Paru dans "BATIMENT INFORMATION", septembre 2000

Naissance d'un observatoire de la qualité de l'air intérieur

Sans nul doute, tout un chacun est parfaitement conscient que l'air de nos villes est éminemment pollué. Ce constat fait aujourd'hui l'unanimité, et pourtant les dangers à l'intérieur des habitations peuvent également se révéler d'importance. Afin de mesurer la qualité de l'air intérieur, un observatoire se met actuellement en place sous l'égide du Centre scientifique et technique du bâtiment.

"Se diriger vers une certaine aéraulique de la ville n'est pas une idée folle". Ainsi Alain Maugard présentait lors d'une conférence de presse le futur outil qui lui a été confié en sa qualité de président du Centre scientifique et technique du bâtiment. Cet "observatoire de la qualité de l'air intérieur" est né après décision du Conseil des ministres le 8 septembre 1999 et vient s'inscrire dans un programme pluriannuel de prévention "bâtiment et santé" conduit en concertation entre les différents ministères concernés, à savoir le logement, la recherche, l'environnement, etc. Cette nouvelle structure d'études se veut "un instrument privilégié pour établir un baromètre de la qualité de l'air intérieur en suivant son évolution dans le temps. L'impact sanitaire des matériaux de construction ne bénificie pas d'une évaluation valable, tout comme l'état de santé du patrimoine. Pour ces raisons, les pouvoirs publics ont souhaité créer un observatoire sous contrôle du CSTB, ce dernier étant entouré d'experts, du réseau technique du ministère de l'Equipement, de partenaires que sont l'Inéris (Institut national de l'environnement industriel et des risques), l'INSV (Institut de veille sanitaire), le LHVP (Laboratoire d'hygiène de la ville de Paris) ou encore le futur ARIA, équipement de recherche sur la gestion des risques dans le bâtiment qui devrait être opérationnel dès l'automne prochain. La mission de cet organisme est très clair : organiser le suivi de la qualité de l'air dans les bâtiments (logements, bureaux, espaces sousterrains), mieux cerner l'exposition globale des individus aux polluants de l'air en complément des données apportées par les réseaux de surveillance de la pollution de l'air extérieure et enfin, apporter les informations nécessaires à l'évaluation des risques et à leur prévention. Le montant des fonds pour faire fonctionner l'observatoire se montent à 4,6 millions de francs, provenant du ministère de l'Equipement (3,4 MF), du ministère de la Recherche (1 MF) et du ministère de l'Emploi (500000 francs). Des informations seront livrées sur les risques liés à la pollution de l'air dans les bâtiments, à partir de données épidémiologiques qui renseigneront sur les substances, agents et situations qui dénaturent la qualité de l'air et constituent un risque sanitaire pour les occupants, et qui informeront également sur les niveaux d'exposition des personnes. Un groupe d'experts, dont l'INSERM, l'APPA (Association pour la prévention de la pollution atmosphérique), la SNCF, la RATP, etc., ont défini un certain nombre de paramètres - une quinzaine - à mesurer ainsi que le type de bâtiments à observer en priorité (les écoles et les logements). Quant aux polluants qui feront l'objet de prélèvements et d'analyses, il s'agit du radon, de l'amiante, du plomb, des composés organiques volatils, de dioxyde d'azote, du monoxyde de carbone, des particules inertes.

Air intérieur et air extérieur ne font qu'un

L'Organisation Mondiale de la Santé quantifie entre 25 et 30 % le pourcentage des usagers du tertiaire qui souffriraient du "syndrome des bâtiments malsains". Par la ventilation notamment, le transfert de polluants peut se révéler non négligeable, d'autant plus que les matériaux semblent absorber certaines matières nocives. En fait, l'air qui se respire à l'intérieur des bureaux peut dans certains cas se révéler plus pollué que l'air extérieur. Ainsi que le souligne le CSTB, "il est difficile de différencier l'air intérieur de l'air extérieur". L'air est un continuum. L'homme ne respire pas différemment en passant d'un environnement à l'autre et l'air intérieur se "nourrit" d'air extérieur par la ventilation". Les polluants peuvent en fait être plus concentrés à l'intérieur qu'à l'extérieur. Parce que chaque bâtiment est un prototype, il montre une signature de pollution particulière. A l'intérieur d'un bâtiment, des pollutions très spécifiques en fonction des utilisations peuvent se découvrir. De nombreuses pathologies respiratoires chroniques seraient par ailleurs en partie dues à cette pollution de l'air intérieur. En fait, et assez bizarrement, il n'existe pas actuellement de valeurs limites - valeurs à caractère réglementaire - dans les espaces intérieurs, hormis pour l'amiante. Néanmoins, l'OMS ainsi que le CSHPF (Conseil supérieur d'hygiène publique de France) ont mis au point des valeurs-guides regroupées au sain de la norme expérimentale XPx 43401 qui peuvent être utilisées pour des audits de qualité de l'air dans les bâtiments tertiaires.

1000 lieux de vie observés dans dix zones géographiques

L'Observatoire de la qualité de l'air qui est en train de se mettre sur pied vise en définitive à définir l'exposition de la population aux divers polluants, pour ainsi changer les risques. Faire de l'évaluation et de la gestion des risques se fera grâce à un dispositif qui prévoit d'observer à terme lors d'une campagne expérimentale 1000 lieux de vie dans dix régions différentes et avec des situations d'occupation variées. Ces 1000 espaces seront suivis et renouvelés, dans une sorte de dynamique pour couvrir l'ensemble des lieux de vie en fonction du temps de présence des individus. Le challenge le plus important semble ainsi être de faire apparaître une image de l'air intérieur. C'est en décembre de cette année que l'étude démarre, avec des correspondants locaux en région qui seront chargés des mesures pour une campagne pilote 2000-2001 qui va s'attacher à l'étude de 150 sites. La ville de Tourcoing - et le Nord-Pas-de-Calais- s'est d'ores et déjà portée volontaire comme site pilote pour un mesurage dans les écoles de la ville, tout comme l'Alsace (Strasbourg) et la région PACA (Marseille). Deux phases de prélèvement sont programmées, l'une en hiver, l'autre en été. Des techniciens-enquêteurs veilleront à remplir les questionnaires et participeront au mesurage de certains polluants avec la pose et la récupération de tubes, le mesurage en direct, etc. En fin de parcours, une banque de données rassemblera toutes les données recueillies pour une évaluation et une meilleure gestion des risques sanitaires. La pollution des airs intérieur et extérieur n'est en somme qu'une histoire de vases communicants. Aussi, si des données épidémiologiques nouvelles peuvent, en alertant sur les polluants dans les espaces fermés réduire la pollution atmosphérique globale, alors l'observatoire nouvellement crée aura rempli sa fonction de véritable veille sanitaire.

/ retour lu dans la presse" /