Lu dans "Bien être et Santé" N° 180-Avril 2001

À l'intérieur,

vivons-nous dangereusement ?

 

n Les citadins passent environ 22 heures sur 24 dans leur logement, au bureau, à l 'école. . . soit plus de 90 % de leur temps à l'intérieur de locaux. Sont-ils pour autant à l'abri de la pollution ? Non, bien au contraire. . . n

 

Sur le périphérique parisien ou en plein centre ville, arrêté au feu et guettant son passage au vert, nous avons tous conscience de la pollution environnante. Mais comment imaginer, bien installé au coin de sa cheminée, dans un confort douillet, que nous sommes en en train de subir une pollution plus importante encore, plus sournoise aussi ? Et pourtant, si l'on fait le tour des agents polluants, il y a parfois de quoi s'inquiéter!

• L'amiante, une "affaire" qui a fait du bruit

Les sources de pollution intérieure se trouvent partout et, pour commencer, dans les matériaux mêmes mis en œuvre dans les constructions. C'est surtout si vous habitez dans un logement ancien ou si vous y travaillez toute la journée, qu il vaut mieux vous poser quelques questions. Aujourd'hui, tout le monde a entendu parler de sociétés dans lesquelles les employés, confrontés quotidiennement à l'amiante, ont développé un cancer dans les 20 années qui ont suivi l'exposition? Les sociétés ont été condamnées et les dangers de l'amiante reconnus. Mais qu'en est-il des logements de particuliers ? L'élimination de l'amiante n'est obligatoire que pour les immeubles comprenant plusieurs logements(1). Or de nombreux Français habitent dans des maisons non soumises à la réglementation: ils ne connaissent donc pas l'état réel de leur logement. Ils côtoient peut-être quotidiennement l'amiante, sans savoir que leur environnement en contient: plaques de fibrociment, chauffage électrique, faux plafond, joints de cuisinière, insert de cheminée, dalles du sol... I'amiante peut se cacher partout. Pour faire évaluer son éventuelle présence chez vous adressez-vous à la DDASS de votré département.

 

• Alerte à la radioactivité

Le radon est un gaz radioactif qui s'échappe naturellement des terrains granitiques et volcaniques. Dans certaines régions comme la Corse, la Bretagne, le Massif Central ou les Vosges, ces émissions de gaz entrainent une hausse importante de la radioactivité dans les habitations. Ce gaz, auquel on attribue des effets cancérigènes (en particulier sur les poumons), envahit les sous-sols et rez-de-chaussée des habitations et s'y accumule dangereusement. On estime à 400 bq/m3 d'air la concentration maximale admissible dans une habitation (200 bq pour les nouvelles constructions) et à 1000 bq le seuil d'alerte(2). Or, une enquête réalisée par l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) pendant 8 ans dans 38 départements a montré que plus de 50000 logements étaient soumis à des doses supérieures à ce seuil d'alerte. On estime actuellement à plus de 300000 le nombre de logements concernés par une pollution radioactive dépassant les 400 bq/m3. L'aération et la ventilation sont les meilleurs moyens de faire baisser la concentration radioactive de l'habitation, ainsi que, parfois, I'aménagement d'un vide sanitaire ou la pose d'une dalle rendant le plancher moins perméable au radon.

 

n Peintures et autres polluants chimiques

L'air que nous respirons est souvent saturé de COV (composés organiques volatils), des substances toxiques émanant des peintures, des revêtements muraux, du chauffage, des produits d'entretien, des bois traités, des insecticides... Avant de repeindre votre maison ou votre appartement, lisez attentivement les étiquettes: veillez à ce que les peintures ne contiennent pas d'éthers de glycol (certains seraient responsables de malformations congénitales et de stérilité). Si vous devez acheter du bois, évitez les panneaux de particules et les bois agglomérés bruts qui contiennent du formaldéhyde (présent aussi dans certaines colles ou apprêts de tissus), c'est un irritant redoutable des voix respiratoires et un allergène reconnu. De toute façon, quand vous achetez du bois aggloméré, mieux vaut le choisir revêtu (non brut) ou sans exigence de traitement (même si les essences naturellement résistantes sont un peu plus chères). Des COV peuvent s'échapper des années durant de bois traités. . .

