants, erreurs techniques, notamment de ventilation, et atteinte à la santé des occupants.

Je crois que les pouvoirs publics, s'ils s'en étaient donné la peine, auraient pu en tirer de précieux enseignements quant aux problèmes de santé liés à la pollution de l'air dans l'habitat, et ce, à peu de frais. Mon cas n'étant pas isolé, il leur eut été facile, par quelques études de cas bien ciblées, de se faire une idée assez précise du problème et des solutions à y apporter. Mais, me direz-vous, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? N'est-ce pas là une spécificité bien française?

Cessons également de faire du nombrilisme. La Présidente de l'Observatoire ne manque-t-elle pas d'un peu de modestie quand elle déclare à propos de ce dernier: C'est une mécanique unique en Europe suscitant aujourd'hui l'intérêt de la communauté scientifique d'autres pays sur la prise en compte des situations de pollution à l'intérieur des lieux de vie et des déterminants environnementaux et comportementaux qui les composent.

Alors, Madame la Ministre, continuez à observer, mais pas trop longtemps! Agissez au plus vite, car nous sommes nombreux à souffrir au quotidien, en silence pour beaucoup d'entre nous, de la pollution de l'air que nous respirons.

Je vous prie de croire, Madame la Ministre, à l'expression de mes respectueuses salutations.

 

Georges Méar

 

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[1] voir site internet http://perso.wanadoo.fr/la.maison.empoisonnee/