Article paru dans " Aujourd'hui en France", mercredi 11 juillet 2001

La pollution, c'est aussi à la maison

 

IMAGINEZ: vous rentrez chez vous après une journée passée dans un bureau climatisé et quelques heures de transport subies dans les embouteillages. Finie la pollution, pensez-vous, je suis dans ma bulle, à l'abri de toutes les agressions extérieures. Eh bien, détrompez-vous, c'est tout le contraire. Rien qu'en allumant une petite cigarette après avoir tassé quelques coussins pour être mieux assis, vous avez augmenté la pollution ambiante de votre habitation. Selon Alain Maugard, président du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), « un certain nombre de maladies des temps modemes » seraient même dues à la pollution de l'air intérieur. Une pollution qui conceme particulièrement les citadins, qui vivent au total 22 heures sur 24 enfermés, entre leur lieu de travail et leur domicile.

Aérez au maximum

Bizarrement, les études sur la question ne courent pas les rues. Une rnission d'études parlementaire a, le mois passé, mis les pieds dans le plat en suggérant que l'atmosphère que nous respirons chez nous ou dans notre lieu de travail n'a rien à envier à celle constatée lors des pics de pollution automobile. Début mai, la RATP et la SNCF avaient été fortement invitées par les ministères de l'Environnement et des Transports à étudier ce qui entre dans les poumons de ses usagers.

L'Observatoire de la qualité de l'air intérieur, inauguré hier à Champs (Seine-et-Mame) par la secrétaire d'Etat au Logement, Marie-Noëlle Lienemann, aura donc pour tâche de débroussailler le terrain. Sur 2 000 mètres carrés répartis au sein du centre de recherche du CSTB de Mame-l a-Vallée (Seine-et-Marne) , les chercheurs vont étudier le comportement de l'atmosphère. Disposant d'équipements de pointe, et même d'une maison expérimentale baptisée Maria (Maison automatisée pour des recherches innovantes sur l'air), ils vont voir comment les polluants extérieurs (ozone, oxyde d'azote) pénètrent dans nos maisons ou dans les lieux de travail. Ils simuleront les effets que peuvent avoir une chaudière mal réglée, un taux d'humidité élevé ou une ventilation déficiente.

L'observatoire va également organiser des campagnes nationales de prélèvements, la première étant prochainement réalisée dans des logements et des écoles. Et ses travaux seront suivis d'effets, promet Marie-Noëlle Lienemann: "L'Etat peut mettre en place-des mesures incitatives grâce à des aides publiques. Des actions sont également possibles au niveau de tous les bêtiments publics. On peut également imaginer que les organismes HLM intègrent dans les charges collectives l'entretien des systèmes d'aération."

Dans l'immédiat, les spécialistes sont formels. Pour lutter contre la pollution de l'air interieur, un seul mot d'ordre: aérez au maximum !

MICHEL VALENTIN

 

Pièce par pièce, les substances à risques

• Cuisine: le plus grand danger vient du monoxyde de carbone, émis lorsque la combustion n'est pas complète, par des appareils vétustes ou mal entretenus (chauffages, chaudières, etc.), dans des pièces mal aérées. Le risque d'intoxication, notamment dans son sommeil, est grand. Plusieurs personnes en meurent chaque année en France. Des canalisations en plomb peuvent également provoquer le saturnisme.

• Séjour: c'est la pièce de prédilection des fumeurs. La fumée de tabac imprègne coussins et moquette, exposant les non-fumeurs au tabagisme passif. Les tissus constituent de véritables réservoirs à acariens, des animaux microscopiques qui peuvent provoquer de sérieuses allergies.

• Chambre: les peintures au plomb, surtout dans les bâtiments antérieurs à 1948, peuvent provoquer des intoxications (saturnisme), surtout chez les jeunes enfants. Matelas et sommiers abritent aussi des acariens.

• Sous-sol: les pièces les plus basses peuvent être contaminées par des émanations de radon, un gaz naturel et radioactif qui augmente les risques de cancer du poumon.

• Grenier: les fibres minérales comme la Laine de verre ou les fibres céramiques sont utilisées en tant qu'isolant. Leur manipulation peut favoriser les irritations, voire favoriser l'apparition de cancers.

• Partout: les moisissures n'ont pas de préférence autre qu'une pièce bien humide. Les poussières vont elles là où l'air les pousse, et subsistent en cas d'absence de ventilation et de nettoyage régulier. Les composés organiques volatils, présents dans les produits d'entretien, les peintures ou les vernis, imprègnent les lieux où ils ont été utilisés.

 Retour "lu dans la presse"