Hypersensibilité chimique : la goutte qui fait déborder le vase

 

Comme plusieurs, Art Eggleton était sceptique lorsqu'un de ses amis lui appris qu'il souffrait d'hypersen- sibilité chimique multiple et de fatigue chronique. Mais à force de s'informer, il s'ouvra à l'existence des maladies environnementales, une nouvelle classe de maladies émergentes. Puis, comme ministre de la Défense nationale, il fut confronté au syndrome de la Guerre du golfe et du syndrome des Balkans. " Des gens en santé, robustes et athlétiques, sont revenus d'outre-mer brisés et considérablement handicapés", expliquait Eggleton le 18 mai dernier à Ottawa, à l'ouverture de la première conférence nationale sur les maladies environnementales. Les soldats malades soupçonnent les vaccinations multiples, l'uranium appauvri utilisé dans des munitions et des substances présentes dans le sable qu'ils ensachaient. " Bien sûr, les scientifiques disent que tout cela n'est pas démontrable et une grande partie de la communauté médicale ne reconnaît pas l'hypersensibilité comme un diagnostic sérieux, ajoute le ministre. C'est très embêtant pour les politiciens car nous savons ces gens malades. Je veux faire autant que j'en suis possible pour redresser cette situation et supporter ces gens en termes de services de santé et de pensions. " Visiblement perplexe et impuissant devant le blocus médical au sein de son ministère, le ministre a dit espérer que cette conférence ferait avancer les connaissances et encouragerait les médecins à être plus ouverts à offrir des soins complets.

Organisée par la Société canadienne pour les maladies environnementales, une groupe de patients, cette conférence fut principalement donnée par des médecins et pour des professionnels de la santé. Une occasion en or d'entendre des sommités, dont les professeurs américains Nicolas Ashford et Claudia Miller, co-auteurs du livre Chemical Exposures : Low Doses and High Stakes (lire la deuxième édition, publiée chez John Wiley and Sons en 1998). Considéré comme le meilleur écrit sur l'hypersensibilité chimique multiple, ce livre est hautement recommandé par le Journal of the American Medical Association, qui ne reconnaît pas encore ce syndrome contreversé comme maladie officielle !

Docteur en chimie également diplômé et droit et en économie, Nicolas Ashford souligne que chaque individu est génétiquement différent, ce qui explique par exemple que les mâles soient plus souvent autistes et que les femmes souffrent davantage de maladies environnementales, au sujet duquel les médecins sont très mal informés. " À l'école, on nous enseignait que plus les gens se plaignaient de symptômes, plus il fallais considérer une maladie psychiatrique. Mais la médecine et la toxicologie classiques ne peuvent expliquer que l'asthme ait doublé en dix ans et qu'un enfant sur six souffre d'autisme, d'agressivité ou de déficit attentionnel. Ni que l'on retrouve cinq à dix fois plus de pesticides que normalement dans le gras corporel des patients atteints du cancer du pancréas. Les victimes de cancer du sein n'ont pas plus de pesticides en elles, mais leurs mères pourraient avoir des niveaux suffisamment élevés pour provoquer un problème endocrinien." Les malades de l'environnement ont grand besoins de bâtiments, d'eau, d'aliments et de produits de consommation plus sains. " C'est une question de justice sociale. Les gens ont le droit de vouloir s'éviter des expositions non nécessaires. Vaut mieux errer par prudence car l'on créé plus de panique si on n'avertit pas les gens (des risques) à l'avance. " Aux gens qui prétendent que ses théories ne sont pas scientifiques, Ashford répond qu'il faut écouter les premiers signes de danger : " Depuis trente ans, je ne peux pas penser à un seul danger environnemental qui ne s'est pas avéré aussi ou plus sérieux que l'on ne le pensait initialement. " Ashford dénonce la corruptibilité des scientifiques qui mentent ou jouent à l'autruche pour ne pas déplaire aux compagnies pharmaceutiques qui financent leurs recherches et événements. Les groupes ou les divisions d'Abbott, AstraZeneca, Aventis, Bayer, Dupont, Merck, Novartis, Pfizer, Pharmacia, Proctor & Gamble et Roche fabriquent ou ont déjà fabriqué des pesticides. Les compagnies pharmaceutiques financent aussi les associations médicales qui refusent de reconnaître les nouvelles maladies environnementales, qui se traitent très rarement avec des médicaments synthétiques.

Ce qui n'a pas empêché l'Allemagne, en novembre dernier, de devenir le premier pays au monde à reconnaître l'hypersensibitlié chimique multiple.

