Article paru dans le "Journal du Jura" du 08 octobre 2002

 

MONT-SOLEIL · Atteinte dans sa santé, Marie-Louise Hunziker veut faire reconnaître le mal qui la mine

Les MCS? La faculté n'en a cure!

Par Blaise Droz

La toute jeune ligue MCS Jura-espoir, compte bien faire entendre sa voix pour défendre les intérêts de celles et ceux qu'une exposition professionnelle à de dangereux agents toxiques a rendus hypersensibles au point de ne plus pouvoir fréquenter le monde ou entrer dans certains immeubles sans subir de graves malaises.

 

«Qu'on avertisse au moins les professionnels des branches à risques de ce qu'ils encourent, lance Marie-Louise Hunziker de Mont-Soleil. Détail lourd de sens, les professions de la santé sont concernées au premier chef», ajoute-t-elle.

Marie-Louise Hunziker, sa fille Véronique et Nancy Vioget connaissent bien des tracas. Toutes trois gravement atteintes dans leur santé, elles peinent à faire reconnaître l'existence du mal dont elles souffrent. «Pour le corps médical suisse, les Multiple Chemical Sensitivity (MCS) sont encore considérés comme des troubles psychiques», assurent-elles.

Tout récemment, la Ligue suisse contre le cancer a présenté une étude qui démontre sans ambiguïté que les risques de cancer varient selon la classe sociale ou la profession exercée. «C'est un grand pas en avant», explique Marie-Louise Hunziker qui estime qu'une brèche est désormais ouverte dans un mur d'incompréhension.

A 63 ans, cette ancienne laborantine en histologie, ne comprend toutefois pas que les méfaits des substances toxiques, utilisées notamment dans les laboratoires de biologie médicale, ne soient pas mieux reconnus. Côtoyer journellement du xylol, des fomaldéhydes, des alcools et autres solvants est d'autant plus dangereux que les laboratoires sont mal équipés. «Les locaux dangereux, manquant de hottes d'aspiration ou même de possibilités d'aération ne sont pas rares», assure à son tour Véronique, 37 ans, fille de Marie-Louise Hunziker qui, comme sa maman est laborantine en biologie. Toutes deux conservent de leur parcours professionnel le mal appelé MCS. Cette maladie est reconnue aux Etats-Unis, au Canada et en Allemagne, mais, en Suisse, elle est toujours suspectée d'être de nature psychologique.

Nancy Vioget, 29 ans, de La Chaux-de-Fonds s'est jointe aux deux laborantines dans leur combat. Ouvrière d'usine, elle a été confrontée pendant une année à des vapeurs chaudes de trichloréthylène dans une usine de polissage de La Chaux-de-Fonds. Les trois femmes sont persuadées de souffrir du même mal. Fatigue, migraines épouvantables, sentiment de malaise, sensation de forte fièvre sont leur lot au moindre contact avec quelques atomes des substances auxquelles elles sont sensibilisées. Pour leur malheur, ces particules sont partout: dans les parfums des gens que l'on croise au supermarché, dans les produits des salons de coiffure qu'elles ne peuvent plus fréquenter, dans les charpentes de bois traité et même dans les bouquets de fleurs qu'elles préfèrent ne plus se voir offrir. «Or, les examens cliniques ou de laboratoire ne révèlent rien. Notre mal n'est pas mesurable», expliquent-elles.

«Nous avons décidé de parler afin de sensibiliser l'opinion publique», ajoute Marie-Louise Hunziker. Il existe maintenant MCS-Liga Schweiz à laquelle notre Ligue MCA Jura-espoir est rattachée. La télévision et la presse nous soutiennent parce qu'il faut que les gens soient informés. Une pétition a été lancée afin de faire reconnaître l'existence des MCS et surtout pour que les jeunes en début de carrière soient avertis et qu'ils disposent de locaux efficacement aérés, de hottes et d'équipement de protection à la mesure des dangers encourus. B. D.

On peut contacter Marie-Louise Hunziker, Crèmerie 49, 2610 Mont-Soleil, au 032 941 30 14 et MCS Liga Schweiz par e-mail à l'adresse: contact@mcs-liga.ch.

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