Enfin, quels que soient les produits chimiques (peinture, bricolage mais aussi produits d'entretien), lisez toujours soigneusement les étiquettes et demandez des garanties aux vendeurs afin d'éviter le benzène, les éthers de glycol, le dichlorobenzène, le tétrachloréthylène et le formaldéhyde, autant de polluants aux effets néfastes reconnus.

Si vous ne pouvez pas vous en passer, évitez absolument les pulvérisations de produits (aérosols, vaporisateurs) dont les particules restent en suspension dans l'air. Dans tous les cas, mieux vaut toujours choisir des produits étiquetés "sans solvants" (les solvants étant souvent les polluants les plus nuisibles) et éviter les emballages mentionnant des précautions telles que: "Ne pas inhaler les vapeurs" ou "Ne pas utiliser dans un local fermé" ou encore "À utiliser dans une pièce bien aérée", etc.

 

n Produits d'entretien: attention danger!

En France, aucune réglementation n'a été prévue pour les produits d'entretien de la maison et autres insecticides. Résultats: on utilise chaque jour des produits fortement toxiques et souvent interdits dans les pays voisins. Il faudra attendre 2004 pour que s'applique une nouvelle directive européenne réglementant tous les pesticides utilisés hors de l'agriculture, c'est-à-dire le plus souvent dans nos maisons! En attendant, n'achetez pas de produits d'entretien sur lequel la composition n'est pas indiquée et méfiez-vous de certains composants très toxiques. Parmi ces polluants, il y a, par exemple, le lindane, un insecticide interdit dans l'agriculture depuis 1998 en raison de sa toxicité et de sa persistance. On le trouve encore aux rayons des grandes surfaces ou même dans les épiceries, figurant en bonne place dans certains produits antipoux, dans des fumigènes contre les cafards ou les mouches... Méfiance! Au royaume des polluants ménagers, vous trouverez aussi, dans certains produits de traitement du bois, l'endosulfan, classé toxique et dangereux pour l'environnement, ainsi que des boules antimites au paradichlorobenzène, irritant de la gorge et dont les effets cancérigènes ont été prouvés chez l'animal ou à la perméthrine, qui attaque le système nerveux! Quant au chlorpyrifos, utilisé dans les insecticides antitermites et parfois dans les colliers pour chiens et chats par exemple, il affecte le système nerveux. S'il est désormais interdit en Amérique ce n'est pas le cas en France. Autré insecticide, le dichlorvos entre dans la composition de nombreux aérosols, diffuseurs antimouches et antimoustiques: là aussi, cette substance est classée toxique, par contact et par ingestion!

 

n Acariens et moisissure vecteurs d'allergie

Dans nos maisons s'associent de redoutables facteurs d'allergies au premier rang desquels on trouve les acariens et les moisissures. Les acariens adoptent facilement votre matelas comme résidence principale et adorent la poussière et les moquettes. Pour les limiter, faites marcher votre aspirateur! Évitez le balai et le plumeau qui font voler les poussières et, si possible, préférez les sols carrelés aux moquettes. Quant aux moisissures, ce sont de microscopiques champignons qui se développent avec prédilection en terrain humide. Bien avant que des taches grises apparaissent sur vos murs, les spores des moisissures se libèrent dans votre intérieur. La solution: ventiler les pièces et chauffer régulièrement. Si des moisissures se montrent (par des taches sur les murs), lessivez à l'eau de Javel.

 

n Les émanations de gaz toxiques

Le plus connu des gaz toxiques, celui qui chaque année entrame plusieurs morts en France, est le monoxyde de carbone. Incolore et inodore, il passe inaperçu... Ce sont les appareils de chauffage (au bois, au charbon, au fioul, au gaz...), les poêles à pétrole ou les chauffe-eau qui sont généralement responsables d'accidents. Mal réglés, ils ne peuvent assurer une bonne combustion et rejettent un taux élevé de monoxyde de carbone. Si, en plus, I'habitation n'est pas suffisamment ventilée et si les conduits d'évacuation ne sont pas correctement ramonés, le monoxyde de carbone se concentre dans l'air ambiant. Ce gaz provoque des maux de tête et des vomissements et, en cas d'intoxication aiguë, le coma puis la mort. Un autre gaz nocif peut s'accumuler dans les cuisines mal aérées: le dioxyde d'azote que produisent les cuisinières à gaz. L'utilisation d'une hotte et le réglage des brûleurs (une flamme jaune est le signe d'une émanation de dioxyde d'azote) permettent de limiter cette pollution.