Le pouvoir des compagnies pharmaceutiques expliquerait aussi, selon Ashford, pourquoi, 15 ans après l'aval de l'Académie nationales des sciences, l'on attende toujours du financement public pour des unités environnementales permettant de diagnostiquer l'hypersensibilité. Il s'agit de petits cubicules hyper-salubres dans lesquels on enferme les patients pour les " défier ", c'est-à-dire tester leur réaction à divers polluants introduits en double aveugle - ni le chercheur ni le patient ne connaît leur nature - et avec contrôle placebo. Mais au préalable, il faut retirer les patients de leur environnement pollué pendant quelques jours, question de les sevrer comme on le fait avec les toxicomanes.

C'est que les sensibilités sont souvent masquées par l'adaptation du corps aux polluants, explique le Dr. Claudia Miller, qui fut hygiéniste industrielle avant de devenir allergologue, immunologue et interniste. " Si vous buvez du café à tous les jours, je ne pourrais pas vous défier pour voir si vous êtes sensible à la caféine parce que le corps développe une tolérance. Vous devriez d'abord cesser d'en boire et traverser les symptômes de sevrage. Tous les médecins connaissent cela mais ils ne pensent pas à faire de même avec les produits chimiques. "

Le Dr. Miller, qui enseigne au tiers des futurs médecins militaires américains, a vu les 59 premiers vétérans texans de la Guerre du Golfe à se plaindre de problèmes de santé. Plus de la moitié (36) ont affirmé souffrir d'intolérances subites aux vapeurs chimiques, par exemple de parfums et de gasoline, à certains aliments, à l'alcool, au tabac et au café. Certains de ces gros buveurs éprouvaient de la fatigue et des maux de tête après avoir pris un seul verre ! " Les trois-quarts disaient que fumer une cigarette de plus qu'à l'habitude ressentaient les effets aïgus de nouveaux fumeurs, dont des symtômes de privation (withdrawl) importants. Vingt-cinq pour cent devaient constamment boire du café pour éviter les effets de la privation : un soldat éprouva une migraine sévère après avoir bu du café décafféini sans le savoir.

" L'abstinence est la seule façon de mettre fin aux symptômes, explique Claudia Miller. La société comprend cela quand il s'agit de toxicomanes, mais les hypersensibles sont critiqués quand ils tentent d'éviter les produits chimiques ou les aliments qu'ils ne tolèrent plus. " Enfin, le médecin Gerald Ross a précisé que les médias ont tort de donner l'exemple d'hypersensibles vivant dans une tente ou dans leur voiture, ayant fui leur maison. " La vaste majorité des malades peuvent vivre une vie très productive s'ils surveillent leur diète et leur exposition aux produits chimiques. " Certains patients bénéficient aussi de traitements sur mesure, comme ce petit garçon de neuf ans, très déprimé, hyperactif, violent et souffrant de plusieurs douleurs. Il avait été intoxiqué par des antibiotiques et par les émissions chimiques de matériaux dans sa nouvelle maison. Son corps ne pouvait plus se désintoxiquer. En plus d'éviter les oignons et autres aliments non tolérés et de ne jamais manger le même aliment en dedans de quatre jours, le Dr Ross lui prescrit des acides aminés et des minéraux dont il avait une grave carence. " Un mois plus tard, il n'était plus violent et ses autres symptômes avaient grandement diminué. Sauf qu'il déprimait encore quand l'on cuisait des oignons à son école. " Pour plus d'informations, contacter la Société canadienne des maladies environnementales au (613) 728-9493 ou via Internet au www.eisc.ca. Aussi commander le guide Matériaux de construction pour les logements des personnes hypersensibles et le catalogue gratuit des publications de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) au 1 800 668-2642.Enfin, votre maladie environnementale pourrait être diagnostiquée à la Clinique de santé au travail et de santé environnementale de Montréal, au (514) 849-5201, poste 2539. Une référence médicale est nécessaire pour y obtenir rendez-vous.