 

n Climatisation, évitez les risques

Quel plaisir d'entrer dans une pièce fraîche alors que l'été bat son plein. La climatisation, c'est le confort, mais attention! pour n'en tirer que des bénéfices, respectez certaines règles(3):

• ne refroidissez pas trop: au-delà de 7 °C d'écart entre extérieur et intérieur, l'air froid insufflé augmente le risque d'affection du larynx ou d'une toux irritative;

• remplacez régulièrement les filtres à air pour éviter une éventuelle contamination infectieuse ou la manifestation de phénomènes allergiques.

 

n Eau du robinet: faites le point

Les canalisations de votre habitation sont-elles en cuivre ou bien en plomb ? Si vous ne pouvez vous-même répondre à cette question, un plombier aura vite fait de vous rassurer ou de vous faire un devis pour remplacer le plomb. Faites aussi un saut à la mairie où sont tenues à la disposition des citoyens les analyses de l'eau distribuée au robinet. Dans la mesure où aucun document officiel indiquant le contraire ne vous est parvenu, elle est considérée comme potable. Mais il y a potable et potable. Les doses de nitrates, par exemple, dépassent bien souvent la norme autorisée de 50 mg par litre, sans que personne ne soit mis au courant. Pourquoi ? Parce que les autorités estiment qu'il n'y a aucun danger pour un adulte en bonne santé... Et les femmes enceintes ou allaitantes, c'est bien connu, ne boivent que de l'eau en bouteille, celle-là même qui sert à préparer les biberons de bébé... Regardez quand même en détail l'analyse de votre eau: il se peut que vous y découvriez des traces de résidus toxiques. Ces "traces" commencent à inquiéter les scientifiques... Bref, la pureté de l'eau qui coule de nos robinets n'est pas toujours au rendez-vous. Que faire alors? On peut consommer de l'eau en bouteille ou, plus pratique, installer chez soi un filtre qui ne laisse passer ni les bactéries, ni les nitrates, ni les résidus toxiques. Le système est assez onéreux, mais garantit votre tranquillité d'esprit.

n Carine Lorenzoni n

 

Où se renseigner ?

Pour faire vérifier la possible radioactivité de son logement, il faut faire appel à la DDASS; à l'IPSN (tél. 0146 54 80 07) pour savoir où se procurer un dosimètre (un appareil qui sert à mesurer le taux de radon, environ 2oo F) ou bien encore à la CRIIRAD, Commission de recherche et d'information indépendante sur la radicactivité (tél.: 04 75 4182 50).

 

Renouvelez votre air ambiant

On hésite parfois, surtout quand il fait froid dehors, à ouvrir en grand portes et fenêtres... Or, l'aération quotidienne est indispensable, non seulement pour renouveler l'air que nous respirons et satisfaire nos besoins en oxygène, mais aussi pour éliminer autant que possible les substances toxiques, les fumées, la vapeur produite par les appareils ménagers et sanitaires et par les occupants eux-mêmes. Une bonne aération est la meilleure et la plus simple des solutions contre de nombreuses pollutions intérieures.

 

Gare à la laine de verre

Les fibres minérales souvent utilisées pour isoler les habitations, comme la laine de verre ou la laine de roche, sont classées par le Centre international de la recherche contre le cancer dans le groupe 2B c'est-à-dire "peut être cancérigène chez l'homme". Mieux vaut donc éviter la proximité de ces matériaux isolants et faire en sorte qu'ils ne soient pas en contact avec l'air intérieur de l'habitation.

 

COV: des chiffres alarmants

De récentes analyses effectuées par le mensuel Que Choisir montrent que l'air ambiant de nos maisons peut se révéler plus mauvais qu'à l'extérieur: "À Paris, quand nous avons mesuré 165 ug/m3 de COV (composés organiques volatils) dehors, l'intérieur affichait 532 ug/m3. En zone rurale, le contraste s'amplifie au détriment de l'habitation: 1164 ug/m3 dedans, 120 à l'extérieur." Chiffres: Que choisir, n° 378, janvier 2oo1.

1. Article ler du décret n° 96-97 du 7 février 1990 relatif à la protection de la population contre les risques sanitaires liés à une exposition à l'amiante dans les immeubles bâtis.

2. Le becquerel (bq) est l'unité de mesure de l'intensité de la radioactivité.

3. La maison des mégawatts Thiewy Salornon et Stéphane Bedel, Terre vivante, 1999, 79 F.

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