Première cause d'intoxication : les pesticides

Le lait maternel, l'eau et les fruits et légumes sont encore les aliments les plus sains qui soient. N'empêche qu'ils contiennent de plus en plus de pesticides, de métaux lourds et d'autres DDT, quoi qu'encore dans des proportions jugées acceptables par Santé Canada. On n'a pas encore dû équiper les seins des mamans de filtres au charbon, mais un nombre croissant de gens ne peuvent plus se passer d'eau et d'air filtrés ni d'aliments certifiés biologiques. Ils souffrent d'hypersensibilité chimique multiple, c'est-à-dire qu'ils réagissent à de très faibles doses de polluants tolérées par le commun des mortels. Leurs symptômes (maux de tête, fatigue, problèmes de mémoire, dépression, irritabilité, asthme, troubles digestifs, etc.) sont si nombreux et variables que plusieurs les qualifient de psychosomatiques. Pourtant, en 1999, un groupe d'experts américains s'entendait sur une définition clinique en six volets du syndrome : c'est une condition 1. Chronique, 2. avec symptômes reproductibles 3. en réponse à des expositions de faible niveaux 4. à de multiples produits chimiques. 5. Les symptômes s'étendent à plusieurs organes ou systèmes et 6. s'atténuent ou disparaissent quand cesse l'exposition aux incitants.

Le phénomène fut décrit dès les années 50 par un allergologue américain, Theron G. Randolph, le père de la médecine environnementale, qui l'observa chez des travailleurs.

Nous sommes tous constamment exposés à des produits chimiques. Mais un jour chez certains, une goutte fait déborder le vase. Différente d'une allergie, l'hypersensibilité est une perte de tolérance induite par une intoxication chimique affectant d'abord le cerveau : le corps ne résiste plus aux agresseurs, il ne se désintoxique plus adéquatement. Chez les hypersensibles qui connaissent l'origine de leur symptômes, 80% blâment une exposition aux pesticides, qui sont neurotoxiques. L'hypersensibilité se déclare souvent après une surexposition au travail ou à la maison, par exemple aux vapeurs des matériaux émises dans un immeuble neuf ou rénové, à cause d'implants mammaires ou après avoir pris des médicaments. " Les compagnies pharmaceutiques savent que dix pour cent des gens subissent les effets secondaires des médicaments car leur métabolisme est plus lent ", explique le Dr. Gerald Ross, un médecin canadien traité et formé en médecine de l'environnement après être lui-même devenu hypersensible.

Le cancer et plusieurs autres conditions, dont les défauts congénitaux, l'asthme, le lupus, l'arthrite rhumatoïde, la sinusite, l'eczéma, le syndrome de Raynaud et l'autisme, peuvent être déclenchées par desagressions environnementales, disent les experts tels Ashford et Miller (texte principal).

Les maladies environnementales émergentes sont différentes des maladies classiques:

o les produits chimiques affectent les réseaux de communication du corps - systèmes neurologique, immunologique et endocrinien ;

o dans la majorité des cas, une seule cause ne peut expliquer la maladie et il n'y a pas de marqueur biologique clairement identifiable, par exemple par prise d'urine ou de sang ;

o le type et la sévérité des symptômes varient d'une personne à l'autre et la réaction n'est pas fonction de la dose ;

o la maladie se développe en deux étapes : l'intoxication à un produit, par exemple du f|tus, puis la réaction future à plusieurs autres produits, dont certains aliments ;

D'après une étude commandée par la Société canadienne des maladies environnementales à une firme de marketing et communications, l'hypersensibilité, la fibromyalgie, la fatigue chronique et le syndrome de la Guerre du Golfe coûtent plus de 13 milliards de dollars par année au Canada :

o plus de dix milliards $ en perte de productivité ;

o les taxes perdues, les frais de santé et d'indemnités pour incapacité coûtent chacun plus d'un milliard $. La majorité de ces dépenses pourraient être évités si la maladie était diagnostiquée et traitée rapidement avec de l'air pur, de l'eau pure, des aliments purs et des traitements naturels stimulant la désintoxication, comme le sauna sec bien ventilé. Selon la même étude, un demi-million de Canadiens ne peuvent plus gagner leur vie à cause d'une maladie environnementale débilitante et un adulte sur huit (soit plus de 2 millions de gens) est souvent absent et performe moins au bureau à cause d'expositions soi-disant sécuritaires à des produits chimiques communs. En Californie, un sondage a démontré que 6,3 % des 4046 gens sondés avaient été diagnostiquées par un médecin comme étant hypersensibles.

André Fauteux

André Fauteux est éditeur du magazine La Maison du 21e siècle. On peut le joindre au (450) 228-1555 ou par courriel: info@21esiecle.qc.ca

 

/ Retour MCS / Page d'accueil / Bienvenue / Témoignage / Polluants / Ventilation / Solutions / Réglementation / Dernières nouvelles / Autres liens / A LireLu dans la presse / Ecrivez moi /